Skip to main content

Full text of "La convention du 15 septembre et l'encyclique du 8 décembre"

See other formats


This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . corn/ 




A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 
ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 
trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 

Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer r attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

À propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 



des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse ] ht tp : //books .google . corn 



21^ 




su' 



LA CONVENTION OU 15 SEPTEMBRE 



BT 



L'MGYGLIQll DU 8 DÉCEMBRE 

PAR 

M^^ L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS 

DE l'AGADÂMIE FRANÇAISB 

- PRÉCÉDÉE DU BREF DE S. S. PIE IX 



KT flIVITIB D'unis 



TRENTE-QUATRIÈME ÉDITION 



PARIS 

CHARLES DOUNIOL, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

29, RUE DE TOURNON 

1865 (^ 

('lous droite réservés; '^ 



LA CONTENTION DU 15 SEPTEUBRB 



ET 



L'ENCYCLIQUE DU 8 DÉCEUBRE 



PARIS.— IMP. V. GOUPT ET C*, RUB GARANCIÈRB , 5. 



\ 



.■y 



^ lA COMNTION DU 15 SEPTEMBRE ^ 



L'ENCYCLIQUE 



DU 8 DÉCEMBRE 



PAB 



M. L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS 

DE l'académie française 




\ CHARLES DOUNIOL, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

I me de Tonmonp 29 

> 1865 



VENERABIU FRATRI 

FELICI EPISCOPO ADRÈUANENSI 



Plus pp. IX. 

Venerabilis Frater^ salutem et Apostolicam Benedictionem. 

Ita, Venerabilis Frater, de Tua in Nos observantia et di- 
lectione sentimus, ut iicet nondum ad nos pervenissent ea 
scripta, quibus res disparatissimas féliciter juxta et utiliter 
es complexus, jam Nobis audire videremur vocem Tuam 
nobilibus commixtam vocibus Fratrum Tuorum, qui, ratione 
quavis humana et discrimine poslhabito, fere omnes, con- 
stantia et libertate sacerdotali, asserebant apud supremos 
Imperii administros proculcata sanctae bujus sedis ac pro- 
pria jura, simulque fidèles sibi creditos praemonere curabant 
de periculo errorum a Nobis damnatorum, eosque se exe- 
crari profitebantur, et eodem plane sensu, quo a Nobis 
fuerant reprobali. Itaque sijucunda, haudeerte inexpectata 
Nobis accidit, cum diligentia, qua universis Tua diœcesis 
parochis litterarum Nostrarumcopiam Tefecisse significas, 
tum oblatum opusculum, ubi, impavida Fratrum Tuorum 
interpellatione commendata, ils Te toto pectore accedere 
déclaras. Hanc autem lucubrationem avide versantes, non 
sine voluptate vidimus, Te non modo recensuisse, merito- 
que damnasse contemptui calumnias et errores ephemeri- 
dum a quibus fœdissime perversus fuerat propositae a Nobis 



doctrinae intellectus ; verum etiam graviter redarguisse in- 
juriosum interdictum, quo salva ineptis infensisque scripto- 
ribus blaterandi licentia,potestalem vulgandiexponendique 
litteras Nostras adimere libuil legitimis tantum earum in- 
terpretibus, quibus unis ipsae datœ fuerant. Praecipuè vero 
delectati sumus illa fraudum, machinationum, turpissimae 
procacitatis, direptionum, immanitalum enumeratione , 
quam, fretus indubiis vulgatissimisque factis, omnium oculis 
obvertere voluisti in priore incubralionis Tuae parte, ut 
ingenium eorum patefaceres, quorum praeclarae custodiae, 
par conventum diei 15 praeteriti septembris committi placuit 
prœdae reliquias et sanclitatem Nostrorum jurium. Gratum 
itaque Tibi significamus animum Nostrum, pro certo ha- 
bentes, Te, pro zelo, quo religionis et veritatis causam tueri 
soles, eo studiosiùs atque accuratiùs traditurum esse populo 
Tuo germanam Nostrarum lilterarum sententiam, quo ve- 
hementius calumniosas interpretationes iis afflictas explo- 
sisti. Dum autem hujus studii amplam Tibi mercedem omi- 
namur, auspicem ejus et praecipuae Nostrae benevolentiae 
testem Apostolicam Benediclionem Tibi, VenerabilisFrater, 
Tuaeque diœcesi universae peramanter impertimus. 

Datum Romae apud S. Petrum die 4 Februarii 1865, Pon- 
tifîcatus Nostri anno XIX. 

Plus PP. IX. 



A NOTRE VÉNÉRABLE FRÈRE 

FÉLIX ÉVÊQOE D'ORLÉANS 



PIE IX, PAPE. 

« Vénérable Frère^ Salut et Bénédiction apostolique. 

a Notre cœur connaît si bien, Vénérable Frère, votre 
« dévoûment respectueux et votre affection pour Nous, 
« que, même avant d'avoir reçu récrit dans lequel vous avez 
« si heureusement et si utilement traité à la fois deux su- 
« jets qui étaient sans rapport entre eux (la Convention du 
a 45 septembre et l'Encyclique du 8 décembre), il Nous 
a semblait que déjà Nous entendions votre voix se mêler 
« aux nobles voix de vos Frères. Presque tous, sans se lais- 
« ser arrêter par aucune considération humaine, ni par le 
« danger de leur position, affirmaient, avec une fermeté et 
« une liberté toute sacerdotale, devant les ministres de 
« l'Empire, les droits essentiels du Saint-Siège et de l'épis- 
« copat méconnus. Us prenaient soin en même temps de 
a prémunir les fidèles confiés à leur sollicitude contre le 
« péril des erreurs condamnées par Nous, et ils déclaraient 
« réprouver ces erreurs au même sens où Nous les avions 
« Nous-même réprouvées. Aussi avons-Nous été charmé, 
« mais certes non surpris, soit du zèle avec lequel vous 
a avez fait parvenir Nos Lettres à tous les Curés de votre 
« diocèse, soit de l'écrit dont vous Nous avez adressé l'hom- 
« mage, et dans lequel, après avoir rappelé avec éloges les 
« intrépides protestations de vos Frères dans l'Épiscopat, 
« vous déclariez vous y associer de tout cœur. En lisant donc 
« avec une attentive avidité votre écrit, Nous avons été 
« heureux de voir que non-seulement vous aviez relevé et 
« justement livré au mépris les calomnies et les erreurs 



tt des journaux qui avaient si misérablement défiguré le 
« sens de la doctrine proposée par Nous; mais encore que 
« vous vous étiez élevé avec force contre Tinjuste inter- 
« diction par laquelle, toute liberté de déclamer contre Nos 
« paroles étant laissée à des écrivains incompétents et bos- 
« tiles, défense de publier et d'expliquer Nos Lettres avait 
« été faite à ceux-là seulement qui en sont les légitimes 
« interprètes, et à qui seuls elles étaient adressées. Mais ce 
« qui Nous a aussi causé la plus vive satisfaction, c'est que 
« vous n'avez pas craint d'énumérer tant de mensonges, de 
« macbinations, de honteuses insolences, de spoliations 
a et de cruautés, que vous avez voulu, appuyé sur les faits 
« les plus incontestables et les plus notoires, remettre sous 
« les yeux de tous, dans la première partie de votre écrit, 
« pour faire bien connaître ce que sont ceux à la bonne 
c garde desquels, par la Convention du 45 septembre der- 
« nier, on croirait pouvoir confier ce qui reste de leur proie, 
« et Nos droits sacrés. Nous vous adressons donc le présent 
« témoignage de Notre gratitude, certain que, avec votre 
« dévoûment accoutumé pour la défense de la religion et 
« de la vérité, vous enseignerez et ferez comprendre à 
a votre peuple le vrai sens de Nos Lettres avec d'autant 
a plus de zèle et de soin que vous avez réfuté plus vigou- 
« reusement les calomnieuses interprétations qu'on leur 
« infligeait. En vous donnant donc l'espérance que Dieu 
« vous récompensera amplement de votre travail. Nous 
« vous envoyons, avec effusion, comme gage de celte ré- 
« compense et comme témoignage de notre particulière 
« affection, pour vous et pour tout votre diocèse, Notre 
« bénédiction apostolique. 

« Donné à Rome, le 4 février 1865, de notre Pontificat le 
« dix-neuvième. 

«PIEIX. » 



LA CONVENTION DU 15 SEPTEMBftE 



L'ENGYGLIQEE DU 8 DËCEHBBE 



•^W^^^»W*¥^»»#WWWWM»MWWWWM^W<<W<l 



L'année qui vient de rejoindre les siècles écoules a légué 
à Tannée 1865 deux actes destinés à exercer sur la situation 
présente de TEglise catholique une influence considérable. 

Le 13 septembre 4861, il a été signé entre l'Empereur et le 
Roi Victor-Emmanuel une Convention par laquelle la France 
s'engage à abandonner, dans deux ans, à Tltalie la garde 
de la Papauté. 

Le 8 décembre 1864, le Souverain-Pontife, le Pape 
Pie IX a adressé une lettre Encyclique k tous les Êvéques 
du monde. 

Le premier de ces actes était un acte politique, et bien 
qu'il intéressât puissamment la religion, il a pu être feit 
sans consulta* les Ëvéques. Ils ont eu beaucoup à penser, 
rien à dire. 

Le second de ces actes était un acte religieux. Qu'on le re* 
marque bien, il était adressé aux Êvéques seuls. Le Pape, 



— 8 — 

en les exhortant à combattre avec énergie autour d*eux les 
erreurs qu'ilsignalait, les laissait juges du moment, de la 
forme, des explications utiles, selon le besoin des fidèles 
et les circonstancesides temps et des pays. 

Or, cet acte, ainsi communiqué par le Souverain-Pontife 
aux Ëvéques, a reçu, par la voie des journaux, une publicité 
immense, sans délai, sans précaution, sans limite. Cet acte 
qHi n*ètait adressé qu'aux Évêques, les Ëvéques sente se 
sont vu retirer, par une circulaire de M. le ministre des 
cultes, en date du 4 •''janvier 4865, la faculté de le publier. 

Je puis acheter 400 numéros du Siècle contenant TEncy- 
clique, et renvoyer à tous les curés de mon diocèse. Si Tun 
d'eux monte en chaire, et lit cette Encyclique à ses parois- 
siens, illcommet un abus, et le journaliste n'en a commis 
aucun. 

Si, dans cette paroisse, un temple protestant est ouvert, 
le ministre peut lire l'Encyclique et la commenter, le prêtre 
catholique ne le peut pas. 

Et quel est le motif de nnterdiction? On affirme que la 
lettre du Pape contient plusieurs propositions contraires à 
la Constitution du pays. Pour ma part , f affirme que cela 
n'est pas et je le démontrerai. 

Mais, s'il en est ainsi, toute publicité devait être interdite, 
et le ministre protestant ou Pécnvain contreviennent à la 
loi, aussi bien que le prêtre ou l'évêque. 

Nullemient. 

La loi que l'on applique est une loi spédale, contenant 
des pénalités spéciales, contre une classe spéciale de d^ 
toyens, en vertu d'une liberté spéciale que l'on appelle gat- 
Uèane^ inventée par deux souverains spèdaleme&t Ifbèralix, 
qtù se nommaient Louis JTf et Napoléon V^. 



— 9 — 

Ah I qu'ils sont d'admirables logiciois ces libéraux car- 
rapteors de la langue française, qui nomment empiétement 
une Encyclique d'un Pape désarmé, et liberté la circulaire 
â*nn ministre qui commande à tous les tribunaux et à la 
gendarmerie ! 

Je ne m'étonne pas qu'un certain nombre de mes véné- 
rés collègues, placés dans ce douloureux conflit, dont nous 
ne sonmies pas les auteurs, se soient crus obligés de passer 
outre à la circulaire administrative, ayant à défendre à la 
fois la parole pontificale et leur propre dignité. 

Ils ne s'exposent, dit-on légèrement, qu'à bien peu de 
chose. On se trompe. S'ils sont condamnés, ceux qui leur 
donneront tort mépriseront leur ministère, et ceux qui leur 
donneront raison mépriseront la justice du pays. Deux gran- 
des choses sortent toujours blessées de ces combats mal* 
heureux. 

Je ne m^étonne pas que d'autres Évéques aient pro* 
testé, dans des lettres dignes et graves, et je les remercie 
(té ces protestations en m^y associant hautement. 

Mais ces' exemples et ces paroles ne nous font pas sortir 
de la gêne. Les fidèles et le public réclament autre chose. 
Pendant ce temps, les commentaires injurieux de la presse 
vont leur train. On nous condamne sans nous entendre, 
on nous frappe sans délier nos mains ; on soufflette notre 
Père sans qu'il nous soit permis de courir à sa défense. 

Je me débats dans ces chatnes, blessé comme Êvéque, 
comme fils, comme citoyen, comme homme d'honneur, et 
je demande avec anxiété aux lois de mon pays si diles 
ne me laissent pas une ressource, un moyen, un seul, de 
dire et de crier ce que j'ai dans l'àme el sur les lèvres. 

Il y en a un, en effet, un seul, et je m'en saisis. Je ne puis 



— 10 — 

pas faire un mandement; je puis faire un écrit. Or, n'ayant 
pas le temps d'hésiter, ni la volonté d*irrilcr, j'userai du 
droit que Ton ne me conteste pas, sauf à me concerter avec 
mes collègues sur le droit qui nous est nié. Je descendrai, 
une fois de plus, dans Taréne, sur le terrain de la publicité. 

Il est ingrat, ce terrain ! car je me découvre et je m'ex- 
pose ; je suis seul et le plus faible contre une armée d'adver- 
saires qui vont tous se lever contre moi, sans que je sache 
auquel répondre. Qu'ils en fassent à leur aise. Ni mon 
honneur, ni ma conscience ne leur envient ce genre de 
triomphe. 

Puisque j'use de mon droit de citoyen, de celui-là seul, 
mais de celui-là tout entier, on trouvera bon que je parle à 
la fois de la Convention du 15 septembre et de VEncycligue 
du 8 décembre. 

On s'est efforcé de démontrer que le second de ces deux 
actes est la réponse au premier. C'est une erreur, je le sais 
et je l'affirme. Les périls que court sa personne. Pie IX les 
méprise. I^es ennemis qui le combattent, il leur pardonne. 
Son ftme n'est occupée que des périls de TÉglise , et des 
ennemis de la vérité. 

On ajoute que le second de ces actes est le meilleur argu- 
ment en faveur du premier: c'est une erreur encore. 

Le fait vrai, c'est que ces deux actes ne sont rapprochés 
que par leurs dates. 

Dans run,dcux puissants souverains de deux grands pays 
disposent de leur voisin, petit souverain d*un très*petlt pays. 
C'est de la politique. 

Dans l'autre, le représentant le plus élevé de Dieu sur la 
terre s'adresse, non pas à tel ou tel roi, à tel ou tel peuple, 
à telle ou telle opinion , mais à tous les évéques établis 



— 11 — 

sur la surface de la terre, du Canada à la Chine et de 
rAngIcterreà TÂfrlque. C'est dç la religion. 

La politique et la religion donnent ainsi au monde leur 
mesure; d'un côté, j'en conviens, est la puissance; de l'au- 
tre est la grandeur. 

Quelques-uns de mes amis auraient désiré que je ne par- 
lasse que de Tun de ces deui^ actes, de rEncycUque et non 
de lu Convention. 

Pourquoi, me disaient-ils , parler d*nne Convention à la- 
quelic déjà on ne pense plus ? 

C'est précisément parce qu'on n*y pense plus , que j'en 
veux parler. 

Je sais bien que l'attente du public est plus vive à Hieure ' 
qu*il est sur VEncyclique ; mais je n'écris pas pour satisfaire 
la curiosité; j'écris pour l'Église et pour le Saint-Siège. Je 
vais lu où je vois le péril. 

On ne pense plus h la Convention. -^ Vous, peut-être; 
mais d^auires y pensent; et en est-elle moins la menace 
suspendue et imminente sur la Souveraineté Pontificale? 

Sans In Convention^ on eût fait, j'en sais convaincu, beau- 
coup moiub de bruit autour de YEncycliqne, 

Si je réunis donc ces deux actes si divers, c'est pour dé 
masquer une tactique trop visible. 

Il est manifeste que les journaux et les ennemis de l'Église 
veulent désormais parler le moins possible de la Convenu 
tion^ et la tenir en réserve pour le bon moment, comme 
une arme cachée sous le manteau. Je les vois, en atten- 
dant, afficher, exagérer, défigurer VEncyclique^ calomnier 
le Pape, lasser ou exaspérer l'opinion, et, pour tout dire 
en un mol. s'etïorcer de retirer de Rome les respects avant 
qu'on en fiisse sortir les régiments. 



— 12 — 

Je ne serai pas dnpe. Je parlerai des deux actes à la fois^ 
j'envisagerai la siiuatioii tout entière, j'affronterai les denx 
périls. 

Sur la Convention, je poserai des questions. 

Sur VEncyclique , je [donnerai des réponses. 

J'ai besoin d'instruire et d'être instruit. 

On me trouvera, peut-être, bien arriéré. Citoyen français, 
je ne suis pas encore habitué à comprendre une loi ou un 
traité solennel, sans qu'il m^ait été expliqué par une discus- 
sion publique entre le gouvernement et les représentants du 
pays. 

Évêque catholique, je ne suis pas encore habitué à voir 
une Encyclique du Pape interprétée par un concile de jour- 
nalistes. 

Or, j'ai à parler d'une Convention qu'aucune explication 
ofBcielle n'a éclairée, et d'une Encyclique qu'une nuée d'ex- 
plications sans autorité ont obscurcie. 

On reconnaîtra que le devoir que je viens accomplir est 
di Acile, mais aussi qu'il est nécessaire. 

Je ferai de mon mieux. 



PREMIERE PARTIE 



PREMIÈRE, PARTIE. 



La Convention. 



Je commencerai en disant mon opinion sur la Convention 
du 45 septembre 4864, par laquelle la France s'est engagée 
envers le roi Victor Emmanuel à quitter Rome dans deux 
ans. 

On ne m'accusera pas, sur ce point, d'avoir cette fois parlé 
trop tôt. 

J^avais pour attendre deux graves motifs. 

Rien ne fut jamais moins agréable que le rôle de pro- 
phète de malheur. Cependant je Tai rempli sans hésiter, 
quand il Ta fallu; et dès le commencement de cette doulou- 
reuse question, j'en ai prévu la fin. J'ai suivi tous les pas 
qu'on a laissé faire au Piémont vers Rome, et ce que M. de 
Falloux a nommé Yitinéraire de Turin à Rome. Par suite, 
j'ai vu la grande inspiration de la France, vivante encore 
dans un vote mémorable de l'Assemblée nationale en pleine 
République, vivante dans les paroles du général Cavaignac, 



— 16 — 

s'écriant : « Il faut voler au secours du Saint-Père, » vi- 
vante dans les premières et nobles déclarations de notre 
Empereur actuel ; j'ai vu, dis-je , cette grande inspiration 
s'afTaiblir et s'ëpuiser. J'ai vu la garantie solennelle du droit 
devenir une protection provisoire; la protection du droit 
devenir une garde de la personne, la garde une simple es- 
corte, rescorte une faction aux portes de la maison et du 
jardin ; puis il m'a fieniblé que Tanne devenait pesante au 
bras qui la portait : j'ai suivi les jours, marqué les degrés, 
compté les heures : catholique inquiet , citoyen humilié, 
je n'étais pas pressé d'ajouter une pièce de plus à ce dos- 
sier dont les juges seront Dieu et la postérité. 

J'avais un second motif d'ajourner. Ne voulant pas cesser 
de croire fermement à la sincérité du gouvernement fran- 
çais, représenté dans la négociation qui a précédé la Con- 
vention par M. Drouyn de Lhuys, j'ai voulu attendre, écouter, 
réfléchir, avant de m'avouer que mon pays, si souvent 
trompé par le Piémont dans les affaires d'Italie, venait de 
l'être une fois encore, et de faire un pas de plus vers l'aban- 
don complet du pouvoir pontifical. 

Maintenant, après l'interprétation donnée par le Piémont 
à la Convention^ je n'en doute plus. 

Je ne connais pas de douleur comparable à celle qui 
suit une telle constatation. Elle est plus pénible encore, 
lorsqu'on a été conduit vers cette triste évidence à tâtons et 
à travers les ténèbres, à travers des heures, de longues 
heures d'incertitude, d'attente, d'hésitation, d'équivoque 
et d'angoisse, que ne parvenaient pas à dissiper les explica- 
tions embarrassées et superflues d'un ministre faisant des 
efforts sincères, mais vains, pour ne pas s'avouer à lui« 
même que sa parole avait été prise à des embûches. 



— 17 — 

Comment avons-nous appris, nous, évoques, celle Con- 
vention qui intéresse la personne et les droits du Chef de 
Église? Comment en a-t-il été informé lui-même ? 

Par les indiscrétions incomplètes de quelques journaux 
mis à moitié dans le secret. 

Un jour nous avons appris que deux étrangers avaient 
traversé Paris, puis qu'ils étaient partis, comme des 
voyageurs pressés, après leur commission faite, emportant 
dans leur bagage une feuille de notre histoire nationale, 
un traité qui engage la France et qu'elle a ignoré. 

Il est vrai, ce traité avait reçu la signature de l'Empe- 
reur, qui, par des promesses répétées, s'est engagé solen- 
nellement à soutenir le Pape, et la signature d'un ministre, 
rentré aux affaires dans l'honneur de cette résolution : ce 
devait être assez pour se confier; ce n'était pas assez pour 
comprendre. On ne comprenait pas bien, en effet, h quel, 
intérêt la France obéissait en cliangeant brusquemeiil de 
rôle. 

Je ne parle plus ici du rôle de la France sous Charle- 
magne. Et, cependant, je me dis avec douleur : Est-il donc 
entendu que nul ne doit plus songer à ce rôle magnanime? 
Je ne parle plus du rôle de la France en 4849, ni du rôle 
de la France à de fréquentes reprises, pendant les mille ans 
qui séparent ces deux époques. 

Mais il était un rôle moins beau, et toutefois honorable 
encore, et accepté depuis quelques années. En gardant 
Rome, et en maintenant dans les Ëtats pontificaux si vio- 
lemment diminués, une occupation si restreinte, l'Empe- 
reur réalisait encore, disait-on, quatre grands avantages ; 
il devait à cette occupation l'estime de l'Europe catho- 
lique, la tenue en respect de l'Italie révolutionnaire, la gra- 

2 



— 18 — 

titude du clergé français, et enfin une position politique et 
stratégique importante. 

Que gagnera la France à perdre cette position ? Je ne 
me l'explique pas; mais ce n'est point mon affaire^ du 
moins comme évêque. Je me persuadais au moins qu*en 
quittant Rome, la France ne délaisserait pas le Pape, et 
qu'averti des ambitions persistantes et des violences pas- 
sées du Piémont, elle prendrait des garanties sérieuses. 

On affirmait que tout cela se trouvait dans le traité. 

Plusieurs me conseillaient la confiance, ou au moins la 
résignation. 

Oue voulez-vous ? me disaient-ils, quand la Convention 
était imparfaiiemeht connue, que voulez-vous? Ce qui est 
perdu est perdu. L'important est de conserver ce qui reste. 
Or. si Victor-Emmanuel renonce définitivement à Rome, 
si la France en garantit positivement au Saint-Père la pos- 
session stable, si le Saint-Père, appuyé sur des troupes à lui 
et sur des ressources suffisantes, est mis à même de con- 
tinuer librement au Vatican, désormais sans ennemis, le 
cours de son divin ministère et de son royal sacerdoce, 
que voulez-vous de plus? Sans fermer toutes les plaies, 
sans donner satisfaction à tous les droits, cet État réduit, 
très-injustement réduit, mais paisible, n'est-il pas préfé- 
rable ce qui est? 

Attendons, disais je, et voyons les textes et les faits. 

Eh bien 1 les textes et les faits ont parlé. Je sais désor- 
mais à quoi m'en tenir, et je trouve opportun de dire sur 
ce point ma pensée tout entière, et d'aller au fond des 
choses. 

On me trouvera peut-être long ; mais dans quelques jours 
le Sénat et le Corps législatif vont s'assembler, et une dis- 



— ig — 

cussion décisive aura lieu sur cette grande question. C'est 
pourquoi je veux la traiter à fond et Temb passer une der- 
nière fois dans son ensemble. Le moment est pressant : il 
faut éclairer le présent et l'avenir par le passé. 

Quel est le sens attaché par la France à ce traité? 

M. le ministre des affaires étrangères a eu la bonté de 
nous l'expliquer par des dépêches qui présentent ainsi le 
rôle du Piémont: 

Lltalie se convertit , elle revient à des sentiments plus 
raisonnables ; on peut se fier à elle. Ne pouvant pas aller à 
Rome, elle se contentera de Florence pour capitale. Bien 
plus, elle gardera la frontière du Pape, au lieu de la fraiir 
chir. Nous plaçons le Pape sous la garde d'un bon voisin, 
nous lui laissons le droit, sinon le moyen de refaire son 
armée et ses finances. 

L'Italie est faite, Rome est préservée ; notre tâche est finie. 

Mais le Piémont Tentend autrement, et les commen- 
taires officiels , donnés par Turin à la Convention^ vont le 
démontrer avec la dernière évidence à tout homme impar- 
tial et de bonne foi. 

Reprenant, au sujet de cette Convention qui semble de- 
voir tout achever, la suite nécessaire des choses, je vais 
dire simplement : 

1® Ce que je pense du Piémont ; 

2» Ce que j'espère de la France. 

Et j'ajouterai quelques observations, sur ce qu'on de- 
mande au Pape, et enfin sur ce que seront ici les respon-^ 
sabilités. 



— 20 — 



CE QUE JE PENSE DU PIEMONT. 



Ce n'est pas par une vaine affectation de purisme politique 
que je dis: le Piémont et non Vltalie, 

Je dis le Piémont^ parce que le Piémont est coupable, et 
que je neveux pas accuser Tltalie. L'ambition du Piémont, 
Falliance de son roi et des révolutionnaires a fait et fait tout 
le mal. L'immense majorité de lapopulation en Italief, on s'en 
aperçoit tous les jours, est calme, religieuse, patiente. La 
résignation est son trait caractéristique, et elle le doit à la 
religion. Elle aime, elle vénère le Pape, elle désire son par- 
don et sa bénédiction. Si la confédération, dont l'Empereur 
a eu la pensée, se fait quelque jour, l'Italie a, dans l'avenir, 
je le crois, comme elle l'a eue dans le passé, une mission 
providentielle. J'aime, je plains l'Italie, plus victime que 
complice, et c'est pourquoi, ayant le devoir d'accuser 
j'évite son nom toujours cher et je flétris seulement le Pié- 
mont. 

" Donc ce que je pense du Piémont. 

Simplement, ce que les faits me condamnent à en penser. 

Je n'ai aucune confiance dans le Piémont, et je ne crois 
pas que la France puisse en avoir. •- Pour moi* je suis ré- 
solu à ne pas me faire d'illusion. Je regarde à ce qui seul 



— 21 — 

parle net et haut, à ce qui ne trompe que ceux qui veulent 
être trompés. Je vais droit aux faits, et je suis aise de les ré- 
sumer une bonne et dei'nière fois : 

Pour apprécier un traité, il est essentiel de bien connaître 
les parties contractantes. Il importe de ne pas se tromper 
sur celui avec lequel on contracte, de bien savoir quel est 
son caractère et sa moralité , le sens quMl attache aux mot^ 
qu'il emploie, et les moyens par lesquels il marche à «es 
fins. 

Je compte les mots pour peu de chose. Ah ! sans doute, 
le Piémont a pris à son usage de belles paroles : VÊglis^ 
Ubre dans VÊtat libre; — les forces morales; — les progrès 
àe la civilisation; — les aspirations nationales; — le droit 
nouveau ; — le vœu des populations.... 

Mais, je ne sais pas entendre les choses légèrement, ni 
parler en Tair, et je demande le sens de ces mots à la con^ 
duite même du Piémont , à sa politique depuis quinze ans, 
aux plans poursuivis, aux faits accomplis. 

C'est ici une question délicate : Je Taborderai cependant, 
bien sûr d'avance et demandant à Dieu de ne rien dire qiM 
puisse blesser mon pays, dont l'honneur est le mien, ni 
blesser la vérité de l'histoire, dont le témoignage est libre, 
souverain, et immortel. 

Reprenant donc toute la suite des faits, je tâcherai d'être 
court. 

— Et d'abord VÈglise libre dans VÈtat libre. 

L'Église libre; c'est, pour le Piémont, depuis quinze ans : 
Tous les biens de l'Ëglise confisqués; 
Les ordres religieux supprimés ; 



Les religieuses jetées dans la me ; 

Les èvéques en prison; 

Les clercs soumis à la conscription ; 

Les érèdiés vacants ; 

Les concordats avec le Saint-Siège violés ; 

Les immnnités ecclésiastiques, stipulées par un traité, 
dxilies; 

La loi Siocardi, votée aux cris de : Vive Siccardi! à hoi 
les prêtres! 

La loi sur le mariage civil, votée, le 5 juin 4S52, malgré le 
Pape, malgré le concordat, malgré les èvéques ; 

La loi du 25 novembre 4S5i, violant formellement, con* 
Ire TÊglise, Tart. %9 du Statut national : < Toutes les pro* 
priétés sont inviolables, sans exception d'aucune s^frte (4); 

La loi d*octobre 47, soumettant les écrits des èvéques 
à ht censure préventive; 

La \(A d*octobre 48, instituant des conseils laïques pour 
surveiller renseignement de la religion et des catéchismes, 
el nommer même les directeurs spirituels dans les institu- 
lîens religieuses ; 

La loi de décembre 48, qui soustrait les thèses pour les 
grades canoniques à Texamen des èvéques ; 

(I) Mot introduit par Charles-Albert, précisément pour protéger les 
propriétés ecclésiastiques : ce qui inspira à M. de Revel à la Gtaambre 
des députés ce beau mouTement : « Certes, Messieurs, si le roi Charles- 
Albert, dont rimafa est id préatate, «fait « an. tmamuat en ce jour on 
ose interpréter ses intentions et ses actes, il aurait retiré cette main 
qu'il étend pour jurer la Constitution.... oui. Messieurs, il Taurait reti- 
rée. » 

Mais qu'importaient «nx Piémontais lot serments et la maîa dessé- 
cha de Charles-AUiert! 



— 23 — 

L'antique académie de la Superga^ maison des hautes étu- 
des ecclésiastiques du royaume, supprimée ; 

Enfin, la loi de 54, par laquelle on prétendail fonder 
une théologie d'Ëtat, soumettre les écoles de théologie dio- 
césaines à inspection de TËtat, obliger les professeurs 
des séminaires à suivre les pro{;rammes deTÊtat; 

Et cel;), au moment même où dans l'université de Turin on 
enseignait : 

« L'omnipotence de TËtat sur TÉglise ; 

« L'incompatibilité du pouvoir temporel et du pouvoir 
spirituel ; 

« L'impossibilité de démontrer que le mariage soit un sa- 
crement; 

f L'impuissance de l'Église à établir des empêchements 
dirimants au mariage ; 

« Enfin, que l'Église catholique, et spécialement le Saint- 
Siège, est l'auteur du schisme d'Orient (4). » 

Telle était rÈglise libre dans VÈtat libre. 

Les actes du Piémont étaient conformes à ces lois. 

Dès 4850, l'archevêque du Turin était emprisonné^ puis 
banni; l'année suivante, ce fut l'archevêque de Caglîaii, 
puis Tarchevêque de Pise, puis l'archevêque Cardinal de 
Angelis^ puis les autres. Et au moment où j'écris, la moitié 
des évêchés du Piémont sont sans évêques, et il en est de 
même dans toute la péninsule. 

Les prêtres étaient mis sous la surveillance de ta police, 
et poursuivis, non pas seulement par les proclamations de 
€aribaldi, disant à Pavie, aux étudiants, de prendre tes 

(i) FroposiUons MKfaeUet, ponr le dire en passant, phnitur» articles 
4e rEncydiqne et da SjfUekui^ ont pour but de répondre. . ' 



— 24 — 

pavés des rues pour exterminer les robes noires^ mais par 
des circulaires ministérielles, qui accusaient le clergé de 
tremper dans les émeutes pour la cherté des grains. 

Les Chartreux de Collegno, que^M. Rattazzi félicitait, 
le 48 octobre 1852, d'avoir, avec une charité toute chré- 
tienne, cédé une partie de leur maison pour des aliénés, 
étaient deux ans après, le 40 août 4854, mis dans la rue 
par le même ministre. 

Coup sur coup, on expulsait violemment les religieux de 
la Consolata et de Saint-Dominique, les prêtres même de 
Saint-Vincent-de-Paul, les religieuses Oblates de Pigne- 
roles, les Servîtes d'Alexandrie, qui venaient d'envoyer deux 
de leurs Pères à Gènes, pour en remplacer quatre autres 
morts au service des cholériques. 

Les femmes elles-mêmes, les Sœurs de charité, n'étaient 
pas épargnées. 

Les montagnes de la Savoie ne dérobaient pas à la per- 
sécution l'antique compagnie des dames de la Compas- 
sion, pour le service des pauvres et des malades. 

Les carabiniers expulsaient nuitamment les religieuses 
de Sainte-Croix : «r Je remercie Dieu, écrivait la supé- 
rieure, de ce qu'aucune de mes filles n'est morte dans la 
rue. » 

Déjà, on avait proscrit les dames du Sacré-Cœur : toutes 
leurs maisons avaient été fermées, leurs élèves dispersées, 
elleuips biens, meubles et immeubles, affectés au trésor 
public. 

Bref, 7,850 religieux furent dépouillés et livrés à tous les 
besoins. 

Voilà comment le Piémont entendit tout d'abord VEglise 
libre dansVÊtat libre. Et à l'heure qu'il est, il ne l'entend 



- 25 — 

pas autrement, et il est en train de faire dans les provinces 
annexées ce qu'il a fait chez lui : c'est hier même que nous 
lisions dans les journaux, les nobles paroles des ëvêques 
de Toscane « se déclarant prêts à aller demander à leurs 
fidèles « le pain qu'eux-mêmes donnaient autrefois. » , 

— Les aspirations nationales^ invoquées hier encore, 
après le traité du V6 septembre, par le Piémont, n'ont ja- 
mais eu pour lui qu'un sens : s'emparer de Rome et ren- 
verser le Pape. 

M. de Cavour ne dit pas autre chose dans ce mémoran- 
dum par lequel, au congrès de Paris, il se fit l'accusateur 
public du Pape, en termes tels que le Times put écrire : 
« Rien de ce que pourrait dire une assemblée puritaine 
d'Edimbourg ou de Belfast, n'irait plus loin. » 

C'est ce mémorandum^ que le journal même de M. de 
Cavour, Il Bisorgimento, appela « l'étincelle d'un irrésis- 
tible incendie. » 

Pour arriver à ce but, le Piémont a fait alliance étroite et 
cause commune avec la révolution, en ayant l'air de la dé- 
savouer : il a activé, dans toute l'Italie, par « les voies sou- 
terraines » dont parlait récemment M. Drouyn de Lhuys, la 
plus violente propagande révolutionnaire; il a poussé, sou- 
doyé, armé dans l'ombre ceux qui étaient chargés de mîi- 
ner toutes les souverainetés de la péninsule, et surtout la 
souveraineté pontificale : telles furent sa politique et ses 
aspirations nationales. 
t Vainement l'Empereur protesla-t-il que la guerre ne dépos- 
séderait pas les souverains^ et n'ébranlerait pas le trône du 
Saini^Père : au moment même où l'Empereur prononçait 
ces paroles, M. de Cavour s'abouchait avec les chefs desso- 



— 96 — 

dètés secrètes, et traçait, de concert avec La Farina* prési- 
dent de la Société nationale, tous les plans des futures ré- 
Yolulions, en prenant soin toutefois de lui dire : « Vous, 
vous n'êtes pas ministre, vous pouvez agir librement; mais 
sachez que si je suis interpellé à la chambre , ou molesté 
par la diplomatie, je vous renierai (4). » 

Tels sont les moyens moraux que M. de Cavour mit au 
service de ses aspiratiom nationales^ et le droit nouveau 
qu'il inventa. 

Ce que faisait ainsi M. de Cavour, les ambassadeurs pié- 
montais près les cours italiennes le faisaient de leur côté. 
Le roi Victor-Emmanuel va précisément ces jours-ci revoir 
& Florence un hôtel habité en 4 859 par son ambassadeur, 
M. Buoncompagni. Or, lorsque le Grand-Duc, trèsH^incère 
et très-bon souverain, oncle du roi d'Italie, occupait encore 
le palais où son neveu couchera bientôt, il chargea le mar- 
quis de Lajalico de composer un ministère libéral; et quand 
cet homme politique alla chercher ses futurs collègues, où. 
lestrouva-t-ii? En train de conspirer contre le Grand-Duc 
chez M. Buoncompagni, à la laveur de l'immunité accordée 
aux ambassadeurs. 

Ceci fut officiellement transmis par le représentant de la 
Grande-Bretagne en Toscane» M. Scarlett, à son gouverne- 
ment (2). 

M. Scarlett écrivait encore au comte de Malmesbury, le 
45 mai 4 859: 

« Dans ma conviction, ce qui est arrivé à Parme n'était 
qu'une partie de la grande conspiration ourdie par le 

(1) IfieoâeniiBiftiidii, PocumenU mi conU MCatow. Turin, 1M8. 
(2> Dé|»«cii6 de M. Scarlett k lerd Malmetbvrj, du 29 avril 1859. 



~n — 

Piémont : cette conspiration avait des ramifications dans 
toutes les villes d'Italie. » 

En effet, après une première révolution provoquée par 
les émissaires piémontais, la Duchesse de Parme, ayant été 
rappelée par le vœu spontané de ses sujets, M. de Cavour, 
pour suppléer à Tlnsuffisance des aspirations nationales^ 
fit occuper militairement le duché. 

A Naples, la maison du ministre piémontais, qui avait été 
plénipotentiaire avec M. de Cavour au congrès de Paris, 
devint de même le centre habituel [i ) de tous les conspira- 
teurs. 

Cest ain&i que le Piémont respectait le droit des gens, et 
mettait en œuvre les forces morale$ et le droit nouveau : 
Droit nouveau^ en effet, et que les peuples civilisés n'avaient 
jamais connu jusqu'ici. 

Voyons maintenant, pour profiter de l'enseignement du 
passé et pour apprendre à mieux prévoir l'avenir, de quelle 
lumière les annecàons succédèrent aux révolutions. 

On offrit, suivant le programme tracé, hi dictature, dans 
les dachés et dans les États pontificarix, à Victor-Emma- 
Buel, qui s'empressa» de l'accepter. Mais n'en ayez aucune 
inquiétude, disait M. de Cavour, ceci n'est que provisoire. 
îiC gouvernement français lui-même s'y trompa. 

a On semble ne pas se rendre un compte suffisamment 
« exact du caractère que présente la dictature offerte en 
« Italie au roi de Sardaigne, et on en conclut que le Piémont 
€ compte, àVabri des armes françaises, réunir toute l'Italie 

(1 Lettres d'Unoa, p. 



— 28 — 

« en un seul Etat. De semblables conjectures n'ont aucun 
« fondement (h). » 

Le Piémont ne Tentendait pas ainsi. Il s'installait en maî- 
tre dans ses nouveaux Etats, occupait tous les emplois, 
s'emparait de toutes les positions, travaillait par tous les 
moyens à rendre définitive sa dictature, et Victor-Emma- 
nuel, à Florence, disait en mettant la main sur son épée, et 
regardant vers Rome: Nous irons jusqu'au bout. Ândremo 
alfondo! 

En effet, la paix signée à Villafranca n'arrêta pas un 
instant le Piémont; et les annexions, nonobstant les traités 
de Villafranca et de Zurich, s'accomplirent dans les duchés 
de Parme, de Plaisance, de Modène, de Toscane, dans les 
Légations et dans les Romagnes, par les manœuvres les plus 
odieuses, sans aucune liberté, sous la pression des baïon- 
nettes piémontaises, avec toutes les forces de l'intimidation 
et de la corruption. 

Il est bon de rappeler toutes ces choses à un public qui 
oublie trop, en un moment où trop de gens aussi ont in- 
térêt à couvrir le passé d'un silence et d'une connivence 
qui révoltent ma conscience. 

L'Empereur lui-même sentit le besoin de se dégager de 
tout cela, lorsque rappelant le vote de Nice et de la Savoie, 
il déclarait aux Puissances européennes que ce vote n'avait 
été amené, « ni par une occupation militaire, ni par des 
« insurrections provoquées, ni par de sourdes manœu- 
« vres (2). » 

Partout la presse avait été bâillonnée, et ce furent les 

(1) Note du Monit^r du 24 juin 1859. 

(2) Discours pour l'ouverture des chambres, 1" mars 1860. 



— 29 — 

dictateurs pîémontaîs, tout-puissants, qui firent seuls les 
votations, sans tenir aucun compte du vœu des peuples. 

En Toscane, « on n'admit au vote qu'un vingt-cinquième 
« de la population; et il n^en vint pas même la moitié : il 
t en résulte, écrivait lord Normanby, que ce fut un cm- 
« quantième de la population qui vendit les Athéniens de 
« ritalie aux Béotiens du Piémont. » 

Voilà pour Florence. 

A Parme, M. Farini exclut toute la population des campa- 
gnes. 

A Modène, malgré les exclusions, il restait encore 72,000 
électeurs. Sur ce nombre combien y eut-il de votants? A 
peine 1,000 ! 

Dans les États du Pape, on n'admit que 48,000 élec- 
teurs, « et sur ce nombre, pas même un tiers ne put être 
« mené au scrutin par la force, ou par la corruption (1). » 

Voilà ce que le Piémont fit des aspirations nationales^ et 
ce qu'il en fera à Rome, s'il y va : voilà ce que fut pour lui 
l'expression libre et franche du vœu des populations; qu'on 
ne l'oublie jamais. 

Après cela, il y avait de quoi, le Parlement piémonlais 
s'écria : 

« Que notre glorieux roi reçoive le serment que nous 
« faisons en ce jour heureux de ne pas nous arrêter en si 
« beau chemin l Marchons en avant. Il faut à l'Italie des 
« destinées nouvelles; le moment est venu. » (Séance du 
44avriH860.) 

En effet le Piémont se mit immédiatement en marche 
contre Rome même, avec les moyens civilisateurs et les 

(1) Eiitoin des EiaUde VEglUe depuis la première révolution française. 



— 30 — 

forces morales dont il invoque encore anjourd'hui le 
contre le Pape* 



Après les Révolutiotu et les Annexions vinrent les /nva* 
sions. 
^ Tous les voiles ont été levés sur l'expédition de Garibaldi. 

Tout le monde sait que M. de Oavour désavoua Garibaldi 
devant la France et devant TËurope; il écrivit même au roi 
de Naples que des vaisseaux sardes partaient pour arrêter 
Taventurier (4). — Et c'est lui qui renvoyait. 

L'expédition avait été préparée à la face du soleil, à Gènes, 
et dans les autres ports piémontais. Les enrôlements s'étaient 
faits publiquement dans tout le Piémont. M. de Gavour four- 
nissait rargent et les fusils. Et en même temps qu'il faisait 
partir les vaisseaux pour arrêter Garibaldi, il écrivait à Ta- 
miral Persano : « Cherchez à naviguer entre Garibaldi et 
« les vaisseaux napolitains. J'espère que vous m'avez com- 
« pris.» L'amiral répondait: « Je crois que je vous ai com- 
« pris, le cas échéant vous me ferez mettre à Fenestrelle. > 
M. de Cavour écrivait encore à La Farina: « Persano vous 
« donnera autant d appui qu'il le pourra, sans cependant 
« compromettre notre drapeau (2). » 

Et un peu plus tard; quand Garibaldi, débarqué en Sicile 
sous la protection des vaisseaux anglais, voulut, après 
avoir révolutionné l'île, passer sur le continent, a M. de 



(1) Lettres dTUoa. — Gazette officielle deTurin du 10 mai 1860, et note 
du 20 mai 1860. 

(2) Nicomedi Btancbi, Documentisul conte di Cavour. —On peut con- 
sulter encore sur tout ceci ce qu'a écrit, sur M. de Cavour, M. de La 
Rive, sou ami. 



— 31 — 

« Cavour envoya le députe Brottero et le député Casalis, 
« chacun avec 500,000 fr. pour coopérer à ce passage. Les 
< bâtiments sardes reçurent Tordre de le protéger (1). » 

Cependant, le Piémont continuait à désavouer Garibaldî, 
en même on négociait avec le roi de Naples, on soudoyait 
partout autour de lui les plus lâches trahisons, on achetait 
ses ministres, ses amiraux, ses généraux. 

Le jeune roi en appelle enfin à son courage et marche à 
Tennemi. 

Le Piémont alors tremble que Garibaldi ne soit vaincu, 
et pour le sauver, il feint de vouloir le combattre , et il 
nous prend à cette duperie. 

L'histoire en est mémorable ; je la trouve dans un docu- 
ment oflciel, dans le récit de Tentrevue de Chambéry, tel 
que la raconte une dépêche de M. Thouvenel (4 8 octobre 4 860) : 

< Sa Majesté a daigné m'autoriser à dire directement ce 
« qui s'est passée Chambéry entre lui et les envoyés du roi 
c Victor-Emmanuel, M. Farini et le général Cialdini. » 

£h bien! voici, d'après la dépêche, ce qui s'est passé. Le 
Piémont a fait entendre à l'Empereur que Garibaldi mena- 
çait Rome, — Rome où nous étions, où flottait notre dra- 
peau ! -r- puis il a demandé « de traverser les Étals pontificaux 
i sans toucher à Vautorité du Pape^ afin de livrer, s'il le 
« fallait, bataiUe à la révolution surle territoire napolitain. » 

Et huit jours après l'entrevue de Chambéry, M. de Cavour 
enjoignait au Pape de licencier son armée, et avant même 
que cet ultimatum eût été connu du Pape, Cialdini enva- 
hissait, avec soixante-dix mille hommes, les Etats du Saint- 
Père, écrasait nos volontaires à Castelfidardo, bombardait 

(1) Bianchi, DocufMnti iul eonie di Cavour, 



— 32 — 

Ancône et enlevait à Pie IX les Marches et TOmbrie. — 
Et si M. de Goyon n'avait pas enfin envoyé un caporal et 
quatre hommes à la dernière frontière du patrimoine de 
Saint-Pierre, tout était pris. 

Voilà comment le Piémont tenait sa promesse de ne pas 
toucher à V autorité du Pape; et voilà, entre cent autres faits 
ce qui donne mesure de ce que vaut sa parole, et de la 
confiance que Rome et la France doivent y avoir. 

Puis, au lieu de livrer bataille à Garibaldi sur le territoire 
napolitain, le Piémont sauvait Garibaldi battu sur le Vol- 
turne : l'ambassadeur piémontaisàNaples, voyantque l'aven- 
turier va être mis en déroute, lui envoie en toute hâte des 
bataillons de bersaglieri, la flotte sarde ouvre pendant le 
combat ses feux sur les troupes de François II, et Cialdini, 
envahissant alors avec ses soixante-dix mille hommes les 
États de ce Roi dont l'ambassadeur est encore à Turin, 
achève l'œuvre. 

On sait le reste; Gaête bombardée comme AncOne;les 
bombes s'attaquant aux maisons, aux églises, aux hôpitaux, 
aux femmes, aux enfants, à une jeune reine héroïque, et 
enfin , après quatre mois du plus effroyable bombardement, 
la trahison mettant fin à la plus noble défense par l'explo- 
sion des poudrières. 

Telle fut la bonne foi piémontaise, et comment se tint la 
parole donnée à notre Empereur en personne, à Chambéry. 

Et il y a encore des gens qui nous disent de confier 
aujourd'hui le Pape à la foi et à la loyauté du Piémont ! 

Le masque était jeté. A la complicité honteuse et au men- 
songe des désaveux avait fait place la confraternité des 
armes : VictorrEmmanuel tendit la main à son aide de camp 
Garibaldi, lui disant : « Merci ! » et on vit le roi faire son 



— 33 — 

entrée à Naples, côte à côte, dans la môme voiture avec 
PaTenturier en blouse. i 

Et ce même prince, qui avait donné à la France et à^ 
l'Europe sa parole de Roi qu*il ignorait rexpéditibn de 
Garibaldi, ne craignit pas de sMnfliger à lui-môme, dans 
une proclamation, un solennel démenti : « Ils étaient* 
Italiens ; je n'ai pas pu, je n'ai pas voulu les retenir (4). » 

Alors M. de Cavour, triomphant, déclara du haut de la tri- 
bune piémontaise, que ces mémorables événements étaient' 
«la conséquence nécessaire de la politique piémontaise 
<( depuis^ douze ans; » et enivré de ses succès, s'écria enfin, 
jetant ce déti à notre armée, à notre parole et à notre 
politique déclarée : « Il nous faut Rome pour capitale , ^t 
« nous t serons dans six mois. » 

Et le parlement, sanctionnant cette déclaration par un vote 
solennel, proclama Rome capitale de l'Italie. (29 mars 1864 .) 

Voilà l'homme et voilà le gouvernement, qui , quelques 
mois après, ouvraient avec le gouvernement français les' 
négociations qui ont abouti à la Convention du 45 septembre. 



A Naples commence une phase nouvelle de la politique 
piémontaise, que je dois encore regarder attentivement. ' 

Je devrais peut-ôtre m'arrêter ici. Je ne le ferai pas. Et îin' 
de mes motifs, c'est que j'entends quelquefois d*honnôtîes 
gens môme me parler de la modération des révûlutionnairèsi 
italien^. —Non ; l'oubli a couvert encore trop de choses ici, 

(1) Proclamation de Victor-Emmanuel d'Ancône, 9 octobre 18Ô0. ' 

3 



— a* — 

et il y a eu là des borreurs, c'est le mot, contre lesquelles^, 
pour ma part, je ne permettrai jamais qu'on prescrive^ 
I/Ëcriture dit quelque part : Cet homme ne se connaît plus ^ 
qu^ofi lui rejette son iniquité à la face l 

Ici encore on a parlé du vœu des populations et des aspi-* 
rations nationales. 

Jamais il n'y eut plus flagrant mensonge. 

On a dit que Victor-Emmanuel était entré dans les Ëtats 
napolitains appelé parles plébiscites populaires» 

Les dates et les faits disent le contraire. 

Le plébiscite est du %\ octobre, et Tinyasion de Cialdini 
sur les terres napolitaines du 48. 
. Et ce plébiscite eut lieu de la façon que voici : 

« La presse piémontaise (comme à Florence) déclara traître 
à la patrie et digne de la vengeance publique quiconque 
oserait voter contre Fannexion. En môme temps, des sicaires, 
sortis des bagnes, parcouraient les rues, armés jusqu'aux 
dents, menaçant du poignard, et jetant des bulletins à 
pleines mains dans l'urne ! 

« L'immense majorité des votants se composait d'individus 
« soudoyés par Vor piémontais^ et des volontaires de Gari- 
€ baldi^ de misérables cherchant l'impunité dans la vente 
« de lerur pays. Triste pays, aussi indignement vendu que 
« honteusement acheté (4) ! » 

Et voilà ce qu'on appelâmes vœux de la nation it9.1ienne 
et du peuple napolitain ! 

Deux mois après ce plébiscite dérisoire, le Piéniont fait 
procéder à l'élection des députés. Qu'arrive-t-il? 

« Dans le quartier du Mercato» à Naples, qui compte 

(1) Lettres d*Unoa. 



- 35 — 

c iso,0001iabîtants, M. Paolo Gortëse a été élu avec 13 voix 
« qni lui ont assoré la majorité, son compétiteur n'en ayant 
obtenu qoe 44 . 

c Dans un autre collège, on ne réunit que soixante élec- 
teurs. 

« Lors de Téleclion des corps municipaux, les salles res- 
t tèrent vides. A Naples, il n'y eut guère que 800 électeurs 
« sur 500,000 habitants (4}. 

Les Napolitains ne protestèrent pas seulement par Tabs- 

tention, ils protestèrent aussi par les armes. Naples et 

tcmtes les provinces annexées furent mises en état de siège. 

£1 ici commence une «uite d*atrocîtés dont Thistoire de 

la Terreur peut seule donner l'idée. 

daJdînî paraît le premier, se faisant précéder de cette 
proclamation : « Annoncez que je ferai fusiller tous ceux 
c que je prendrai les armes à la main ; j'ai déjà commencé 
c aujourd'hui. » 

Pinelli : « Soldats, soyez inexorables comme le destin... 
t Purifions avec le fer et le feu ces régions infectées de Tim-* 
« monde bave des prêtres. » 

Galateri : « Je viens pour exterminer les brigands... Qu'on 
c s'arme de faux, de fourches, de tridents, et qu'on les 
« poursuive partout... Quiconque donnera asile à un bri- 
« gand sera, sans distinction d'âge, de sexe, de condition, 
c fusillé... (2) » 

Les brigands, c'est le nom que désormais les Piémontaîs 
vont donner aux Napolitains, qui ne veulent pas d'eux. Cela 
devait être; dès que les Piémontaîs ne prenaient pas ce 

(1) Lettres d'Ulloa. 

(2) Délie Presenti condizioni del reame délie due Sicilief par UUoa. 



— 36 -r- 

nom pour eux, ils devaient le donnier à leurs adversaires. 

Les autres chefs piémoQtais, Nigra, Fumel, etc., lanceat 
de leur côté des proclamations qui ont arraché un cri d*bor- 
reur à lord John Russell lui-môme, et dont un député ita- 
lien, M. Nicotera, a dit à la tribune italienne : 

<c Les proclamations de Cialdini et des autres chefs sont 
a dignes de Tamerlan, de Gengis-Kan et d'Attila. » 

Et les proclamations s'exécutent à la lettre : les colonnes 
piémontaises lancées en tous sens dans le pays remplissent 
les provinces napolitaines de ruines et de sang. 

« J'ai vu, disait le député Ferrari, au retour d'un voyage 
« dans les provinces napolitaines, un an après l'annexion^ 
a j'ai vu douze villages incendiés.... j'ai vu les ruines de 
« Pontelandolfo, une ville de cinq mille âmes, et de Casai- 
« duni, une ville de sept mille âmes (4).... » 

A Pontelandolfo, trente malheureuses femmes qui s'é- 
taient réfugiées au pied d'une croix, furent impitoyable- 
ment massacrées (2}. 

Après avoir livré aux flammes ces deux villes, Cialdini 
écrivait : 

« Hier matin, à l'aube du jour, justice a été faite de Pon- 
telandolfo et de Gasalduni. » 

La même « justice rigoureuse » rigorosa gtusHzia^ avait 
été faite aussi à Gastellamare en Sicile. 

M. Fumel fusillait en Galabre les prisonniers par cen- 
taines et on l'appelait à Turin le sauveur de la Calabre : 

<x J'ai senti le sang me montera la figure, s'écriait le député 

« calabrais Miceli, quand j'ai lu que le colonel Fumel avait 

(1) ÂYeux et mensonges, par G. Palomba. Londres^ 1863. 



— 37 — 

« sauvé la province de Cosenza en fusillant 350 prison- 
« Biers. » 

' Le 29 novembre 4862, M. Ferrari disait encore : 

« Maintenant, Messieurs, nous savons qu'on fusille, qu'on 
« arrête des familles entières, qu'on a des détenus en masse. 
« C'est une guerre de barbares l Si votre sens moral ne 
« vous dit pas que vous marchez dans le sang, je ne vous 
ff comprends plus. Et ce que je dis du royaume de Naples, 
« je le dis aussi de la Sicile : là aussi prisons, exécutions, 
% foMllades, sans procès... C*est un système de sang.... mais 
• ce n'est pas avec des flots de sang que Ton peut remédier 
« au mal... 

« Dans le sud de Tltalie, on ne soft pas d*un système de 
« sang, et tous ceux qui portent une capote se croient en 
« droit de tuer ceux qui li'en portent pas. » 

.'Ces paroles ont étô citées à la tribune anglaise par des 
membres du parlement britannique, dans une séance mé- 
qiorable, que lord Palmerston appelait Vévénement de la 
seèsUm^ et où M; Beotinck et d'autres honorables membres 
de la Chambre des Communes prostestèrent, an nom de 
l'hoonuur aiaglals,. contre une politique atroce, que le gou- 
vernei&ent d'Angleterre avait trop Confiée. 

, Cent dix mille Piémontais étaient et sont encore occupés 
à cette guerre. Et de telle sorte que l'année suivante, le 
31 juillet 4 84>3, un autre député, Averrano^ s'écriait au par- 
lement piéo^outais : « Les atrocités qui durent depuis deux 
ans, et dans lesquelles le gouvernement parait placer tout 
son espoir, nous déshonorent devant l'Europe (4). » 

Maîj^ rien n'y fai^it, et les chefs piémontais continuaient 

(1) Aveux et mensonges. 



— 38 — 

à dire dans leurs proclamations : « Si tel et trt brigand ne 
« se présentent en vingt-quatre heures, je ferai abattre, leurs 
« maisons, arrêter leurs parents^ vendre leurs propriétés, 
« et, quand ils seront pris, ils seront fusillés. » 

£t la proclamatioa était exécutée. 

Tous ces moyens ae «uffisant pas, les Pièmonlais appe^ 
lèreat au secours de leurs armes ki trabisoB, et dressèrent 
ce qu'an journal de Turin, li PiemonUy a i^pelé le tarif 
du sang : 

« Tant, pour celui qui livre, tTune mamttt quetcongucy 
ui^;cfa6f de bande; tant, pour qui anaènera ua Napolitain 
vivant; tant, pour qui le présentera mort (1). » 

Dans ees tarifs du saog, la récompense pour le eadavr e 
d'un réaoioanaire mort est le triple et le sextuple de cdle 
accordée pour uo réftctioa Bftire vivant 

MX laalgié tout cela, le Piémont, trois ansupràs ^invasion 
des Ëtais Napolitains, est si pmi sûr de sa ecmquéte, qu^il 
sentie besoin de légaliser cette époavai^ble répression^ 
et «ela nonobstant les ^^finrts de quelques dèpaiés qui s*é^ 
citent: « CTest de la Ibrocité, Messieurs, et la Uroeitè ne 
« doit pas être îiitisotete âans nos lois... D^»is Ipois ans 
« les autorités poli^iqnes et militaires ont en des peiïtoîrs 
« sans HmiêeB^ et nous devons confesser que hûus n'awms 
« tien gagné (S), » 

Le i^ aotM: fS63, nne ioi lut donc votée, la lo! Pica, qui 
remet a«x conseils de guerre le jugement souvendn, non* 

(1)~ Circulaire dé la Gmiraiissîon centrale ponr la dhtritmtion de sub- 
niltii, iiiriilairn ê^-U, CmmÊisâmk pnmiNiale 4e la terre d'etreste : 
citées à la suite du Discours de M. Cochrane, au Parlement anglais. 

(2) Le député Mineryini, séance du 1" août 1863. 



— 39 — 

-seulement de tous les Napolitains pris les armes à la main, 
mais encore de lenrs complices, de leurs fauteurs, de ceux 
qui les onl cachés^qui leur ont donné des vivres^ etc. 

Sur le nombre des Napolitains fusillés ainsi par les Piê- 
monlaîs, en dehors de ceux qui sont tombés dans ïcs ren- 
•contres de tous les jours, nous avons, dans un rapport 
présenté à la Chambre des députés de Turin, ui> chiffre 
<rfïîcîei , qui est loin san^ doute de tout dire : le rapport 
avoue de mai 61 à février 63, 1,038 fusillés. 

Voilà ici encore comment le Piémont a respecté les vœux 
des populations , mis en œuvre les moyens moraux et fait 
faire à la ehFilisftlioii moderne les progrés dont il invoque 
aujourd'hui le bienfait pour les Etats pontificaux. 

Et hier encore , en Sicile , un officier piémontais livra' 
aux flammes une famille entière. 

On parle de la modération des révolutionnaires italiens: 
La voilà ! Vous, Piémontais , vous me parlez de la liberté 
<}e ritalie ! Et moi, je vous réponds au nom de la liberté, 
de la vérité, et de l'honneur, que vous en avez été, que vous 
en êtes encore les tyrans. J'ai étudié tout ce qui s'est pa«S^ 
là, et ma oonvielion inébranlable^ c'est que tout a été fait 
par la trahison, le mensonge, et la force brutale, et autant 
qu'il dépendra de moi, je ne permettrai pas que de tels faits 
soient absous par le succès, et tant qu'il me restera une 
voix, je protesterai. 

Pendant que les soldats piémontais couvraient de sang 
le roifaume de Naples» ^insy&tème de terreur pesait sur les 
bftbiiani&qui ite prenaienl po» ks araies. le serais lofiDèci 
je voulais entrer ici dans les détails de cette affreuse ty- 
rannie : 



-.40- 

, Les libertés municipales; la liberté de la presse; la Ur 

pev^Q Hdes opinions; la liberté des per;Sonnes; rinviolabilité 

des dopa|ciieç; la liberté de la justice, toutes les libertés 

.fHVjSLrai^saient, tous les droits (4). 

; ^e-m'en tiens à un seul fait, mais qui fait comprendre 

j. • 

', <l) Ei\ cinci mois, depuis le 14 décembre 1862 just^u'au 7 jnai 1863, 
«pa a dissous quatre-vingt-neuf conseils municipaux et quatre-Tingt-six 

gardes nationales (*;. 
Et les malheureux maires n'étaient pas même libres de donner leur 

démission. Il fallait obéir aux injonctions des préfets piémontistes, sous 
'peiné de' mort. 

» ymcly en efTet, les circulaires qu^adressaient les préfets pitfnrontais 

aux maires de la province confiée k leur administri^tioa. . 

« Préfecture de la province de Girgenti, i" octobre 1862. ». 

; « Monsieur, 
« ^ . ... Je yous avertis qu'en cas de violation de oft ordre; V4>i|s 

«.serez, impitoyablement traité comme on traite aujourd'hui ceul qui 

« sont soupçonnés de tendances criminelles. » 

' El si te maire, effrayé, s'avise de donner sa démission; voici ce qui le 

'menacé t' 

i ' c Je Ybuft fait remarquer, en terminant, que, oomfmê vfras n'avez, 

15 jus^u'^. cei jour, adressé aucune demande, soit de congé, soi^ de dé» 

.^» mission de votre charge, si vovs le faites dans Vavenir, je joie «verrai 

« obligé d'agir avec toute la rigueur que les temps actuels requièrent et 

« au'torisent. ' Le Préfet, Falconcini. » 

Voilà pour les libertés municipales. 

Quant à la liberté des opinions, une circulaire du 21 janvier 1863, 
'-adressée par M. le ministre & tous les préfets, recommande qu'une éner- 
•ffique et constante répression soitexereée, et le fonctionnaire qui l'exerce, 
L9«i»«onsttHer personne, un Questeur peut saisir et confisfpier tout joar- 

(*) Aveux et mensonges. 



-, 41 — 

tous les autres , au nombre immense de Napolitains entas- 
sés, avec ou sans jugement, dans les priions : M. Bentinck 
établissait au Parlement anglais, en se fondant sur a le 
rapport du consul général anglais, M. Bonham, et sur les 
documents présentés au parlement de Turin» qu'au mo- 
ment où il parlait^ le nombre des prisonniers politiques 
« était de plus de vingt mille. » 

« Un autre orateur, M. Bowyer, a affirmé au Parlement 
anglais « que, d'après des documents certains, ce nombre, 
« depuis, rinvasion^ aurait été jusqu'à soixante^lx mille. » 

Aussi alors, comme aujourd'hui, les prisons du royaume 
ne suffisent pas, elles regorgent, encombrées. On ne se 
donne pas la peine de juger les prisonniers, ni môme de 
les interroger; ils languissent des mois, des années, sans 
savoir pourquoi ils sont là! 

• Ce sont des faits positifs, connus, je le répète, par les dis- 
Cours même prononcés aux Parlements de Turin et de 
iiOndres. 



nal. Et dans la sevlc viUe âe Naiples, vingt-sept Journaux ont été suppri- 
més par la police. 

. £i lord Lennoi, au discours duquel j'emprunte ces détails , prouve en* 
suiijB que la môme tyilannie s'exerçait dnns toutes les provinces annexées 
«Il conquises < 

' II» Piémbnt a de la même façon. respecté la liberté des personnes. Voici 
gs^ que lord LemoAX a vu pendant qu'il était à Naples. 
: « La police, dans une seule niiit,- enveiopfka dans ses filets deux cents 
• individus, femmes ou hommes, et parmi eux un prêtre âgé de plus de 
'quatre-vingts afts» et les jeta en priàon (**). » 
'. Il ea était ddns les provinces comme dans la capitale. 

(**) Lord Lennox , au Parlement anglus. 



— 4* — 

Un rapïM>rt a été déposé deyant 1« pariement de Tunn» 
il «^exprime ainsi : 

« rai été voir les prisons de Mehizz(» ! Horreur ! j'en 
« suis sorti tout couvert de vermine, le cœur navré, et le 
« front rotige de honte d'être Italien. » 

M. Rîcciardi avouait, au sein d» parlement, « qu'il avaît 
« vu plus de quinze cents prisonniers h Palerme, entassés 
< les uns sur les autres, comme iee sardines doMs un iatH; » 
et, dans la même séance, il ajoutait: « Le pain qui est 
« donné aux prisonniers est tel que je n'aur^^ pas sou- 
« haiié même au comte Ugolin d'en manger. » 

{1] Dans la cour d'une de ces prisona, celle-là môme qu« M. Gladstoi» 
a décrite avec tant de complaisance , « les prisonniers , a raconté lord 
« Lennox, se précipitèrent autour de nous en poussant des cris lamen- 
« tables, les yeux injectés de sang, les bras étendus, implorant, non pas 
M U liberté^ matB n» prMès» noa yts mecei, maie un jag«meBt..». L'ai- 
« titude et ia eonditiou d^ damné» dans VEf^er du Dante donneraient 
« la plus juste idée de la scène qui se présenta alors dans cette cour de 
« prison.... 

« Les aliments qu*on servait k ces malheureux prisonniers n'auraient 
« pkméÀe âtc« ifamnéa à à^s Iwiimjue es An^etearre. • 

« J'ai, disait encore lord Lennox, une longue liste de noms de fenmm 
« qui «Bt été retenues en pvttM» saw étrtjugiet m même mUrrogies. 
« fiaits £es prisona, ies hsnnètts femmes ét»entpèle-méle «v«e des pre«-> 
« tituées, les prêtres et les magistrats avec des assassins ; des gcstils^ 
« kemotts étneutien^adoés sree éas lerçatst Baas me erïteie étréite 
« et du plus miséraUft JiépeOy se troiif«M&ti|iiitre boimes, eachstn^ 
• iAeiucè:deaxJivnKds»€lHtiittt de fer lespliis kMardor. L'vii d'çex était 
«: m^aaçw. •' >...'- 

« M. de Luca était enchainé \ mt lni|;aad qui aysH éUeenéemiié peur 
« vol ou pour m6«â«».;Aiasi, ma feirtiUiemie ilelieii, dont le nMlkeur 
« était de différer de manière de voir avec le gouvernement de Turin, 
« était enchaîné au plus vil malfaitetm * ^ 



- 4a — 

St dans une autre séance : 

« Nos prisons «ont pleines^ et, dans un grand nombre de 
« cas, pleines de gens innocents ! 

« La Tie et la liberté de nos concitoyens dépendent du 
tt caprice d'un capitaine ou d'un lieutenant, d'un sergent 
« ou même d*un caporal. » 

Lord Lennox a voulu visiter les prisons comme autrefois 
M. Gladstone, et il Ta îait'avec ce soin scrupuleux des 
hommes d^état anglais, notant tout, inscrivant tout surdon 
carnet, et il a publié ces notes à la suite de son discours (1). 

Je recommande ce discours célèbre, ainsi que les quatre 
autres discours publiés dans le même recueil, à ceux qui 
veulent savoir exactement ce qui s'est passé, et ce qui se 
passe encore à l'heure qu'il est dans cette Italie, régéné- 
rée, dit-on, et sauvée par le Piémont. 

Je ne puis, en terminant, retenir sur mes lèvres et au 
fond de ma conscience émue , ce cri que faisait entendre, 
au parlement anglais, M. Maguire : 

« La loi de Dieu et la loi des hommes ont été violées, et 
« ce qui a commencé dans la ruse et la perfidie, pour 
« s'achever dans la violence, finira dans la honte. » 



Et si maintenant vous me demandez ce que je pense 
enfin de notre allié, je le dirai: 

J'en pense ce qu'en doit penser quiconque n'est pas de 
ceux qui regardent et ne voient pas, écoutent et n'entendent 
pas; 

Quiconque a conservé une conscience, et un cœur 
d'homme dans sa poitrine; 



— 44 — 

Quiconque ne compte pas pour rien la justice «Thon- 
Qeur, la parole donnée^ le sang des peuples ; 

Et si vous me demandez ce que j'en conclus, je vous le 
dirai encore, et ma conclusion sera aussi simple que mo- 
dérée: , 

J'en conclus que, quand le Piémont donne une parole 
et signe une convention, il y faut regarder de prèSyCt que, 
lorsqu'il parle, pour aller à Rome, des forces morales ei, 
du progrès de la civiUsation^ nous savons à quoi nous en 
tenir. , 

Maintenant que j'ai dit ce que je pense du Piémont, je 
dois dire ce que j'espère de la France. 



- 45 -^ 



II 



CE QUE j'espère DE LA FRANGE. 



Ce que j'espère de la France, c'est simple à dire : 

Pour tout Français attentif, qui aura suivi le récit des 
faits dont j'ai dû rappeler toute la suite, la lumière est faite 
désormais sur notre allié. 

J'ai donc la ferme confiance, quelles que soient les fautes 
et les illusions du moment, que la France ne sera ni dupe 
ni complice du Piémont. 

J'espère d'ailleurs que ce qui vient tout récemment de se 
passer et de se dire au parlement de Turin aura achevé de 
jeter un jour complet, et sur ce que le Piémont a fait jus- 
qu'ici, et sur ce qu'il se réserve de faire encore. 

J'espère en un mot, je crois et je sais que la France a 
une parole, et qu'elle entend la tenir; un honneur, et elle 
entend le garder. 

Ma conviction profonde est que le Piémont a voulu cons- 
tamment déjouer cette parole, ei qu'il n'a eu qu'un but 
dans la Convention qu'il vient de signer avec nous , la 
déjouer encore. 

Dans cette Convention, nous avons entendu une chose, 
le Piémont en a entendu une autre. Nous avons écrit en 
français. Il a traduit en italien. 

Nous avons dit, nous , ce que nous avons toujours dît 



r- 46 — 

et voulu; le Piémont a compris, lui, ce qu'il a toujours 
voulu et dit. 

« La condition sine qua non » mise par nous au traité 
n'est pas acceptée par le Piémont 

Et je conclus en disant : Notre honneur ne nous permet 
pas d'aller plus loin; nous ne serions plus trompés désor- 
mais, nous serions complices. 



Qu'est-ce donc qu'a toujours pensé, dit, et voulu la 
France ? 

Le voici, sans commentaires : le moment est solennel ; 
nous louchons à l'heure du péril suprême : c'est pourquoi 
je rappelle tout. 

Il y a une chose dont je suis stupéfait dans toute la suite 
de ces grands événements: c'est, encore une fois la puis- 
sance d'oubli qui se rencontre à de certains instants dans 
l'esprit et le cœur des hommes. 

Le temps emporte les souvenirs qui devaient laisser dans 
la mémoire des peuples les plus profondes traces. On oublie 
les faits les plus récents et les plus mémorables, et les plus 
augustes promesses. 

Le Piémont a fait hier sous nos yeux en Italie tout ce que 
nous avons rappelé : aujourd'hui, on n'y pense plus. 

Nous, de notre côté, si nous n'avons pas fait tout ce que 
nous devions faire, nous avons du moins ditde belles paro- 
les. Eh bien [ le moment est venu de les rappeler, car au 



— « ~ 

fond l'oubli n'e(&u;erien, el tout ce qui a élè dit demenre 

dans la conscience et devant Thistoire. 

La premiëre parole qui tôt dite par la France, sur cette 
grave question de la sonveraineté poaiitcale, le fut dans 
«fie circonstance exceptionnelle, par l'Emperear, alors Can- 
didat à la Présidence de la République. 

Le Saint-Père était à Gaête : la France, qui voulait le ra* 
BKner à Rome, désirait savoir ce que pensait sur un si 
grand intérêt TÉlu futur du suffrage universel. Le Prince 
Louis-Napoléon écrivit alors au Nonce apostolique, repré- 
sentant du Saint-Père à Paris : 

« La Souveraineté temporelle du chef vénérable deVEglise 
« est intimement liée à Véclat du Catholicisme^ comme à la 
« liberté et à V indépendance de V Italie. » 

La France se reposa sur celte parole, que suivirent bientôt 
des millions de suffrages; elle s'y reposait encore, lorsque, 
en 4859, la guerre d'Italie vint tout à coup exciter les 
craintes. 

L'Empereur se hâta de nous rassurer, et fit entendre 
cette solennelle déclaration : 

« Nous n'allons pas en Italie fomenter le désordre, ni 
« déposséder les Souverains, ni ébranler le pouvoir du 
a Saint-Père^ que nous avons replacé sur son trône. » 

Et encore : « Le but de la guerre est de rendre l'Italie à 
elle-même, et non de la faire changer de maître, » 

Et de nouveau, après la guerre, pour rassurer une 
troisième fois les consciences catbqtiqires alarmées.» l'Em- 
pereur, à l'ouverture de la ses&icHi législative, répétait 
cette déclaration: « Les laits parlent bauteiaent d'eux- 
« mêmes. Depuis ons^ ans, je soutiens à Rome le po«h 



- 48 - 

« voir du Saint-Père, et le passé doit être une garantie 
« de V avenir, 1» 

. Telles furent tout d'abord les déclarations de PEmpe- 
reur ; voici celles de son Gouvernement. 

M. le ministre des Cultes, uicme après les paroles de 
TEmpcreur, crut devoir adresser une circulaire spéciale à 
4;out FEpiscopat français, dans le but « d*éclairer le Clergé 
sur les conséquences d'une lutte devenue inévitable, » de 
nous demander nos prières et d'appeler nos sympathies^ 
Que disait la circulaire? 

« La volonté de l'Empereur est de fonder sur des bases 
ff solides l'ordre public et le respect des Souverainetés dans 
« les Etats italiens. » 
M. Rouland ajoutait : 

« L'Empereur y a songé devant Dieu, et sa sagesse, son 
« énergie et sa loyauté bien connues, ne feront défaut ni 
« à la religion, ni au pays. » 

< Le Prince qui a donné à la religion tant de témoigna- 
< ges de déférence et d'attachement, qui a ramené le Saint- 
a Père au Vatican, VEUT que le chef suprême de l'Eglise 
« SOIT respecté dans tous SES DROITS de souverain 
« temporel. » 
Le Ministre disait enfin : 

(K Tels sont les sentiments de Sa Majesté, si | souvent 
« révélés par ses actes, et qu'elle vient de confirmer dans 
« le noble manifeste adressé à la nation. Il doit faire 

« NAITRE DANS LE CŒUR DU CLERGÉ FRANÇAIS AUTANT DE 

« SÉCURITÉ QUE DE GRATITUDE. » (4 mai 59.) 

Les promesses et les engagements pris devant PÉpiscopat 
et devant le pays furent confirmés avec plus d'énergie 
encore au sein du Corps législatif, par M. Baroche, aujour- 



— 49 — 

d'imi Ministre des cultes et alors Président da conseil 
d'Etat. 

Dans la séance du 30 avril 4859, lorsque déjà nos régi- 
ments avaient passé la frontière et que Thonneur du dra- 
peau était engagé, un député catholique, M. le vicomte 
Lemercier, a dans la crainte que les événements ne mar- 
« chassent plus vite encore que les ordres venus de 
a France, manifeste le désir d'entendre déclarer que le 
« gouvernement de TËmpereur avait pris toutes les prê- 
te cautions nécessaires, afin de garantir la sécurité du 
« Saint-Père dans le présent, Yindépendance du Saint- 
« Siège dans Tavenir; » et finit par se déclarer « convaincu 
« que l'Empereur était déterminé à faire respecter, quoi 
« qu'il arrive^ riNDÉPENDANCB et les Etats du Saint- 
« Siège. » 

M. Baroche répond, au nom du gouvernement : « AUCUN 

DOUTE N'EST POSSIBLE A CET ÉGARD. 

« Le gouvernement prendra toutes les mesures néces- 
« SAiRES pour que la sécurité et Vindépendance du Saint- 
« Père soient assurées (4). » 

« Le préopinant vient lui-même de répondre à la ques- 
« tion qu'il a posée, en rappelant des souvenirs que le gou- 
« vemement de VEmpereur se gardera bien d'oublier (2). » 

Trois jours après, l'Empereur lui-môme avait parlé, et 
dans une proclamation adressée au peuple français, il avait 



(1) Compte rendu officiel de la séance du 13 avril ISf^O. 

(2) M. Baroche disait encore que « si M. Lemercier ne s*était pas 
« ainsi réfuté lui-même, le Président du Conseil d'État ne pourrait 
« s'empêcher d'exprimer devant la Chambre son étonnemcnt au sujet du 
« doute que l'on pourrait avoir sur la conduite du gouvernement. » 

4 



- 30 — 

éèolirè : « ^m i^ cuens nCÈmxsŒm. vja u mois du 

SilNT-PÈRB. J> 

Siiaa pktt teni, dans la sôftiioeTfa] t2 ami 4900, M. Ba 
sache répétait textueliemeat ses parole^ «t .^cnitait Mvtc 
gnavité: 

« £Ufls n'oHl .pss été légèreiaeiUfNmaBGées (4).. » 

£t|iMBrle|>Mavec4M.ie PnteUbniiftQefnseil#£l«it ex- 
poMU de iiomeaH^ Aans des termes calèp»rM{«es4|iie md, 
teintesitiiQBfi du 'gouveraeme&t : 

«LeifOiiveroeiiieiit'lMnQaisefmsiiiàrBi^J'Mw 
«OBine une <« aM^mm tssnnaau^ 'de l'iudépBDiiaBBe du 
iSaîDft-Sié^e.«* 

c Le Pott¥ôir fteuporol «e i«ot fttis «Éffiuar. Il doit 
« s'exencer dans'des xoiditioBs steuraES. G'«st pour «èta- 
« blir ce Pouvoir qu'a été faite Texpédition de BMae en 
c I&49. C'est pour maintenir ce même Pouvoir ^q^^ depuis 
« onze ans, les troupes françaises occupent Rome; leur 
« mission est de sauvegarder à la fois lb pouvojk temporel, 
€ L'iHDéPENDÀNCS et la sécurité du Saint-Père. (^ » 

Ce n'est pas tout : M. Jules Favre ayant cru pouvoir dire 
^ue, depuis longtemps et par tous ses actes, r£mpereur 
avait condamné le pouvoir temporel de la Papauté, M. le 
Président du conseil d'£tat protesta en ces termes : « L'£m- 
« pereur n'a-t-il pas lui-même repoussé, d'une manière 
-€ aussi noble que solennelle, ceUe étrange accusation ^3). » 

La guerre se fit; notre armée marcha de victoire en vic- 
'toire ; l'Empereur victorieux, dans sa proclamation de Milan, 

(1) Ibidm. 

<3) Compte eendii officiel de la séanoe du 3 avril 1SS9« j 



— 51 — 

déclara encore k TËurope qu'il n'était pas entré en Italie 
avec un sy&tàme préconçu db déposséder les soovf rains. 

£t à Paris, le gouvernement continuait à nous rassurer^ 
Le 48 juin, un communiqué of&cïei à l'Ami de la religion^, 
conforme à toutes les déclarations antérieures, affirmait de 
nouveau que a la proclamation de TEmpereur au peuple 
« français et la proclamation de Milan ont répudié toute 
« intention d'un système préconçu de déposséder les sauve*- 
« rains; que TËmpereur a, en outre, formsUement reconnu 
« la neutralité du Saint-Père; qu'il suffit de rappeler cette 
« déclaration pour mettre l'opinion publique à même de 
«Juger combien sont répréhensibles les insinuations qui 
a tendent â faire ciboire que la France cherche à ébranler 
« Fautorité politique du Saint-Père^ qu'elle a relevée il y a dix 
<K anSj et qui est encore sous la garde respectueuse de ses 
« armes. » 

En môme temps, un autre journal, le SiècU recevait, le i 
juillet 4 S59, le communiqué suivant t 
« Le respect et la protection de la Papatité font partie du 
programme que l'Empereur est allé faire prévaloir en Italie. 

« Les journaux, qui cherichent à fausser le oaraclère de 
la glorieuse guerre que nous soutenons » manquent à Cè 
qu'il y a de plus obligatoire dans le sentiment national. » 

Enfin l'Empereur faisait plus : U écrivait au Saint^Père^ 
pour lui renouveler la promesse que les armes françaises 
défendraient et conserveraient ^ tuebuntvr atque servahtnt 
le Pouvoir du Pape dans les Roms^n^ (4). 

Mais pendant que toutes ces déclarations retentissaient 

(1) Allocution consistoriale du tO juin 18S9. 



— 52 — 

en France, à Rome, en Italie et dans toute l'Europe, le Pié- 
mont, fidèle à ses plans, nous démentait: chaque révolu- 
tion, préparée par lui , s'accomplissait après chacune de 
nos victoires ; nos millions, s'il faut en parler, la valeur et 
le sang de nos soldats ne lui servaient qu'à se jouer de 
notre parole; son roi se faisait offrir et acceptait la dicta- 
ture dans les Duchés et les Romagnes; ses commissaires 
les gouvernaient militairement, et préparaient les votes 
annexionnistes. 

L'inquiétude croissait de plus en plus en France, mais 
le gouvernement continuait à rassurer l'opinion, en décla- 
rant qu'il ne fallait s'inquiéter en rien de la dictature pié- 
montaise, et l'Empereur signait la paix de Villafranca et le 
traité de Zurich. 

Mais rien n'arrêtait le Piémont;, et l'Empereur en était 
réduit à se plaindre (9 septembre) « des efforts tendants à 
entraver les conséquences du traité de Villafranca, » et de 
nouveau, dans une lettre au roi de Sardaigne, du 20 octo- 
bre, il lui disait : a Je suis lié par les traités. » 

Mais le Piémont ne respectait pas plus les traités signes 
par la France que ses propres engagements pris envers 
l'Empereur, et au mépris des uns et des autres, il tentait sous 
nos yeux, contre les Ëtats pontificaux, une des plus abomi- 
nables agressions dont l'histoire garde le souvenir. 

Et malgré tout cela, plus tard encore, dans les débats si 
vifs du Corps législatif, M. Billault, ministre orateur du gou- 
vernement, disait, le 22 juin 1861 : a Abandonner Rome î o«- 
« Hier la politique suivie par la France depuis des siècles! 
« oublier que c'est l'Empereur qui a rendu Rome au Saint- 
« Père, et qui a fait là peut-être autant pour In Papauté 



— 53 - 

« que son oncle, àe glorieuse mémoire, établissant le con- 
« cordât! Non, ce n'est pas possible. » 

Eh bien ! en présence de toutes ces nobles et fermes 
paroles, je le demande à quiconque a une conscience, à 
quiconque pense que la parole humaine a une valeur ; 

Devant ce concert unanime de tant de voix parlant de si 
haut; 

Si on était venu dire que tout cela aboutirait à laisser le 
Piémont faire contre le Pape ce qu'il a fait, envahir ses 
Etats, écraser ses troupes, camper à ses portes, déclarer 
que Rome est à lui; et, tout cela accompli, faire de Florence 
une dernière étape vers Rome, du Pape détrôné le sujet de 
Victor-Emmanuel, et de Rome la capitale définitive de Tltalie 
révolutionnaire... 

Eh bien ! en mon âme et conscience, je le déclare, je n'au- 
rais pas cru qu'il fût possible de faire à la bonne foi et à 
riionneur du gouvernement d'un grand pays, une plus san- 
glante injure. 

Mais, certes, cette injure, je ne la ferai ni à la France, ni 
à l'Empereur; et si je suis convaincu que le Piémont n'a 
pas d'autre pensée que de s'établir à Rome et d'en chasser 
le Pape, j'ai une confiance inébranlable que la France et 
l'Empereur n'en seront jamais complices. 

Un proverbe oriental dit : « Si tu me trompes une fois, 
c'est ta faute; mais si tu me trompes deux fois, c'est la 
mienne. » 



^ 54 — 



Peut-il y avoir un doute sur Mdée piémontaise? 

Puisque la mission de monter Ta garde à la frontière du 
Pape est dévohre au Piémont, iî importe de savoir, avant 
tout, comment la consigne est entendue, non par le fac- 
tionnaîre qui s*en va, maïs par celui qui va prendre la 
place. 

Peut-il y avoir un seul doute sur îe sens attaché par le 
Piémont à la Convention du 45 septembre 1864? — Je ne 
le pense pas. 

Condamné par ma conscience à étudier attentivement 
cette Oenvention, son sens vérîtable, sa portée, tous ses 
résultats, j'ai fait venir de Turin les actes officiels du Par- 
leioent, et après avoir lu, arec le deiraier soin, tout ce que 
tes discussions à hi Chambre et au Sénat, les dépêches 
diplomatiques, le» journaux italiens et français ont dit de 
cette ooRvention, je ne pense pas qit*aucun homme de 
bonne foi puisse se faire ici la moindre illusion. 

Les ttégodateurs du Piémont, son gouvernement, son 
parlement, ses généraux, ses Journaux, et les journaux de 
tous les pays, ont interprété la pensée piémontaise dans un 
seul et même sens, que voici : 

Nous l'avons vu : par le vote solennel du 29 mars 1864, 
sur la motion de M. de Cavour : « Il nous faut Rome pour 
capitale, » le Piémont, affirmant ses droits sur Rome, a 



— 56 — 

deattnife la dtf^snmoiii difiSainfe^èiw, p»dÉBiiè fiome sa 
oapîtsde,. et. dMarè son. iaôkranfiahte résolutim de s'èit 
efl^ver. Eli Mea! tà9al MiipMiiil dans ce seiw et pmr 
réaiisAr ce p<ogranme cpie 1% GaMtiÉH)& a ètè signée et 
iKitAftpanle PîèBawDt Et cpiandjetoasipare lx)iile6.1cs paioles 
d» PiéxBant sbx nobles paroàes âe< ^Empereur, que je 
viens de rappeler, je demeure stupéfait. 

e^t œ ifoe». k \^ pvumiëpr ncvniGiic «h» la eonvrotionr 
nous a révélé tout d'abord le journal semi-ofïiciel du goiir 
lememmt pÉnontai^ VQpimianmzi 

c Le: geuif eamenKm du roi se* li t mci daaa !& nècesntè de 
c tnnspavter la capîtaie à> Florenc»^ cnmÊis première étape 
c. amrki romte de Rome. CoMmeal pounraitkiibèBîterf » 

Et, chose étonnante, quoiqa'eflt vérité (nv ne ésvw plus 
afétûiiBtt? iii d)ei riim, o*estce (fue ddckrenC imiiiéAiatciDent 
les négociateurs piémontaiseuiMaêiiids* 

Ges.BésMaieuBS aaotM. Niipa.etM..9«p€ili. 

0«^ M. Bepeli,. «pwhfiies jours apnès avoir signé cette 
Convention, déclare à Milan, dans un baMinei, « qu*eMe ne 
« pcvte afteiirîfcà oBome pœrtàe dn fro§rmmme mâionak et 
« brise seulement les derniers anneaux qui usifisaîent la 
« France aux ennemis de V Italie^ b 

L'aidre nègocîa&ear, M. Nigra, te jour même où la Cen- 
venUorL teni aignéev s'eaiiHteisai^ d'annoncer à son gouvei^ 
nement que le succès de la négociation était complet, et 
que rien désormais ne ferait obstacle au triomphe des 
droite ébe la naiion et des aspirations nationaks- : ni la 
garanêie GfUetdiv/fêBS puissances caikeHquesi, autrefois: pro- 
HDse aa SBiBiM^èv«r ei le pltês^petiê cam de terre laissé aux. 
Français comiDe gage de la M piémoitlaîse : 

« Les négociateurs italiens avaient reçu, dit-il, Tinstruc- 



— 56 — 

« tion formelle de rejeter toute condition qui eût été cou- 
« traire aux droits de la nation. Il ne pouvait donc être 
« question ni (Tune renonciation aux aspirations natio- 
« nalesj ni d'une garantie collective des puissances catho- 
c tiques^ ni de Toccupation d*un coin du territoire romain 
« par les troupes françaises comme un gage de Texëcution 
« de ses promesses. » 

Le journal ritalia n'était que juste en écrivant cinq jours 
après : 

« .... Le gouvernement italien n'a nullement renoncé à 
a faire flotter son drapeau sur Rome capitale. Ceux qui 
« disent le contraire calomnient les intentions du pays et 
« de son souverain. » (Lettre de M. Nigra à M. Vlsconti- 
c Venosta, 45 septembre 1864.) 

Vltalia ajoutait : « La ligne suivie par M. Thouvenel a 
« été reprise par son successeur. » 

Tous les journaux, anglais et français, piémontistes et 
autres, furent unanimes à interpréter dans le môme sens la 
pensée du Piémont. 

Les comités politiques faisaient les mêmes déclarations 
que les journaux. 

Le Comité de Milan disait : 

« La convention avec la France ouvre indubitablement la 
« voie à V entière réalisation du programme national. » [L'U- 
nion^ 4 octobre 1864.) 

Une proclamation du Comité national disait de même : 
« Le gouvernement du roi ne s'est engagé à aucune con-* 
« dition qui interdise au royaume d'Italie d'accepter l'an- 
« nexion de Rome. » [Gazette^ 3 octobre 4864.) 



— 57 — 

Une dépêche télégraphique de Naples, datée du 28 sep- 
tembre, disait : « Un grand meeting vient d'avoir lieu. Toutes 
« les nuances de Topinion libérale y étaient représentées, 
a Le meeting a approuvé la Convention Franco-Italienne, 
« mais en affirmant Rome capitale. Le gouvernement est 
« invité à ne pas tenir compte des intérêts municipaux dans 
« le choix de la capitale provisoire. » {Gazette , 30 septem- 
bre 1864.) 

A Turin, les ministères changeaient, mais la pensée pië- 
montaise ne changeait pas. 

Quant le sang eut coulé à Turin , châtié par son juste 
abaissement de ses ambitions annexionnistes, le ministère 
qui remplaça celui qui avait laissé couler le sang, se bâta 
de réclamer dans son nouveau programme Pespoir cons- 
tant de « rentière réalisation des destinées de la nation. » 

Je dois dire ici que M. Drouyn de Lhuys fut troublé à 
la vue de ces interprétations si contraires, selon lui, à la 
politique française, et aux promesses les plus solennelles 
de l'Empereur; et il se hâta d'écrire qu'on se trompait, 
sur < le sens » de cette convention, et que « les journaux de 
toutes les nuances en tiraient des conséquences aussi con- 
traires à nos intentions qu'à celles des ministres du rot 
Victor-Emmanuel. » 

Puis, notre ministre des affaires étrangères ajoutait pour 
atténuer Teffet de ces interprétations, sept articles explica- 
tifs, mais qui allaient recevoir, comme tant d'autres pa- 
roles de la France, des ministres de Victor-Emmanuel, et 
du parlement de Turin le plus étrange démenti. 

M. Lanza, ministre de l'intérieur, dans le projet de loi 
présenté au parlement sur le transfert de la capitale à Flo- 
rence, parla ainsi : 



— 56 — 

« Vous examinerez eette question et vous la résoudrez 
« avec une dignité et une sagesse qui coNVAincnoNT tou- 

« JOURS DAVANTAGE LE MONDE CIVILISÉ DE NOTRE mÉBRAN- 

« LABLB RÉSOLUTION de Compléter notre unité. » 

Le même ministre posait dans les mêmes termes la ques> 
t!on au Sénat, et commençait par cette déclaration : « Le 
« pouvoir temporel du Pape est contraire aux intérêts de 
a l'Italie. » 

Enfin, le ministre dellntérieur alla jusqu'à déclarer au 
parlement que la France, par cela seul qu*e{le avait traité 
avec eux de Rome sans te Pape^ reconnaissait qu^eux seuls 
ont des droits sur Rome^ et que le Pape n'en a aucun : 

(T La Convention confirme notre politique, simplifie la 
a question romaine, et, en éliminant l'occupation étrangère, 
« en prépare la solution définitive, donne satifaction h la 
« dignité nationale, et consacre le droit que le gouverne- 
<r ment du roi a de négocier sur ce qui concerne tout le 
<f territoire italien ; car ce n'est pas le Pape^ c'est nous qui 
f trntons de Rome avec la France. » 

Le général La Marmora, invité par M. Drouyn de Lhuys 
à exposer le sens des mots fameux, les aspirations natio- 
nales^ s'y refuse péremptoirement : « Les aspirations d'un 
peuple, dit-il, appartiennent à la conscience- nationale.... » 
Personne n'a rien à y voir. 

Gomme si un contractant n^arvait pas le droit rigoureux 
de savoir ce que pense sur l'objet même de laconvwition 
celui avec lequel il contracte ! 

Invité de même par M. Drouyn de Lhuys à s'expliquer 
sur les ^ voies souterraines » que le Piémont a constam- 
ment pratiquées, le ministre piémontais fit l'offensé, et re- 
fusa encore de parler net sur ce point. 



— 59 — 

Mais un peu plus bas, malgré ces réticences intéres- 
sées, le mot qui dit tout ici échappe au général diplomate, 
qatmd il parle des « effets qui doivent être le produit lent, 
ff mais immanquable » de la Convention. 

M. La Marmora , qui refuse de s'expliquer sur une pré- 
vision qui est celle de tout le monde, y revient cependant, 
prévoit les événements qui pourront se produire à Rome, 
et déclare qu^l entend bien les « coordonner au but de la 
politique nationale, » 

A la Chambre, il garda moins de réserve et parla plus 
»et; 

ff Nous ne ferons pas un pas çir arrière, nous irons Eif 
« AVANT avec prudence et lenteur, mais SAnsRBLACKK.» 

Vc^qudle fatlinterprètatkm dmnèd officiellement de 
la CoBvenUûD par les ministres pîémontaâs. 



Et maintenant, le Parlement a-t-il été d'un autre avis, 
et a-i-il voté la Convention dans un autre sens? Qu'on en 
juge. 

Le Rapporteur de la commission s'explique sans dé- 
tour: 

« La Convention,, n'est point une renoiiciation à Rome.... 
« Cela ne ressort point des notes de M. Drouyn de 
« Lhuys.» 

Le rapporteur ajoutait môme, en termes tout à fait îden- 
liqaes aux paroles de M. Lanza, biffant, raturant ainsi la 
àifpèfAe du sa octobre et les sept articles de M. Drouyn 



— co- 
de Lîmys, poussant aux derniôres limites Tinjurc à la 
France : 

« En traitant [avec nous pour Vévacuation de Rome^ la 
« France a reconnu nos droits sur Rome. » 

Les députés piémontais se placent exactement à ce point 
de vue. 

« Pourquoi, s'écriait M. Ferrari, avez-vous proclamé 
« Rome capitale î Parce que vous entendiez renverser le 
c pouvoir temporel, parce que vous entendiez conduire 
« Victor-Emmanuel au Gapitole. Rome et le territoire ro- 
« main ont été déclarés, comme en effet ils le sont, terri- 
« toirès italiens et faisant partie intégrale du royaume. » 

M. Pessina disait sans hésiter : « Le territoire pontifical 
« nous appartient de droit. » 

M. Goppino allait plus loin encore : selon lui, Rome n'ap- 
partient pas même aux Romains; « Rome n'est pas, ne 
a peut pas être aux Romains^ mais est et doit être aux 
« Italiens, » 

Le discours de M. Ruoncompagni est particulièrement 
remarquable et instructif au point de vue qui nous occupe. 
Nous connaissons de longue main Tancien ambassadeur 
de Victor-Emmanuel à Florence. Voici ses paroles : 

« Quelques-uns ont cru voir que Florence signifiait 
« renonciation à Rome. » — Oui, tous ceux qui ont foi à la 
parole de la France 1 — « Mais cela n'empêche pas que 
« Rome ne continue à être, dans la conscience des lia- 
« liens, la capitale vraie et vraiment définitive du royaume, 
tt La convention ne restreint pas la liberté d'action des 
a Italiens.... » 

Puis, M. Ruoncompagni rappelle le célèbre discours 
du comte de Cavour, dans lequel celui-ci soutenait que 



— 61 — 

Rome seule pouvait être la capitale du royaume d'Italie; 
et il ajoute : 

« Nous devons conspirer, Messieurs, en protestant tou- 
« jours, dans toute occasion, de notre ferme volonté, que 
a Rome devienne la grande capitale de notre royaume. » 

Et comme si toutes ces paroles n'eussent pas été encore 
assez claires, la Chambre prit soin de préciser, avec la der- 
nière clarté, le sens de son vote, et déclara, en repoussant 
un ordre du jour proposé par vingt-trois députés, que « le 
transfert de la capitale à Florence » n'était pas une garantie 
« donnée à la France pour que Rome reste au Pape. » 

Il demeure donc bien entendu que, pour le Piémont, Flo- 
rence n'est qu'une étape vers Rome, une capitale provisoire 
et dérisoire ; que celte condition, sine quâ non^ mise par la 
France à un traité ne compte pas ; que le Piémont a le droit 
comme la volonté inébranlable de faire un jour de Rome 
sa vraie et définitive capitale. 



III. 



Et maintenant qu'aucun doute n'est plus possible sur ce 
point, j'examine la Convention en elle-même, et je me de- 
mande comment le Piémont ira à son but à travers la Con- 
vention. 

Eh bien ! je suis forcé de le déclarer : Il y a, dans la Con- 
vention, des lacunes, à travers lesquelles le Piémont peut 
et prétend bien passer. 

Oui, par ce qu'elle ne dit pas, comme par ce qu'elle dit, 
la Convention me fait tout craindre. 



— 62 — 

Les lacunes qui m'ont frappé tout d'abord, comme tout 
le monde, et que les dépêches diplomatiques venues plus 
tard sont loin d'avoir comblées, les voici : 

La Convention n'a pas eu la prévision qu'il fallait avoir; 

Elle n'a pas dit le mot essentiel qu'il fallait dire; 

Elle n'a pas fait la réserve qu'il fallait faire. 

U y a une éventualité que tout le monde prévoit, que tous 
les antécédents du Piémont annoncent, que la situation 
faite au Saint-Père par la Convention elle-même rend 
inévitable, et que pourtant la Convention ne prévoit pas, 
sur laquelle elle n'a pas un mot, pour laquelle elle ne statue 
rien : c'est l'éveniualité, nous partis, de mouvements in- 
surrectionnels & Rome. 

Et ici, il faut bien s^expliquer sur la situation faite au 
Pape. 

M. Lanza, le ministre de l'intérieur du Piémont, disait au 
sénat : « La Convention laisse le Pape seul en présence de ses 
sujets.,.^ 

Non, ce n'est pas en présence de ses sujets que vous lais- 
sez le Pape, mais en présence de tous les éléments révolu- 
tionaires, amassés, entassés par vous autour de Rome et 
dans Rome même, et que tous vos discours et toutes les 
interprétations données par vous à la Convention, et le 
souffle de vos aspirations persistantes, ne font et ne feront 
Picore qu'enflammer. 

Après tout ce qui s'est passé en Italie, après tout ce que 
vous avez dit et fait contre le Pape, venir nous dire que 
vous le laissez en présence de ses sujets^ quand vous lui en 
avez enlevé violemment trois millions, quand vous êtes là, 
vous, en face de lui, à ses portes, excitant ce qui lui reste de 
sujets à la révolte, étendant la main sur son dernier patri- 



— 63 — 

iBOiae, le<dèdara&t à vous, ^^'est en vérité une dérifiion que 
je ne puis bien qualifier qu'en disant qu'elle est digne de 
^ut oe^pe WHs-ftvez lût ^ dit jusqu'à ce jour. 

'Hmstimi! ^uce que depuis Imgtemps tes «geste inè- 
mamm ne travaitteirt p»s, toor & €0ur par âes ^es «ou- 
terraines et à ciel oawmtcene populatmij 

Qui n^a pas vu, «a ctifè des B^e arti, et dUetirs, leurs 
aifïïliès? Esl*ce que leurs projets sont des coi^ctureB ? Tons 
Icfs jours ne dècouvre-t-on pas quelque «omptot? L^nmièe 
dernière encore, leurs bombes, leurs maiâfesies, leurs plar 
t^rds , leurs menaces , lancés pendant que nous sommes 
là, ont dit assez ce qu'ils méditent quand nou6 serons loin. 

La Convention rassnre-t-elle le Pape contre ces pârils 
tntérienrsTNon, tout an contraire. 

Dn a dît que le mémorandum de M. de Cavour avait été 
« rétincelle d'un irrésistible incendie. » Mais qu'était le 
mémorandtmy qui ne concluait encore quli la séparation 
•des Romagnes, à côté de tous ces discours au parlement de 
Turin, où les droits du Piémont sur Rome sont affirmés, 
où Rome est proclamée plus haut que jamais capitale de 
ritalie, où le Piémont déclare toujours son Inébranlable 
résolution d'aller à Rome ? 

Qui ne voit ^oe désormais, la fiitnaûon du Pape va être 
la plus anormale, la plus intolérable des situations? La 
prov<>cation en permanence, l'appel à la révolte en perma- 
nence, l'état de guerre morale déclaré contre lui en per* 
manence, tous les révolutionnaires de ses Etats encouragés, 
animés, par les ambitions et les convoitises qui pressent 
Rome de toutes parts : dans une telle situation, quel est 
l'État, grand ou petit, dont la tranquillité intérieure fût 



— 64 — 

possible, et qui ne serait pas menacé d'une révolution cer- 
taine? 

Au milieu de tout cela, que les passions anarchiques se 
tiennent tranquilles à Rome, quand nous en serons partis, 
sûres qu'elles sont de trouver derrière elles le Piémont, 
résolu d'aller à Rome : c'est impossible ! 

£t c'est dans ces circonstances que nous nous retirerions ! 
Non. Il y avait, dans un tel état de choses, à dire, au Pié- 
mont, un mot, qui, seul, eût été, pour le Pape, une sécurité : 
« Je quitte Rome, mais vous n'y entrerez pas, jamais, à au- 
cun prix, sous aucun prétexte. » Mais ce mot, la Convention 
ne le dit pas. 

Eli bien ! avec une telle lacune, la Convention ne protège 
pas le Pape, elle le livre aux complots certains, annoncés 
d'avance, de la révolution, et du Piémont qui vient derrière 
elle : voilà la vérité. 

Rien donc qui empêche les Piémontais d'entrer à Rome 
après nous. Appelés par les mouvements insurrectionnels, 
sur lesquels ils comptent, dont ils sont complices, par une 
insurrection quelconque ils y entreront ; ils l'affirment. — 
Et ce qu'il y a ici de plus odieux, c'est que la Convention, 
prétendant ne laisser le Pape qu'en face du Piémont et des 
forcés morales de la civilisation moderne^ toute révolution 
qui bannira le Pape de Rome sera qualifiée ainsi. 

Et nous, alors, que ferons-nous? « Nous nous réservons, 
dit une dépêche de M. Drouyn de Lhuys, notre liberté 
d'action. » Faible et vague réserve, et qui sera, tout le fait 
craindre, aussi illusoire que tant d'autres ! Nous réservons 
notre liberté d'action , mais sans dire quel usage nous en 
ferons. Le Piémont, lui, ne réserve pas la sienne : il l'an- 
nonce, et déclare nettement ce qu'il [fera. 



— 65 — 

Pour nous donc, ce qu'il fallait, c'était une de ces paroles 
ixettes, fermes, précises, telle que la gravité des intérêts 
que nous prétendons sauvegarder, et que la gravité des 
circonstances la commandaient. 

. Qu'on se rappelle tous les faits, toute la suite de cette 
triste histoire , tout ce que le Piémont a osé impunément, 
sous nos yeux, à deux pas de notre armée. 

Il a pu s'approcher , malgré nos conseils, malgré ses 
promesses, malgré nos menaces*, jusqu'aux {portes! de 
Rome, quand nous étions là, et que lui n'était encore que 
le Piémont. Et maintenant qu'il se prétend l'Italie, et quand 
nous aurons repassé les Alpes, nous ferions contre lui ce 
que nous n'avons pas fait alors! 
i Gomment, vous retirant de Rome par une porte, pour 
obéir à un principe de votre politique, vous le violerez en 
rentrant le lendemain par l'autre ! 

Quand d'un mot nous pouvions arrêter le Piémont à 
Bologne et ailleurs, nous n'avons pas dit ce mot ; et quand 
il faudra une armée et un nouveau siège de Rome , non 
plus contre Garibaldi, mais contre une grande nation 
ayant 200,000 hommes, et peut-être des alliés, nous au- 
rions cette tardive résolution! 

Non, pour moi, je ne me bercerai jamais de telles illu- 
sions. 

Je suis donc forcé de le dire : La Convention n'a rien 
prévu de ce qu'il fallait prévoir; elle n'a rien dit de ce qu'il 
. fallait dire ; elle n'a rien réservé de ce qu'il fallait réserver. 
En un mot, elle a traité le plus grave des intérêts et la 
plus critique des situations avec une absence de précau- 
tions que rien ne saurait expliquer. 

Mais si la Convention n'a [pas eu la prévision, ni dit le 



— 66 — 

mot, ni fait la réserve nécessaires^ elle a eu, en revanche, 
une autre prévision, dit un autre mot, fait «ne autre ré- 
serve, bien étrange assurément. 

Le Piémont, qui a presque autant de soldats que le^Pape 
a maintenant de sujets, a prévu le cas, et a feint la crainte 
d'une attaque du Pape contre lui ; el si la Convention dit : 
Que le Pape fasse une armée ; elle i^oute expressément : 
Pourvu que cette armée ne èetienne pas « un moyen 
d*attaque » cof^tre le Pi^ont. 

Et qui sera juge ètt danger? Le Piémont lui-même. La 
Ck)nvention ne dit pas le contraire. 

Mais, en vérité, pouvons-nous pui>lier que c'est là préci- 
sément le prétexte que le Piémont a d^ saisi une fois pour 
envakir les États du Pape? Il a prétendu , lui qui avait 
70,000 hommes massés sur lu frontière romaine, et n'était 
en guerre avec personne, que la pettte afrmée du général 
La Moricière, disséminée dans les provinces pontificales, 
était un danger pour Tltolie, et sans métne déclarer la 
guerre au Pape, il a lancé, et nous étions almrs à Rome, ses 
70,000 hommes sur cène pcMgnée de Français, de Belges et 
dlrlandttis! 

Par ce mot « un moyen d'attaque, ¥ que le Piémont a in- 
terporêté déjà comme nous savons , et que rien, dans la 
Convention, ne lui défend d'interpréter de la même Ma- 
nière, la Gonvention met posili^vement une arme entre les 
mains du Piémont^ donne un prétexte tout prêt à ses ré- 
criminations futures, el, si rêmeute tarde trop à Mfe son 
œuvre, ouvre une porte par où ses armées même pourront 
passer. 

Voilà ce qu'on prépare ooRire le Pape : voyons ce qu'on 
lui demande^ 



— •? ~ 



m. 



GE QW l'on D8MANDB àV PIPX. 



Qn dit au souverain Pontife : 

Faites des soldats, 

Faites de l'argent, 

Faites des réformes, 

Puis : réconciliez-vous avec Tltalie. 

Mais quoi! est-ce bien sérieusement que Ton parle de la 
liberté laissée au Pape de se créer, d'ici à deux ans, des 
moyens de défense? 

Et d'abord, il est au moins superflu de reconnaître à ui* 
souverain le droit de tous les souverains ; mais il ne serait 
pas superflu d'indiquer à un souverain, que l'on a systé- 
matiquement et violemment affaibli, auquel on a pris quinze 
provinces sur vingt, le moyen de reprendre des forces. 

I. Une armée; mais, depuis six ans, tout a été mis en^ 
œuvre pour empocher le Pape de se créer une armée. On 
a empêché les recrutements, menacé les comités, on a été 
jusqu'à déclarer à nos généreux volontaires qu'ils perdraient 
leur nationalité : cela est-il vrai, oui ou non ? 

Enfin, la petiïc armée formée à grand'peine par le Pape,. 
commandée par un homme illustre, le général de La Mo- 
ricièhpe, mais abreuvée de dégoûts et de tracasseries, da?ns 



— es- 
ses garnisons, privée même de servir d'escorte au Saint- 
Père, a été écrasée par dix contre un à Gastel&dardo. 

Aujourd'hui on engage le Saint-Père à recommencer, et 
à appeler de braves jeunes gens de France, de Pologne ou 
d'Irlande, pour les exposer à un nouveau guet-apens. 

Un jeune prince, pauvre, faible, abandonné, le roi de 
Naples, est Thôte du Pape, qui fut autrefois l'hôte de son 
père : on déclare tous les jours que sa présence est un 
danger. Que sera-ce si le Saint-Père forme une armée? 

Mais comment la formera-t-il? D'Italiens? Ce sera prépa- 
rer, dira-t-on , la guerre civile. D'étrangers, Autrichiens, 
Espagnols, Français, Polonais? Ce sera, dira-t-on, prépa- 
rer la guerre étrangère ; et un des successeurs de M. de 
Cavour. parlera de nouveau « des hordes papales comman- 
dées par ce La Moridère. » 

Ou le Pape renoncera à se servir de son armée, en cas 
d'invasion ou d'émeute, et alors à quoi bon ? ou il s'en ser- 
vira, et, dans ce cas, il sera un tyran qui verse le sang de 
ses sujets. 

Non, rien de tout cela n'est sérieux : on conseille l'im- 
possible, et je comprends que le doux et noble Pie IX, 
tout en comptant sur les courageux enfants groupés autour 
de lui, et prêts à mourir pour défendre leur Père, hésite 
avant de former une armée nouvelle. 

II. Mais, d'ailleurs, pour avoir des soldats, il faut avoir 
de l'argent. La Convention du 15 septembre est signée par 
deux souverains qui en savent quelque chose. 

Aussi est-il stipulé que le Souverain Pontife obtiendra 
de l'Italie le payement d'une partie de sa dette, et cela est 
juste, car le budget des Etals de l'Eglise en 4858, était en 



équilibre. Le déficit commence en 4859, avec la guerre d*b 
talie. 

Mais quoi ! Tltalie révolutionnaire a de quoi payer les 
dettes d'autrui? Les emprunts forcés, les impôts antici- 
pés, les biens confisqués, les biens vendus, les travaux 
concédés, ne suffisent pas à payer les siennes, et si le Saint- 
Pére prenait au mot Victor-Emmanuel, comment celui-ci 
tiendrait-il sa parole ? 

Avant de la tenir, il commencerait par demander la 
renonciation du Pape aux Légations, aux Romagnes, aux 
Marches, à rOmbne, et à tout ce qu'on lui a violem- 
ment enlevé. Or, on sait bien que le Pape n'y renoncera 
pas. 

Veut-on m'indiquer un moyen, pour le Saint-Père, de faire 
payer une partie de sa dette par Victor-Emmanuel, sans lui 
donner quittance de ses provinces, sans que cette consé- 
quence soit aussitôt tirée et proclamée? 

Il est assurément très-pénible de contribuer à payer-de 
dettes pour des provinces dont Tltalie touche les revenus. 

Mais on conviendra que c'est aux signataires du traité 
à se mettre en frais de combinaisons : et c'est avant le 
traité qu'il aurait fallu lès inventer, et c'est avec le Pape 
qu'il eût été naturel d'en convenir. Que diriez-vous donc, 
vous, simple particulier, d'une combinaison qui consiste- 
rait à faire payer vos dettes par votre principal ennemi, 
payer à condition qu'il garderait tout ce qu'il vous a pris, 
décidé d'ailleurs à vous prendre le reste à la première oc- 
casion ? 

Ainsi donc, cet article 4 du traité est de tout point 
inexécutable, car il déclare que « l'Italie est prête à entrer 
« en arrangement pour prendre à sa charge une part pro- 



— 70 — 

« fortîoiiiielk de la dette des anciens Etals de TEgliBe. » 

Or, 4® L'Italie n'est pas prête, elle n'a pas d'argent. 

^ Entrer en arrangement : avec qui? On ne le dit pas. Si 
c^t avec le Pape, a4-on constaté qu'il est prêt, lui? 

tr La deiU. Est-ce la dette actuelle <m la dette ancienne f 

4<» Les anciens Etats de l'Eglise. L'Eglise les a donc 
abandonnés? C'est donc en les considérant comme œnciens 
que l'on entrera en arrangement? 

Cet article prépare un arrangement entre une partie qui 
ne peut pas, et une partie qui ne veut pas, sur un intérêt 
•qu'on ne précise pas. 

lïL Les réformes : J'ai déjà dit cent fois ceque j'avais à 
<lire sur ce point, j'ai fait cent fois les réserves et les dé- 
clarations convenables; et qui suîs-je pour parler? Le 
Souveram-Pontîfe a lui-même cent fois répondu. Le trartô 
de Zurich, dans son article 20, mentionne expressément, 
officiellement a les généreuses intentions déjà manifestées 
parle Souverain-Pontife. » Tout ce qu'on pourrait dire sur 
ce point ne sera pas plus écouté aujourd'nui qu'autrefois 
par ceux qui ne veulent pas plus de réformes qu'ils ne 
veulent de Pape. 

Lorsque le plus généreux souverain a fait son avènement 
sur la chaire de Saint-Pierre, en la personne de Pie IX, 
Pie IX aidé d'un ministre, M. Rossi, qui représentait pré- 
cisément l'alliance de la France et de l'Italie, le ministre 
est tombé aux pieds de Pie IX, égorgé par une main ita- 
lienne. 
Voilà la vérité, voilà l'histoire! 

M. Drouyn de Lhuys vient de reconnaître lui-même dans 
une dé ses dépêches à M. de Sartiges, qu'en <859, le Pape 
demandait l'évacuation de la garnison française. Il répondait 



— 71 — 

alors de la sécurité de ses Etats. Cette sécurité a été ébran- 
lée par la campagne dltalie ; personne n'en doute. 

C'est depuis cette époque que commence ea lignes paral- 
lèles une double histoire, Thistoire de ce qu'on a dit, l'his- 
toire de ce qu'on a fait, la série des projets proposés, la sé- 
rie des faits accomplis. 

Les projets sont au nombre de cinq : 

•1° La lettre de l'Empereur après la bataille de Solférino; 

2<> Les conseils de réforme indiqués par le traité de Zu- 
rich; 

3® Le système du Vicariat de Victor-Emmanuel; 

40 Le projet de M. Ricasoli ; 

50 La médiation offerte par M. de la Valette. 
; On oublie que M. de Cavour a déclaré la lettre de l'Em- 
pereur plus importante pour sa cause que la bataille ée 
Soiftfîfto. 

On oublie efncore que la France elle-même a refusé de 
transmettre au Pape le projet imaginé par M. Ricasoli, le- 
quel pourrait bien êlrô avant peu de temps ministre à Flo- 
rence. 

Quant aux conseils de réforme, le gouvernement romain 
les a devancés, écoutés, acceptés, cela est encore offieiel^ à 
condition que Ton garantirait le pouvoir temporel ; car les 
réformes créent des mécontents, coûtent de l'argent, et 
exigent une paix assurée. Est-ce que M. Lincoln réforme 
son gouvernement pendant là guerre? Est-ce qu'on a de- 
mandé des réformes au roi de Danemark pendant qu*on 
«eivi^issait ses provinces? Est<e que le gouvernement 
français â^aîonme pas l'oolroi de libertés pins «€»nplètes au 
jMf où les partis seront diasMs? Ei^œ ^ue le oai^taine 
r^leinente sou bord pendant la tempête ? La garantie que 



— 72 — 

le Pape a demandée, la lui a-t-on donnée? Non. Vous écar- 
tez même aujourd'hui la garantie collective des puissances 
que vous offriez autrefois. 

On a parlé de faire Victor-Emmanuelle vicaire du Pape. 
Mais on oublie trois choses : 4» qu'il n'est pas naturel de par- 
tager son pouvoir avec celui qui vous dépossède, et qu'avec 
un tel vicaire la paix serait difficife, et le vicaire aurait bien- 
tôt mis son suzerain à la porte ; 2<> on oublie que la fai- 
blesse de la colombe est mal confiée à: la sobriété du vau- 
tour, à moins que l'aigle ne sache tenir le vautour en res- 
pect; 3» on oublie enfin que le roi du Piémont lui-môme ne 
voulait pas du vicariat. 

La France, enfin, a fait offrir au Pape en 4863,* par M. le 
marquis de La Valette d'être médiatrice. Médiatrice, de 
qui.? D'un gouvernement qui professait alors hautement 
la volonté arrêtée de posséder Rome pour capitale, et qui 
la professe encore plus haut que jamais depuis la Conven- 
tion. Médiatrice, de quoi? On ne l'a pas dit, mais quand on 
est l'avocat d'un client dont la prétention est connue, l'ad- 
versaire peut deviner la question et pressentir la réponse. 
Que proposait la France ? Jamais on ne l'a dit clairement, et 
en le demandant, le Pape se serait tiré d'embarras et y au- 
rait mis la France. Car dans ce cas, la France ne pouvait 
proposer au Pape qu'une abdication plus ou moins dégui* 
sée. Ce n'est pas Rome libérale encore une fois, que l'on 
voulait à Turin, c'est Rome capitale. 

Or, sur ce point, le Pape est retenu par des impossi- 
bilités; il est retenu par la justice et par les intérêts de la 
religion, et on admettra que le chef de la religion, le Pape, 
ne peut pas plus consentir à ce qui est contraire à la justice 



— T3 — 

que renoncer à ce qui est utile à la religion. Sur ces ques« 
tiens, il peut tout subir, il ne poit pas céder. 

Mais d'ailleurs tous ces projets n'ont été que des projets, 
des hypothèses, de Tencre sur du papier, des paroles. Or, 
pendant qu'on parlait, que faisait-on? Quittons les dépêche^ 
et rappelons les événements : 

Le Pape a perdu les Légations par suite de l'entrée de 
la France en Italie ; cela est officiellement constaté. 

Il a perdu les Marches et l'Ombrie, sans notre assentiment, 
mais avec notre tolérance, et malgré notre ambasssadeur, 
rappelé d'abord, puis bientôt renvoyé. 

Le royaume d'Italie a été reconnu, et la devise de tous 
les cabinets piémontais qui se sont succédé depuis lors, a 
été de demander la possession de Rome, et son évacuation 
par la France. 

Or, par la Convention la France s'en va, et le Piémont ne 
promet rien. 

Le Pape a perdu un tiers de ses Etats, puis un second tiers, 
et le troisième est confié à la parole du voisin, qui a pris, 
malgré sa parole, les deux autres, et qui déclare toujours 
vouloir prendre le tout. 

On en est là. 

Nous voilà bien loin de la réforme, des règlements de 
police, judiciaires, politiques, municipaux ou commerciaux 
de l'Etat Romain l C'est qu'en effet, rien n'est plus loin 
de la pensée des prétendus réformateurs. 

Je n'ai pas oublié des discours fameux. On a fouillé dans 
deux cents ans de dépêches écrites sous des gouvernements 
dont on ne songe pas à imiter la politique, par des di- 
plomates dont les noms font sourire*, quand on parle de 
réforme et de moralité. On a cité saint Bernard et sainte 



- 74 -r- 

Catiberine, sans être saint soi-4EBkéme, et on nom d«BMnd« de 
nous confesser à des pécheurs bien résolus à ne pas nom 
absoudre. Nous ne sommes pas dupes de ce beau rigorisme. 
S*il e&t dans cette Europe qui laisse vivre là Turquie et 
mourir la Pologne, des nations assez libres et assez parfaites 
pour avoir le droit de reprocher au gouvernement romaia 
des imperfections, qu'elles se lèvent donc et qu'elles par- 
lent ! 

Mais est-ce bien là ce dont on se soucie? Nullement. 
On ne veut pas que le Pape se réforme , mais qu'il ^ 
retire. Et, lorsqu'après le départ des troupes françaises on 
se promènera dans les rues de Rome, en criant : Vive la 
réforme / le saint vieillard du Vatican n'anra qu'à tourner 
les yeux vers la France, pour savoir ce que la réforme ÛX 
des Tuileries, le 24 février f848, et ce que signifie cette brfle 
parole. 

IV. Quant à la réconciliation de l'Italie et delà Papauté^ 
je la désire de toute mon âme. Mais le caixlinai Ânto- 
nelli Ta écrit depuis longtemps, elles ne sont pas^ brouil- 
léee. Les Italiens religieux gémissent des attaques dirigées 
contre la Souveraineté pontificale. Les italiens raisonnables 
savent bien que l'Italie sans le Pape n'mtéresseraitpas beau- 
coup plus l'Europe que le Danemark. Les Italiens pauvres, 
les ouvriers, les petits propriétaires, savent que leur stnrt 
n'est pas amélioré, que leurs impôts sont quadruplés ; Ils 
donnent à regret leurs fils et leurs écus à des projets qu*ils 
r^rouvent. Mais le Piémont, lui, est et demeiire irrécon- 
ciliable, car poi»r lui, se réconcilier Teut toujours dke éé^ 
posséder. 

La Convention du 45 septembre eA intitulée : G«aiiieii- 
tion entre la France et Vltalie. 



— 76 — 

L'Italie, elle se révolte à TuHn, elle se résigne à Milan, 
elle s'indigne à Naples, et la voilà de nouveau jetée dans 
les aventures. 

Son roi lui-même, ce roi qui a tout signé, je suis persuadé 
que le sang qui coule dans ses veines frémirait, s'il était 
au moment de mettre la main sur la tiare, et le pied dans 
ces parvis où les pénitents n'entrent qu'à genoux. 

Qui donc en Italie veut renverser le Pape? Ceux qui ont, 
en 4849, tiré sur le drapeau français, et ceux qui, aujour- 
d'hui, déchirent d'avance la signature française. Ceux-là 
se nomment aujourd'hui l'Italie, comme chez nous les Jaco- 
Mns se nommaient le peiri^e français. Voilà les gens avec 
lesquels il faut se réconcilier. Le veulent-il,eux? Non, à 
moins que le Pape ne s'en aille, et leur abandonne le Va- 
tican. 

Une telle réconciliation proposée au Pape, n'est-ce pas une 
indignité nouvelle, et comme un outrage à la majesté de 
sa justice en même temps qu'à la clémence de son cœur? 



— 76 - 



rv 



RÉSUMÉ ET CONCLUSION. 



Résumons et précisons. 

Les paroles ne sont rien : 

En France, on va dire que le gouvernement italien ne 
peut réprimer les paroles imprudentes, parce qull est 
obligé de ménager le parti extrême. 

En Italie, on attribue déjà les explications tardives, in- 
suffisantes et impuissantes de M. Drouyn de Lhuys, au be- 
soin de ménager les catholiques. 

On va dire encore en France ce que M. Billault avait cou- 
tume de répéter : que le gouvernement est sage, qu'il suit 
le juste milieu, qu'il se tient à égale distance des extrêmes, 
qu'il concilie les deux causes auxquelles il est également 
dévoué. 

Ëh bienl non! ce n'est pas entre des extrêmes que la 
France est placée, c'est entre des serments. On ne concilie 
pas celui qui veut prendre avec celui qui doit garder. On 
ne peut se tenir à égale distance du juste et de l'injuste; il 
ne s'agit pas de proposer des conciliations dérisoires, mais 
de rester dans la justice et dans la vérité; il ne s'agit pas 
de garder sa position, mais de garder sa parole, et se dé- 
mentir n'est pas se dégager. 

Mais, soit! laissons là les discours. Quand leur bruit sera 
passé, il restera les engagements pris, les plus solennelles 



— 77 — 

paroles données, le texte de la (Convention et ses quatre 
articles. 

Je ne. parlerai plus des deux articles concernant Tannée 
et les finances, qui sont accessoires et inapplicables. Je 
m'arrête aux deux autres. 

Le premier est la consigne donnée au Piémont pour qu'il 
nous relève de faction à la frontière romaine; or, nous sa- 
vons déjà comment le factionnaire entend sa consigne. 

Le second sera seul exécuté. 

La France a deux ans pour se préparer à la retraite, le 
Pape deux ans pour se résider à son sort, le Piémont 
deux ans pour s'acheminer à ses fins. 

Toute la Convention est dans cet article. 

Dans deux ans, tout sera prêt pour qu'une révolution 
éclate. Jusque-là, une consigne sévère évitera toute mani- 
festation, et le calme le plus complet va régner à Rome; 
tout prétexte à la prolongation de l'occupation sera soigneu- 
sement écarté. Nous partis, l'émeute préparée éclatera. Si 
le Pape se défend, c'est un tyran ; s'il laisse faire, il est 
perdu. Permis au Piémont de mitrailler les Turinois mé- 
contents du transfert de la capitale, ou de fusiller par cen- 
taines les Napolitains qui défendent leur indépendance: 
mais le Pape, c'est autre chose! S'il laisse tirer le canon, on 
volera au secours de ses sujets opprimés. S'il aime mieux 
quitter Rome que de laisser couler le sang, on l'accusera 
de faiblesse, et sous prétexte de maintenir l'ordre, on occu- 
pera la ville. 

Dans les forêts, quand un bûcheron veut jeter à terre un 
chêne séculaire, il. abat les branches principales, puis il 
frappe le pied de l'arbre à coups de hache répétés; et avant 
de finir, il passe à la cime un nœud coulant, il en tire fort^ 



— 78 — 

ment le bout, puis il s'écarte et se mei à rtbri : le ^èmrt 
s'affaisse, et Ton peut croire qu'il est tombé seul , de s»a 
propre poids. 

Cette Gonvealion> aux nains du Yoi d'Italie^ est k mm 
yeux le nœud coulant aux malus d» bâclicron. Biais je Dr 
suis dit que ce bûcherofi, s'il achève son <9mï% n'agissait 
qu'avec la permission d'un autre qui est le maitrev et met 
yeux se sont mouillés de lames k la pensée que ki Cêm- 
vention que j'analyse était signée par la France. 

Depuis que cette généreuse nation., appelée si souvent 
par le cours de ses glorieosea destinées à la déiènse da 
Saint-Siège, monte la garde au Vaticans le Soaveraîn<-PMK 
tife, l'Episcopat, les fidèles, n*ont pas cessé d^témoignef à 
l'Empereur et à son gouvernemeRt une reconnaissance que 
les événements ont pn rendre uiquiète, sans Véthio&t. 

Nous n'attendions pas, nous ne désirions pas une occu- 
pation permanente. Le Pape lui-même ne la voulait point 
permanente. M. Drouyn de Lhuys a rappelé que le Pifw a 
demandé par deux fois que l'occupation cessât Sans doute, 
mais alors, vous ne l'aviez pas mis dans la nécessité et le 
péril où il est. 

Pour moi, j'ai toujours pensé, je pense encore que la 
parole de la France remplacerait son épée, et qu'^ jour 
viendrait où l'Empereur, avec toutes les puissances catho*- 
liques, dirait solennellement à l'italie : 

La Souveraineté du Papb est neutralisée et placée sous 

NOTRE GARANTIE COLLECTIVE. VOUS N'Y TOUCHEREZ JAMAIS, JA- 
MAIS, JAMAIS 1 

Cette parole pouvait être dite à Villafranca, à Zurich, à 
Gaéte, à Naples, à Paris; elle pouvait être écrite encore 
dans la Convention du *5 septembre. 



- 7d — 

EBe n'y est pt». Et M. Nigra nous Fa dit, le Piémont y a 
lu la parole contraire. 

Or si, avant la campagne d'Italie, les services rendus par 
1» France au Pape étaient volontaires, depuis la campagne 
d'Ilalie, ils sont obligatoires. Car nous garantissons le Pape 
oantre les conséquences de nps propres actes, et nous ra- 
yons promis. 

G^^ cbésôrmaîs un poste dTtonweur. le ne vous demande 
pas si vous ave» de la religion; je ne vou« demande pas si 
\ww avez la foi. Je vous demande si vous avez de llion- 
nenr. Oui, certes ! Doue vous ne pouvez pas quitter Rome 
et livrer le Pape. 

LIEKip^eur, dans sa loyauté, sait bien qu'il est engagé 
d^fo^n^earà garder le Pape contre des périls qui ont grandi 
GR mésne tenps que ses triomphes. Le jour où la tranquil- 
lité du Souverain-Pontife sera atteinte, l'honneur de la 
France ne le sera pas moins. Le Pape ne sera exposé qu'à 
un Malheur, la France sera exposée à un remords : et toutes 
les consciences délicates sont d'accord pour ne pas mettre 
ea ba]an<ïe le poids d'une épreuve avec le fardeau d*une 
pareille responsabilité. . 

En un mot, la France aurait beau dire n'être plus garante 
de rien, elle serait responsable de tout. 

Et quelle responsabilité! — A celui anquel il a été dît: 
Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon église, » 
ott ne touche pas impunément. 

Un des plus vaillants chefs de nos vaillantes armées, et de 
ceux qui ont donné le plus de gloire à nos armes en Italie 
etaîfleurs, disait naguère: « Je souhaite que pas une pierre 
« de cet édiOce-là ne tombe sur Lui ni sur sa dynastie. » 

Sans doute il est des événements qui tombent dans l'his- 



— 80 — 

toire comme une pierre dans Feau. On voit une ride à la 
surface, et on passe en disant : qu'importe? 
' Mais il en est d'autres dont le bruit ne s'éteint pas, dont 
la tache ne s'efface jamais. Ni la gloire, ni les bienfaits, ni 
le temps n'apaisent la rigueur de la postérité qui les con- 
temple et qui les maudit. Après un peu;de.temps, tout est 
oublié, enterré, jeté en poussière; il reste à peine un por- 
trait des plus grands conquérants, mais on insulte encore 
à leur nom, au souvenir de tel ou tel mot, de tel ou tel acte, 
que la mémoire humaine porte toujours comme un plomb 
au fond d'une blessure. On ne sait plus que Charles IX a si- 
gné les ordonnances du chancelier de L'Hôpital, qu'il aimaiC 
les arts, qu'il a fondé des écoles, qu'il a osé tenir tôte à Phi- 
lippe II. Mais on sait que, subjugué par des misérables, il a 
laissé commettre le forfait de la Saint-Barthélémy ou plutôt 
il ne l'a pas empêché, se bornant, dit un historien, « à laisser 
suivre le fil et le cours de l'entreprise. » 

On ne sait plus que François I" fut le plus léger et le 
plus dur des souverains, qu'il a gaspillé le sang et la fortune 
de la France, préféré ses plaisirs à ses devoirs, et ses viles 
maîtresses à ses sujets; on sait seulement qu'il a écrit ^sa 
mère après Pavie : « Tout est perdu, fors Vhonneur. » 

Cette criminelle faiblesse livre Charles IX à l'exécration; 
ce mot sera à jamais un rayon au front de François !«'. 

La chute du pouvoir temporel des Papes, si elle venait à 
s'accomplir, serait un de ces événements qui retentissent 
dans l'histoire et caractérisent une époque. Les princes qui 
l'auraient consommée seraient longtemps nommés et jugés 
sur cet acte. Quelle que soit leur carrière, ils n'auraient 
♦mis la main à aucun événement, dont les conséquences 
puissent être plus prolongées après leur mort, et dont ils 



— 81 — 

porteraient une responsabilité plus redoutable devant This* 
toire, devant leurs enfants et devant Dieu. 

Si les Français se retirent, si Victor*Emmanuel se prè- 
sejate à Rome, que fera le Souverain-Pontife? Je n'ai aucune 
qualité pour le dire. Mais si je suppose qu*il quittera Rome: 
quelle douloureuse alternative se présente à mes regards ! 

Ou bien, proscrit, il ira de ville en ville, comme le Divin 
Maître, sans avoir un asile où reposer sa tête. Quel spectacle 
et quel remords ! 

Ou bien, une Puissance catholique lui offrira une résidence 
souveraine. Il y sera reçu en Roi. Les ambassadeurs Tentoa- 
reront. Cette puissance ne sera pas la France, hélas ! qui 
aura contribué à ses malheurs. 

Ainsi donc, nous aurons dépensé tant d*efrorts, de sang, 
d'argent, pour vouer le Saint-Père à Texil, ou pour le porter 
de nos mains chez quelque nation rivale. 

Cette considération qui m'épouvante fait aussi mon espoir. 

Quand la Souveraineté pontificale ne reposerait plus sur 
répée de la France, elle reposerait toujours sur son hon- 
neur. 

Le jour où le Pape serait dépossédé^ après notre abandon, 
la France serait déshonorée. 

Il n'en sera pas ainsi. 

Et c'est pourquoi, je laisse tomber de mes mains cette 
Convention qui ne convient de rien, cet aiTangement qui 
n'arrange rien, mais je me console, espérant en Dieu, et 
répétant toujours la même parole : 

Quand la France, après deux ans, ne serait plus garante 
de rien, elle demeurerait responsable de tout. y 



— 82 — 

Non^ la France ne sera ni la dupe, ni la complice du Pié- 
mont. 

ht Piémont nons a rendu notre parole; nous la repren-* 



DEUXIÈME PARTIE 



DEUXIÈME PARTIE. 

L'Encyclique du 8 décembre. 



Si j'ai démontré que Tabandon de Rome ne ferait ni le 
bonheur de Tltalie, ni Thonneur de la France, je n'aurai pas 
de peine à renverser l'argument de ceux qui se réjouissent 
et prétendent que l'Encyclique du 8 décembre facilitera ca 
abandon et le justifiera. 

Et d'abord les ennemis du Pape qui saisissent bruyamment 
ce prétexte, se seraient passés de tout prétexte. Personne 
ne s'y méprendra. 

De plus, si les fins auxquelles on tend sont mauvaises, 
pourquoi se réjouir qu'elles soient facilitées? Faut-il se 
réjouir que le mal devienne plus aisé à commettre? 

Mais non, je pénétre la tactique de nos adversaires. Je 
l'ai déjà dit : Parler désormais le moins possible de la Con- 
vention et la tenir cachée sous le manteau, comme une arme 
décisive pour le dernier moment; et, en attendant, afficher, 
exagérer, défigurer VEncyclique^ et diffamer le Pape avant 
de le renverser; se montrer plus exigeant que le Pape, p)as 
ultram^ntain que les ultramontains, et crier à tous les catho* 



— 86 - 

liqucs: (t Pas une réûexion, pas une explication, pliez le 
gcaou ; » afin de les jeter tous plus aisément par terre : Voilà 
la consigne. 

Je ne serai pas dupe, et je parlerai; je parlerai, car « il 
y a le temps da parier, dit VËcrilure» el le t^mps de se 
taire. » Je parlerai; car c'est précisément à Hieure où le 
Souverain-Pontife est le plus indignement attaqué, que je 
suis le plus heureux de lui donner un nouveau témoignage 
de ma vénêralîon, de mon dévoûment, de ma soumission et 
de ma piété filiale. Les écrivains qui auraient dû se taire ont 
tout d'abord parlé; il est bien juste que ceux qu'on aurait 
dû laisser parler tout d'abord cessent de se taire. 

Le moment de dire à tous une parole utile est venu, je 
le sens.. 

Il ; eu a qui disent que les paroles du Pape sont inoppor- 
tunes? 

On se trompe de mot. C'est importâmes que Ton veut 
dke. Quivje le sais, le& remontrances de TËglise sont m- 
Iiortunes. Depuis saint Pierre et saint Paul, l'Eglise est char* 
gëe d'importuner le monde et de le réprinaaadef . Le» boiBr 
mes souvent sont st^œblahles. à des raPaats.. Les reinostran- 

esUss&ilfueat^ parce qu'elles les entraveat Mais e est la 
gloire du Christianisme» &epat& qu'il a fMkru daas le moûdev 
le mal n'est pas Yaincii^ mais U n'est plus tranquille^ et il 
luiestdèfiendude vëgner en paix.. 

J'^en conviens donc^les paroles du Pape sont imporlttoes^ 
eUc^ vous troublent, elles vous inquiètent^ elles vous rëvol- 
tfQt. Mais de quel cMè est le droit, la vérité et k raison? 

C*%st ca qu'il a'agit d'examiner. 

B ce quoie dirai avant tont, «'est que^ dana la t^èraire 



— 87 — 

précipitation avec laquelle on s'est jeté sur cette Encyclique, 
nous avons eu un des plus étonnants exemples de cette 
ardeur emportée qui nous caractérise , et que les Italiens 
ont nommée la furiafrancese, laquelle est bonne assurément 
pour leur gagner des bataillas de Solferino, mais Test fort 
peu pour interpréter des Encycliques. Ce qui devait arriver 
est arrivé, 

M. le Ministre des affaires étrangères se plaignait, dans 
une de ses dernières notes diplomatiques, qu'on lût entre 
les lignes de ses dépêches ce qui ne s'y trouvait pas; il re- 
connaîtra, j'en suis convaincu, que le même danger était 
à craindre pour un document théologique , livré en proi 
aux interprétations ignorantes et passionnées de la foule. 

L'Encyclique n'a pas été interprétée, elle a été déna- 
turée : 

£t le gouvernement lui-même s'y est étrangement mépris. 



— 8S — 



LES CONTRB-SBKS BT LBS CONTRE BON SENS. 



Et d'abord, il faut remarquer que les documents romains 
étaient adressés, non pas aux journalistes, non pas 
même aux simples fidèles, nMiis aux évéques. 

Or, il est arrivé précisément qu'ils ont été dérobés aux 
évéques, et donnés en pâture aux journalistes. 

Et ici, que Ton me comprenne bien, que Ton n'aille 
pas au delà de ma pensée; je n'ai nulle intention de jeter 
le dédain sur la presse. Nul plus que moi ne reconnaît, avec 
ses dangers, avec son irrésistible et inévitable puissance, 
les avantages qu^elle peut offrir; nul surtout ne professe 
une sympathie plus sincère pour tant de généreux écri- 
vains, qui, malgré toutes les entraves et tous les périls, 
se dévouent courageusement dans la presse religieuse au 
service de la société et de la religion. 

Mais enfin qu*ont fait tout d'abord la plupart des journa* 
listes? Ils ont fait à qui mieux mieux, dans la traduction 
derEncyclique et du Syllabus^ des contre-sens et des contre 
bon sens, et, je suis obligé de le dire, les plus ridicules, les 
plus inattendus, même sur les points les plus graves. 

Et cela, non pas seulement le Siècle^ mais le Journal des 
D^ats lui-même, qui est d'ordinaire, grammaticalement, 
plus sûr que le Siècle. 



— 89 — 

J'ai compté, dans la traduction donnée par le Journal 
des Débats de TEncyclique et du SyllabuSj plus de soixante^ 
dix contre-sens. 

Si le Journal des Débats a été jusque-là, que n'aura pas 
Mi U Siècle? 

Qu'on me permette d'en citer quelques exemples : 

— On fait condamner au Pape l'immutabilité divine, en 
traduisant par « immuable», l'expression latine immutatio* 
nibus obnoxium , qui signifie précisément le contraire. 
(Prop. 4.) 

— On lui fait stigmatiser comme une erreur, cette élé- 
mentaire et évidente vérité que Dieu est partout, dans 
toutes les créatures, en traduisant : « Dieu est dans l'homme 
et dans le monde, » là où le Pape signalant et frappant la 
monstrueuse erreur pantbéistique, le perpétuel devenir^ 
de M. Renan et autres, condamne ceux qui disent : Deus fit 
in homine et in mundo^ < Dieu se fait dans l'homme et dans 
le monde, x (Prop. 2.) 

— Les erreurs sur la société civile, errores de societate 
civili^ deviennent les erreurs de la société civile. (Titre 
du § 6.) 

— Dans la proposition 39, on prend reipublicœ^ la chose 
publique, pour la république^ et on fait condamner au Pape 
VEtat républicain , ce à quoi assurément il n'a jamais 
songé. 

— Je veux bien ne prendre que pour une faute de copiste 
le contre-sens suivant : Episcopis fas non est vel ipsas lit- 
teras apostolicas promulgare : « Les évéques n'ont pas le 
droit de promulguer leurs lettres apostoliques. » 

Mais dans la proposition relative à la nomination aux 
évéchés, per se est traduit comme s'il y avait j?ro se « pour 



— 90 — 

soi, » ce qui fausse complélement le sens : Par cette traduc- 
tion, le Pape semble dénier aux gouvernements le droit qui 
leur est attribué par les concordats, de nommer aux évé 
chés, au lieu que le Pape dil simplement, qu'ils n'ont pas 
ce droit.» par eux-mêmes. » (Prop. 50.) 

— Dans la même proposition iproeurationem^ qui signifie 
« adminUtraMon^ » est traduit par éprise de possession, » 

— Et ailleurs, je lis : « Le gouvernement peut dans son 
« droit changer une époque fixée par TÉglise pour Tac- 
c complissement des devoirs religieux des deux sexe&. » 
Qu'est-ce que cela veut dire ? Je recours au texte de la pro- 
position condamnée , et je trouve : « Le gouvernement 
« peut, de sa propre autorité, changer Tâge fixé par TÉglise, 
« pour la profession religieuse dans les monastères, soit de 
c femmes, soit d'hommes. » — Ici, l'interprète du journal, 
au lieu d'un contre-sens, en fait deux : il traduit œtaiem^ 
par a une époque, » et piofesùonem religiosam^ par « l'ac- 
complissement des devoirs religieux, • comme s'il s'agis- 
sait des pâques, du jeùn& ou de la messe du dimanche. 
(Prop. 52,) 

— Voici un autre contre-sens des plus singuliers : Qui 
eût pensé que le Chef de l'Église trouvât à redire à une 
proposition comme celle-ci : <c Le gouvernement civil*.. 
« peut FAVORISER les établissements religieux... » C'est pour- 
tant ce que le traducteur fait condamner au Pape. Le mot 
qui l'a trompé, c'est penitus extiaguere; il le traduit par 
t favoriser^ » traiter avec faveur^ » et ce mot signifie « drf- 
• truiredefond en comble. » (Prop. 53.) 

-^ Et que dira-t-on de ce galimatias-d? a II n'y a pas 
d'autre» forces reconnues que celles qui résident dans la 
Biatiëre, et qui, contre tome discipline^ totUe honnêteiâ de 



— 91 — 

mœursy se résument dans Taccumulation des richesses » et 
dans la satisfaction de tous les plaisirs. » C'est ainsi qu*on 
rend la proposition condamnée, dont voici la vraie traduc- 
tion ? 11 ne faut reconnaître d'autres forces que celles qui 
c résident dans la matière, et toute la morale, toute Thon- 
ci nôteté doit se réduire à accumuler et à augmenter ses 
« richesses par tous les moyens possibles, et h se procurer 
« toutes sortes de jouissances. » (Prop. 58.) 

— « L'Eglise ne doit dans aucun cas sévir contre la phi- 
losophie^ » Le traducteur a vu là : « l'Eglise ne doit jamais 
s*occuper de philosophie, » il a cru qxx'animadvertere vou- 
lait dire regarder à.„ faire attention à,.. (Prop. 11.) 

— Inducere impedimenta dirimentia est constamment 
traduit par a prononcer sur les empêchements dirimants. » 
(Prop. 68, 69, 70.) 

— Puis vient Causœ matrimoniales et sponsalia « les cau- 
ses matrimoniales et les fiançailles. » mais sponsâlia passait 
la portée du traducteur; il a mis : « Les causes matrimo- 
niales ou nuptiales, » 11 traduit : et par ou ; sponsalia^ par 
causes nuptiales; comme si c'était la môme chose. (Prop. 74) 

— (Prop. 77.) Non expedit : traduction du journal, « Il 
tt'est plus nécessaire... » Le traducteur n'a pas compris la 
différence importante qu'il y a entre : il n'est pas expédient, 
et il n'est pas nécessaire. 

— Imdcmitam cupiditatmij « cupidité efArénëe, ji est tra- 
duit par « indomptable assiduité. » (Eneyel.) 

Je trouve : Vel ipsa germana justitiœ notio^ traduit par 
t la notion étroitement liée de la justice, » au Ueu de : <l la 
« vraie notion de la justice » (EncycL) Ce qui a trompé h 
traducteur, c'est germana^ qui signifie quelquefois liée par 
le sang. 



— M — 

— Tout le monde saîl que la concorde entre le sacerdoce 
et Tempire, malheureusement, n*a pas toujours existé : on 
fait dire au Pape juste le contraire. Il avait dit : « La con- 
corde et Tentente entre le sacerdoce et Tempire fut tou* 
jours une chose heureuse et salutaire : Fausta semper exti- 
tu et salutaris. G*est ce malheureux extitit qui a dérouté 
le traducteur; il n'a pas vu que extitit avait ici, en bon 
latin, le sens de fuit (Encycl.) 

— Je trouve encore dans la traduction de l'Encyclique : 
< Les deiLX clergés de gui nous viennent , d'une manière 
si authentigue^ les monuments les plus certains de V his- 
toire...^ » au lieu de « comme le prouvent avec évidence les 
« monuments les plus certains de l'histoire. » 

— La clause dérogatoire, « nonobstant toutes dispositions 
« à ce contraires, même celles auxquelles il ne peut être 
« dérogé que par une mention et une dérogation spéciale 
« et individuelle, » est traduite de cette étrange façon : 
« Nous en avons ainsi décidé, nonobstant tout ce qui pour- 
« rait être fait de contraire par une mention spéciale et in- 
« dividuelle et qui serait digne d'une dérogation. » Ici, as- 
surément le traducteur n'a pas plus compris son français 
que le latin même. 

"- Et que dire enfin de cette incroyable phrase : « Les 
« prières, les gémissements et les larmes, au moyen des- 
« quels il.faut insister et rester (rester où?), frappent à la 
« porte. » 

— « L'archevêque de Freisingen , archiep. Frising^ c'est 
dans la traduction : « l'archevêque Frisiny. » 

— « L'évêque de Montréal » Episc. Montisregal^ c'est 
« l'évêque Montisregal , » comme qui dirait : Monseigneur 



— 93 — 

Monlisregal , monseigneur Frisiny. Ce sont pourtant des 
noms de villes assez connus — Le traducteur les a pris 
pour des noms d'hommes. 

Mais , me diront les rédacteurs du Siècle^ et les jeunes 
professeurs du Journal des Débats^ pourquoi Rome parle- 
^-elle une langue qu'on ne peut comprendre? 

Que vous ne pouvez comprendre» soit ; mais ce n'est pas 
seulement le sens théologique, c'est le sens littéral, le sens 
grammatical, c'est le dictionnaire et la grammaire que vous 
avez violés. Prendre des noms de villes pour des noms 
d'hommes, des verbes pour des substantifs, des affirmations 
pour des négations, etc., etc., n'est-ce pas vraiment trop 
extraordinairo pour des gens qui ont fait leurs classes et 
qui ont d'ailleurs à leur disposition les dictionnaires de 
M. Quicherat et de M. Douillet? — Est-ce que vous auriez 
passé cela à vos élèves de sixième? 

£t quand vous ne vous seriez trompés que sur le sens 
théologique, pourquoi vous aviser de traduire ce que vous 
ne pouvez comprendre? pourquoi vous y précipiter comme 
vous l'avez fait? Ne pouviez-vous consulter quelqu'un, ne 
fût-ce qu'un de vos anciens, plus accoutumés que vous à 
la langue théologique? Est-ce que chaque science n'a pas 
sa langue propre? Est-ce que je ne serais pas le plus témé- 
raire et le plus ridicule des hommes, si j'allais, moi^ tra- 
duire les apophthegmes d'Hippocrate pour l'Académie im- 
périale ce médecine , ou les propositions d'Euclide pour 
l'Académie des sciences, ou les Pandectes pour celle des 
sciences morales et politiques, sans me donner le moindre 
souci de savoir ce dont je parle et ce dont j'écris? Pense- 
t-on que mon étourderie serait bien venue dans le monde 
savant? Non, on me remettrait à ma place, et, sans délibé- 



— 94 — 

rer, on me déclarerait à jamais indigne d'être entendu sur 
tout cela, et par suite sur le reste. 

Or, c'est juste Ténormité où sont tombés les journalistes, 
et je suis ol)ligé d'ajouter que plusieurs parmi les mieux 
intentionnés n'ont pas ici échappé au piège qui leur était 
tendu. 

Mais, certes, n'ai-je pas bien le droit de dire à ces jour- 
nalistes ennemis de l'Église : avec des contre-sens et des 
contre bon sens pareils, vous convenait-il de vous donner 
des airs si triomphants? 

Aussi donc se sont passées les choses, le malentendu a 
été grossissant de plus en plus : là où l'Encyclique disait 
oui, on a déclaré qu'elle disait non ; et vice versa : le mois 
qui vient de s'écouler pourrait vraiment s'appeler dans 
l'histoire le mois des dupes. 

Au moment où ces messieurs allaient tant crier contre 
l'infaillibilité de l'Église, que n'ont-ils douté un peu plus de 
l'infaillibilité de l'agence Havas ou de telle autre agence ? 
Le moindre écolier leur aurait épargné une mystification 
qui serait risible, si elle n'avait exercé les plus effroyables 
ravages au sein des âmes. 

Mais, il faut l'ajouter, les journaux ont une excuse; 
seulement elle leur vient d'une région d'où elle ne devait 
pas leur venir. 

Et ici mes regrets ou mes reproches, si j'ai le droit d'en 
exprimer, remontent plus haut. 

Je ue viens pas discuter la loi au nom de laquelle M. le 
Garde des Sceaux a signifié aux Évoques la défense de 
publier et d'interpréter l'Encyclique ; mais je dis que par 
suite s'est produit un fait d'une anomalie absolument 
inexcusable et inacceptable dans un pays de bon sens, de 



— 95 — 

bonne justice, et de loyauté comme la France : à savoir que 
ceux qui étaient absolument incapablesde bien comprendre, 
de traduire et d'interpréter Tacte pontifical, ont été seuls 
libres de le faire, et qu'on a défendu de s'en mêler à ceux-là 
seuls qui en étaient capables, et dont c'était le droit et le 
devoir inaliénables. 

J'avoue même qu'ici mon étonnement n'a pas de bornes : 
on a donné aux journalistes un droit qu'on ne leur laisse 
guère d'habitude, celui de publier, en toute liberté, avec 
toutes sortes d'amplifications et d'aggravations, un acte que 
M. le Ministre des Cultes déclare attentatoire à la Consti- 
tution de TEmpire! Nous voyons sans cesse des journaux, 
surtout des journaux religieux, avertis, suspendus, suppri- 
més, ou bien encore arrêtés à la frontière, pour moins que 
cela assurément. Et lorsque les évoques voudraient élever 
la voix, lorsque, sans contester aux journalistes la faculté 
dont ils ont joui, ils voudraient parler enfin à leur tour, 
dissiper les malentendus, montrer du doigt les contre-sens, 
détourner l'immense torrent de mensonges, d'erreurs et de 
baines qui monte contre l'Église, seuls ils devront se taire! 
Ils ne pourront pas donner d'explications, pas rédiger de 
consultations^ pas faire ce que fait tout jurisconsulte, tout 
avocat, sur un texte de loi ou sur un procès en litige, eux 
qui sont les gardiens et les interprètes jurés de la doctrine : 
ils devront courber la tête, tout entendre, tout endurer, 
tout dévorer en silence! 

Et cela dans un pays catholique! et au nom des libertés 
et des franchises de l'Église gallicane 1 Mais, en vérité, ne 
serait-il pas temps d'épargner à notre langue, si nette et si 
franche, de si violents contre-sens? Je ménage mon expres- 
sion; mais, si ce sont là les libertés et les franchises qui 



— 9« -• 

constituent votre libéralisme, laissez-^moi vous le dire, nous 
ne sommes pas plus prêts que le Pape à nous réconcilier et 
à composer avec lui. Nous n'avons pour cela ni Tesprit assez 
simple, ni le caractère assez servile. 

Ce n*est pas tout encore : les déclamations haineuses et 
menteuses des journaux irréligieux, qui se sont jetés sur 
FEncyclique comme sur une proie, ont pénétré dans toutes 
les maisons, circulé dans tous les villages, retenti partout; 
un immense trouble agite les esprits ; de tous côtés les ca- 
tholiques les plus sérieux s'adressent à leurs Ëvéques, ils 
leur soumettent des questions, et les Ëvéques ne pourraient 
pas répondre 

Si c'est encore ainsi qu'on entend la liberté de conscience, 
nous ne sommes pas mieux disposés que le Pape à nous 
réconcilier avec cette liberté-là! 



-. 97 — 



II 



l'acte pontifical. 



C'est un grand acte, assurément, pour quiconque saura 
se plaser ici au vrai point des choses. 

Pourquoi ne tâcherions-nous pas au milieu de nos que- 
relles, de maintenir debout certains principes d'équité natu- 
relle, région supérieure et patrie commune des honnêtes 
gens? 

Je viens de le dire aux journalistes, pour qui TEncyclique 
a été une machine de guerre : il n'est pas permis de parler 
de ce qu'on ignore, et de s'ériger en docteurs dans des 
matières dont on sait à peine le premier mot. 

Maintenant, quant à l'acte pontifical, à tous les hommes 
de bonne foi, je poserai simplement les questions sui- 
vantes : 

Y a-t-il aujourd'hui, dans le monde, des erreurs? 

Ces erreurs sont-elles des périls? oui, ou non? 

Qu'on réponde; et les yeux fixés sur les dangers qui nous 
entourent, sur tant d'attaques, souterraines ou déclarées, 
qui menacent l'Église et la société tout entière, on recon- 
naîtra que l'Encyclique, loin d'être un acte d'agression, 
n'est qu'un grand acte de défense. 

Quoi! vous vous étonnez? vous trouvez étrange que le 
Chef de l'Eglise catholique ose se plaindre ? qu'il ne soit pas 

7 



100 — 



m 



FAUSSES INTERPRÉTATIONS ET VRAIS PRINCIPES. 



Soit, direz-vous, oui, le Pape est dans son droit, dans son 
devoir, dans son rôle, et ce rôle est grand. Mais le Pape 
excède, il outre-passe sa mission : il condamne ce qu'il ne 
faut pas condamner. 

J'admire vraiment la hardiesse de ces messieurs, qm 
s'arrogent si facilement à eux-mêmes* Tinfaillibilité qu'ils 
refusent à l'Église et au Pape ! 

Mais suivons-les sur leur terrain, et, puisqu'ils nous pro- 
voquent, comparons quelques moments les règles d'inter- 
prétation qu'il aurait fallu appliquer ici, pour être équita- 
ble, et les interprétations qu'ils se sont permises. On verra 
à quel degré ont été froissées toutes les délicatesses de ces 
graves questions, et à quels excès on s'est laissé empor- 
ter. 

J'en demande pardon à mes lecteurs, mais il est abso- 
ument nécessaire, l'équité le demande, de présenter ici 
queiques-uns au moins des principes de solution qui ré- 
ponaent aux attaques lancées contre l'Encyclique : prin- 
cioes qui n'ont pas été moins méconnus que le sens litté- 
ral des mois. 

Et d'aoord es journalistes assurément ne sont pas tenus 
d'être théologiens ; mais, quand on se fait juge ., tout le 



— 101 — 

monde est tenu du moins à ne pas franchir les bornes de sa 
compétence. 

Chose étonnante , que ce qui est le signe d'une impar- 
donnable étourderie dans les matières même les moins 
graves, soit compté pour rien dans les choses les plus so- 
lennelles, et qu'en religion surtout on se permette de tran- 
cher là où Ton ignore î Indépendamment des contre-sens, 
quel est celui de ces messieurs et de leurs lecteurs qui n'a 
pas jugé en souverain l'acte pontifical, sans songer à se 
poser un seul moment à lui-même la question de compé- 
tence? 

Sait-on bien dans le monde ce qui découle rigoureuse- 
ment d'une proposition condamnée ? Ou plutôt, à voir la 
manière dont ou a exagéré les condamnations pontificales, 
n'est-ce pas ce que la plupart de ceux qui ont écrit sur 
l'Encyclique ignorent absolument? Je les étonnerai sans 
doute en leur rappelant des principes qui sont élémen- 
taires, non-seulement en théologie, mais en logique. Par 
exemple : 

C'est une règle élémentaire d'interprétation que la con- 
damnation d'une proposition, réprouvée comme fapsse, 
erronée, et même comme hérétique, n'implique pas néces- 
sairement l'affirmation de sa contraire^ qui pourrait être 
souvent une autre erreur; mais seulement de sa contra- 
dictoire. 

La proposition contradictoire est celle qui exclut simple- 
ment la proposition condamnée. La contraire eiilccWe qui 
va au delà de cette simple exclusion. 

Eh bien! c'est cette règle vuliçaire. qu'on parait na'voir 
pas môine soupçonnée dans les inconcevables interpréta- 



— 102 — 

lious qu'où nous donne depuis trois semaines de TEncy- 
clique et du Syllabus. 

Le Pape condamne cette proposition : a II est permis de 
refuser Tobéissance aux princes légitimes. » (Prop. 63.) 

On affecte d'en conclure que, d'après le Pape, le refus 
d'obéissance n'est jamais permis^ et qu'il faut toujours cour- 
ber la tête sous la volonté des princes. C'est aller d'Un bond 
à la dernière extrémité de la contraire, et faire consacrer 
parle Vicaire de Jésus-Christ le despotisme le plus brutal, 
et l'obéissance servile à tous les caprices des rois. C'est 
l'extinction de la plus noble des libertés, la sainte liberté 
des âmes. Et voilà ce qu'on fait affirmer au Pape ! 

C'est une autre règle, non moins élémentaire d'inter- 
prétation, qu'il faut regarder si la proposition condamnée 
est universelle et absolue ; car, alors, il peut souvent arriver 
qu'une telle proposition ne soit frappée qu'à cause de son 
universalité et de son sens trop absolu. 

Exemple : « Il faut proclamer et observer le principe 
appelé de non-intervention. » (Prop. 6ao 

Le Pape, en condamnant cette proposition^ a-t-il voulu 
dire qu'il faut intervenir à^^tort, à travers^sans diacernemeni^ 
toujours? Et vous, prétendez-vous qu'il ne faille intervenir 
jamais ? 

En un mot, le Pape a-t-il prétendu faire de l'intervfflation 
une règle absolue et universelle ? 

Le dire serait une absurdité ridicule ! 

Et cependant ces messieurs ne craignent pas d'écrire,, 
en toutes lettres, je l'ai lu : ^^ Le Pape érige en hérésie le 
principe de non-intervention. » • 



— 10» — 

L'intervention ne peut pas plus que la non-intervention 
être la règle absolue. 

Le Pape veut simplement qu'on ne fasse pas de la non- 
intervention un principe universeU qu'il faille proclamer, 
observer toujours, comme un axiome de droit internatîonaL 
C'est tout simplement du bon sens. 

Un tel droit, en tout cas, serait bien nouveau ! Et a-t-il 
jamais été pratiqué, même dans les temps modernes, comme 
un principe^ 

La non-intervention, comme l'interN^ention, sont des 
conduites, des conduites bonnes ou mauvaises, justes ou 
injustes, sages ou imprudentes, selon les cas et les cir- 
constances : aux yeux d'aucun vrai politique, ce ne seront 
jamais là des principes. Nul gouvernement n'acceptera le 
rôle de don Quichotte ; mais ne serait-ce pas aussi souvent 
une barbarie, non moins impolitique que cruelle, d'imposer 
à tous les peuples de la terre, comme un principe , de se 
croiser les bras et de laisser faire, tandis que le sang 
coulerait à flots, dans d'épouvantables guerres fratricides? 
Et, serait-ce donc un si grand péché, par exemple, si 
la France et l'Angleterre intervenaient demain en Amé- 
rique, pour arrêter ces affreux égorgements où déjà plu- 
sieurs millions d'hommes ont péri ? Et qu'avons-nous fait au 
Mexique? Qu'avons-nous fait en Chine, en Crimée, en Italie, 
Qu'aurait-on pu faire en Pologne ? 

Non, non, calomniez, insultez le Pape tant que vous 
voudrez : l'histoire enregistrera comme un nouveau titre 
ûe la Papauté, à la reconnaissance de l'Eurooe et de 
l'humanité tout entière, d'avoir, autant qu'il était en elle, 
empêché que ce barbare laisser-faire que vous appelez la 



— 104 — 

noThintervention^ passât en principe^ au xix« siècle, dans le 
droit public des nations I 

C'est une autre règle d'interprétation et de bon sens qu'il 
faut étudier et peser attentivement tous les termes d'une 
proposition condamnée, pour voir sur quoi porte, ou ne 
porte pas la condamnation. 

Et bien ! c est cette règle surtout, si simple, si évidente, 
à laquelle la légèreté des journaux et du public semble 
n'avoir fait ici aucune attention. J'en pourrais citer vingt 
exemples. 

Ainsi le Pape condamne cette proposition : « Le Pontife 
romain peut et doit se réconcilier et transiger avec la ci- 
vilisation moderne. » 

Donc, conclut-on, la Papauté se déclare l'irréconciliable 
ennemi de la civilisation moderne. 

Tout ce qui constitue la civilisation moderne est, d'après 
les journaux, ennemis de l'Église, condamné par le Pape. 

Cette interprétation est tout simplement une absurdité. 

Les mots qu'il fallait ici remarquer sont se réconcilier et 
transiger. 

Dans ce que désignent nos adversaires, sous ce nom si 
vaguement complexe de civilisation moderne^ il y a du bon, 
de l'indifférent, et il y a aussi du mauvais. 

Avec ce qui est bon ou indiffèrent dans la civilisation 
moderne^ le Pape n'a pas à se réconcilier : le dire serait 
une impertinence et une injure, comme si l'on disait à un 
bonnéte bomme : « Réconciliez-vous avec la justice. » 

Avec ce qui est mauvais, le Pape ne doit ni ne peut se 
réconcilier ni transiger. Le prétendre serait une horreur. 

Voilà le sens, très-simple, de la condamnation portée 



— 105 — 

contre la proposition 80% sur laquelle du reste je revien- 
drai.. 

El il en est de même, dans la môme- proposition 80% 
de ces autres mots , également vagues et complexes, de 
progrès et de libéralisme. Ce qu'il peut y avoir de bon 
dans ces mots et dans ces choses, le Pape ne le rejette pas; 
ce qui est indifférent, il n'a pas à s'en occuper ;. ce qui est 
mauvais, il le réprouve; c'est son droit et son devoir. 

Et d'ailleurs il était temps et grand temps de faire 
remarquer au monde combien certains hommes le trom- 
pent et l'égarent avec des mots sonores et mal définis, 
sous lesquels, à côté du bien, s'abritent et se propagent tant 
d'erreurs funestes, intellectuelles, religieuses, morales, 
politiques et sociales. 

Autres règles encore : Dans l'interprétation des proposi- 
tions condamnées, il faut remarquer tous les termes, toutes 
les plus légères nuances; car le vice d'une proposition ne 
tient souvent qu'à cela, à une nuance, à un mot, qui seul 
fait l'errenr. Il faut distinguer les propositions absolues, et 
les propositions relatives ; car, ce qui pourrait être admis- 
sible en hypothèse, sera souvent faux en thèse. Il y a de 
plus des propositions équivoques, dangereuses, qui peuvent 
n'être condamnées qu'à cause de .l'équivoque même, et du 
sens mauvais auquel elles donnent lieu, quoiqu'elles 
puissent avoir aussi un sens bon. Enfin il y a des proposi- 
tions, — et le Syllabus en renferme plusieurs — qui ne sont 
condamnées que dans le sens de leurs auteurs, et non dans 
le sens absolu des mots séparés du contexte. Etc., etc. . 

Je demande pardon à mes lecteurs de toute cette théo- 
logie; mais il faut bien rappeler les principes, en un temps 
où des milliers d'hommes, et de femmes même, en France, 



parlent théiriogie du matin au soir depuis plusieurs se* 

maines , sans y entendre grand'cliose. 

Quelques personnes du monde diront, peut-être qoe la 
théologie est bien subtile ! Que de distinctions ! — Oui, !a 
théologie, comme la philosophie, comme la jurisprudence, 
distingue beaucoup, parce qu'en effet dans les questions de 
doctrine, comme dans les questions dedroit, il fautbeaucoap 
distinguer, sous peine de beaucoup confondre. La vérité a 
des nuances infinies, et il faut savoir discerner ces nuances, 
ou ne pas s'en mêler. Et au fond, toutes ces distinctions ne 
sont que des précautions prises par la théologie, pour ne 
pas condamner les hommes, pour épargner à nos âmes des 
périls, pour ne point rejeter ce qui ne doit pas l'être : ce sont 
les efforts du défenseur pour son client ; et le client, c'est 
vous et moi, Messieurs ! Ne soyez pas ingrats. 

Qu'on me permette encore quelques exemples de propo- 
sitions dont la condamnation a été étrangement entendue, 
parce que toutes les règles d'interprétation ont été mécon- 
nues ou oubliées; ou bien parce qu'on a lu, avec une incon- 
cevable légèreté, des formules théologiques, rédigées dans 
les termes brefs et savants de Técole, à peu près comme 
on a coutume de lire les journaux et les romans. 

Ainsi, pour me borner aux principales, il y a dans TEn- 
cyclique une proposition relative à la liberté des cultes. 

£h bien 1 cette proposition a été interprétée de telle sorte 
que la moitié de la France^ à l'heure qu'il est» s'imagine 
que le Pape a réellement condamné tout libre exercice des 
cultes dissidents, condamné les constitutions de presque 
tous les Etats de l'Europe qui admettent ce libre exercice 
des cultes, et qu'il ne sera plus permis, conséquemment. 



— 107 — 

de prêter serment désarmais à la constitution de notre 
pays. 

Voici celte proposition, dont le caractère absolu et exces- 
sif saute aux yeux : 

« La souveraine perfection sociale et le progrès civil exi- 
« gent impérieusement que la société humaine soit consli- 
« tuée et gouvernée sans tenir plus de compte de la reli- 
ai gion^ que si elle n'existait pas^ ou du moins sans faire 
« aucune différence entre la vraie religion et la fausse. » 
(Éncycl.) 

Est-ce sérieusement qu'on nous demanderait de sous- 
crire à une si exorbitante doctrine? Et si le Pape la flétrit, 
comment appeler la logique au nom de laquelle on vou- 
drait conclure de là, qu'il condamne la constitution poli • 
tique où est admise la- tolérance et la liberté civile des cultes 
dissidents? 

Mais je reviendrai sur ce sujet, il est trop grave pour 
que je ne dise pas à cet égard toute ma pensée. 

La liberté de la presse, autre grief qui excite des cla- 
meurs furieuses contre TEncyclique. 

Encore ici, malentendu, parce que on n'a pas lu ou qu'on 
a mal lu. 

Voici le texte de la proposition condamaée : Jus eimims 
inesse omnimodam ubertâtem, nulla vel eeclesiasUca, vel 
civili auctoritate coarctandam^ quo suos conceptus quosgum- 
QUE sive voce, sive typis, vel alla ratione palam publiceque 
manifestare ac declarare valeant, « Tous les citoyens ont 
droit à une liberté entière^ illimitée^ de manifester et dé- 
clarer publiquement, de vive voix, ou par la presse^ ou de 
toute autre manière^ leurs pensées, quelles qu'eUes soient^, 



— 108 — 

sans que nulle autorité ni ecclésiastique ni civile puisse 
apporter à celte liberté aucune restriction. » 

Le Pape dit que c'est là une erreur : empruntant la forte 
expression de Grégoire XVI, il va jusqu'à dire que c'est un 
délire. 

Nous le disons aussi, nous le dirions tous, quand même 
le Pape ne l'aurait pas dit : tout homme de bon sens, quelle 
que soit sa foi religieuse ou politique, le dira avec nous et 
aussi fort que nous. 

Et si, par impossible, on transformait une pareille pro- 
position en projet de loi, je le demande, pense-t-on qu'il 
se trouvât en Europe, ou quelque part au monde, un mi- 
nistre qui osât présenter une loi ainsi formulée? un parle- 
ment qui voulût la voter? un souverain qui consentît à la 
sanctionner? 

Certes, si c'est là l'idéal de la liberté, du progrès, de la 
civilisation, il faut reconnaître, grâce à Dieu, que nous en 
sommes loin encore, et je ne le regrette pas. Que devien* 
drait une société où une pareille liberté serait pratiquée ? 

Sachez donc lire ! 

On dit encore que le Pape veut envahir le temporel ! 

Pourquoi ? comment? 

Le Pape condamne des doctrines, déjà et bien des fois 
flétries, lesquelles méconnaissent la vraie condition de l'E- 
glise, fille du ciel, mais vivant sur la terre, et oubliant 
que le spirituel et le temporel se touchent par tant de 
côtés, voudraient refuser à la puissance ecclésiaslique 
toute autorité, législative et directrice, dès qu'il s'agit de 
choses ayant quelque rapport au temporel, et jusqu'au 



— 109 — 

droit de procurer Texècution de ses ordonnances par les 
censures canoniques. 

£t depuis quand TÉglise, cette grande maîtresse de la 
morale comme de la foi, aurait-elle perdu le droit de tracer 
à «( la conscience » de ses enfants des règles « sur Tusage 
des choses temporelles ? » 

Et n'est-il pas évident, pour tout esprit attentif et réflé- 
chi, que l'Eglise, par Tautorité incontestable d'enseigne- 
ment, de décision et de direction morale dont elle est in- 
vestie, a exercé une très-puissante et très-légitime action 
sur l'ordre et la marche des choses et des affaires hu- 
maines, même au point de vue temporel ! Et si cette action 
n'est pas acceptée, si la haute et divine autorité d'où elle 
émane est trop souvent méconnue de nos jours, l'avenir, 
sans parler du présent, fera connaître si ce sera pour le 
plus grand bien de l'humanité ! 

Voilà quelques exemples de ces fausses interprétations. 
J'en passe, et des meilleurs. On n'attend pas de moi que je 
fasse un volume. 



110 — 



IV 



LA PHILOSOPHIE ET LA RAISON. 



Continuons à marcher résolument contre ces fantômes» 
créés par les journalistes; prenons corps à corps ces inter- 
prétations si fabuleusement exagérées, et démontrons au 
bon sens public combien il s'est laissé égarer par des cla- 
meurs précipitées, et qu'il doit revenir de sa surprise. 

On dit donc que le Pape rompt en visière avec la civi- 
lisation et que TEncyclique est le suprême défi jeté au 
monde moderne par la Papauté qui s'en va; ni plus ni 
moins. 

Et d'abord le Pape, préiend-on, condamne la philoso- 
phie, la raison humaine. 

Le Pape condamne la philosophie , la raison humaine ! 
En vérité, vous avez découvert cela dans TEncyclique. Je 
vous fais mon compliment. 

Pour abréger ici et parler sérieusement, rappelons sim- 
plement et remettons sous les yeux du public ému un 
acte mémorable de Pie IX lui-même. Jamais Souverain- 
Pontife peut-être ne s'est exprimé aussi explicitement 
sur les droits, Torigine et la valeur de la raison, et ne lui 
a rendu un plus illustre hommage que ce Pape, qu'on ac- 
cuse aujourd'hui de proscrire la raison. 

Comment a-t-on pu oublier les quat?e propositions 



— 111 — 

publiées par Pie IX en 48&5? ou, si ou s'en souvient, com- 
ment peut-on donner à l'Encyclique les interprétations 
qu'on lui donne? 

Pie IX proclamait : 

4** L'accord de la raison et delà foi, et leur commune et 
divine origine : « toutes deux découlant de la même 
source immuable de vérité qui est Dieu. » 

2° La certitude de la raison, et la valeur des preuves 
rationnelles, pour la démonstration des vérités fondamen- 
tales, l'existence de Dieu, la spiritualité de Tâme, la liberté 
humaine : c'est-à-dire la valeur de la Théodicée, de la Psy- 
chologie, de la Morale, de la Logique et de toute la Philo- 
sophie. « Le raisonnement peut prouver avec certitude 
« Vexistence de Dieu., la spiritualité de Vâme et le libre ar- 
'( bitre. » 

a*» L'antériorité de la raison sur la foi : « L'usage de la 
« raison précède la foi. » 

40 Le Pape vengeait saint Thomas , saint Bonaventure, 
et les grands scolastiques de la même école, qui tous ont 
proclamé la raison humaine « une certaine participation 
a de la raison divine; » et posé comme base de la démons- 
tration de la Religion révélée les preuves rationnelles de ce 
qu'ils ont appelé les Préambules de la foi^ c'est-à-dire de 
toutes les grandes vérités qui constituent la Philosophie. 

Voilà ce que Pie IX a déclaré ! 

Et vous venez nous dire que le Pape qui a fait ces dé- 
clarations, le Pape qui se rattache si hautement à la grande 
tradition philosophique, arrivée jusqu'à nous par saint Au- 
gustin, par saint Thomas, par Bossuet et Fénelon, grands 
docteurs qui n'ont jamais, que je sache, outragé la raison 



— 112 — 

humaine, vous dites que ce Pape condamne la saine raison 
et la vraie philosophie! Mais vous ne le croyez pas. 

Savez-vous ce que le Pape fait ici? Il fait ce que TËglise 
a fait toujours : il défend tout ensemble et la raison et la 
foi : la raison contre les sophistes et la foi contre les im- 
pies. 

Qui ne le sait? il y a aujourd'hui des sophistes qui retour- 
nent la logique , la raison contre elle-même , et posent 
comme axiome fondamental la formule même de Tabsurde : 
ridendité du vrai et du faux, du oui et du non; le nierez- 
vous? 

Voilà ceux que lé Pape condamne. 

Il y a aujourd'hui de prétendus philosophes qui ne pro- 
clament pas seulement la légitimité, mais Tomnipotence, 
la souveraineté sans limites et Tindépendance absolue de 
la raison ; qui ne disent pas seulement : La raison est quel- 
que chose ; mais : La raison est tout, et la foi n'est rien. 

Voilà ceux encore que le Pape condamne. 

Vous dites qu'il n'a pas ce droit. Quoi ! il n'a pas le droit 
de nous défendre contre vos attaques et vos négations! 
Il n'a pas le droit d'affirmer l'Évangile, d'affirmer le Chris- 
tianisme, d'affirmer l'Église! d'affirmer la raison et le sens 
commun? 

Vous vous affirmez bien', vous vous posez , et avec une 
assez curieuse audace, en souverains de la pensée; et le 
chef de l'Église catholique n'aurait pas le droit de poser 
l'affirmation chrétienne et l'affirmation philosophique de 
tous les siècles, en face de la vôtre ! 

Non, non , nous savons distinguer entre vous et là rai- 
son : vous êtes une école, vous n'êtes pas la raison. £t vous 
l'avez montré de manière à me dispenser de le prouver au- 



«- 113 — 

jourd'huî , lorsque vous vous êtes également moqués, et 
avec tant d'agrément, de la philosophie aussi bien que de 
la théologie, de tous les philosophes et de toute doctrine 
philosophique, excepté du positivisme^ aussi bien que de 
tous les théologiens et de toute doctrine théologique, y 
compris Texistence de Dieu (4). 

Ainsi Pie IX a défendu , contre vous tous, ensemble la 
raison et la foi, qui , selon Texpression même de ce Pape, 
que vous accusez, ont une même divine origine et sont deux 
flambeaux allumés au même foyer. 

Voilà comment le Pape condamne la raison. 

Voyons maintenant s*il condamne aussi le progrès et 
la civilisation moderne. 

(!) Voir mon Avertissement aux Pkres de famille. 



-^ 114 — 



V 



LS PIOORBS ET LA CIYILISATIOH MO0B1NB. 



la piperie des mots! comme disait auttefois lioiktaî- 
gne; ô précipitation et légèreté de Vesfft'il français t ô 
logkiiie de la paa&ionl 

C'est ici encore que je conjure le bcm 8«it ^ la bonne 
foi des hommes sérieux et sincères d'être, un moment du 
moins, attentifs, pour saisir les énormités flagrantes que je 
vais leur signaler dans l'interprétation donnée aux actes 
pontificaux par les journaux irréligieux. 

Vous dites que l'Encyclique pose nettement l'antago- 
nisme entre l'Église d'une part, et le progrès et la civilisa- 
tion moderne de l'autre. 

El j'ai même lu, en toutes lettres, dans des journaux 
piémontais, que le Pape vient de condamner d'un coup 
toutes les découvertes de la science et de l'industrie mo- 
dernes, les chemins de fer, les télégraphes électriques, la 
photographie, etc., etc. Et il va probablement supprimer 
tout cela dans les États qui lui restent, en même temps que 
les bateaux, les machines à vapeur et Téclairage au gaz. 

Voilà ce qu'on a écrit à'Turin; d'honnêtes gens le répè- 
tent à Paris, et les abonnés du Siècle le croient en province. 

Laissons ces niaiseries, et parlons au public sensé, qui 
demande non à être étourdi, mais à être éclairé. 



— 115 — 

Quelle est donc la condamnation d'où les journalistes 
théologiens de France et d'Italie ont cru pouvoir déduire 
cette déclaration d'antagonisme? 

La voici ; « Le Pontife romain peut et doit se BÉcoiicaiBR 
et nuMSiGBR «avec le progrès, avec le libéralisme et la civi- 
lisation moderne. » 

On a conclu : donc le Pape se déclare irréconciliabie avec 
le progrès, le libéralisme el la civilisation moderne. 

Mais si, avant de prêter gratuitement au Pape cette 
énormité, vous étiez allé consulter, sur cette condamnation, 
je ne dis pas un évéque, je ne dis pas un curé, mais le moin- 
dre élève de philosophie sur les bancs de nos séminaires, 
il vous aurait aidé à tirer de la proposition condamnée te 
emtradictoire^ et vous auriez vu qu'entre cette contradic* 
loire et la doctrine que vous infligez au Pape, il y a un 
abîme t 

Quoil vous TOUS imaginez qu'il condamne ce qu'il peut y 
avoir de bon dans te progrès, de vraiment utile dans la d* 
vilisation moderne, de vraiment libéral ei chrétien dans le 
libéralisme! 

Mais c'est une imagination folle, el, quand surtout il est 
question de Pie IX^ c'est une injustice ^ une ingratitude 
suprême! 

Âvez-vous donc ouhlié ce que Pie IX a voulu faire et 
tout ce qu'il a fait , en 4S47, et dès Tavénement de son 
règne? N'a*t-ii pas été le plus confiant, le plus généreux 
des souverains? N'a-t-il pas fait monter avee lui sur le trtae 
toutes les légitimes espérances de Tltidie? et n'avez-vous pas 
trahi tons ses bienfiiits? 

M«s si vous a:wi oublié tout ce qu'a fait Pie IX,'pouvonS' 
nous mettre en oubli ce que vous avez fait vous-mêmes ? 



— 116 — 

Qui que vous soyez, politiques, savants, historiens, 
érudits, après avoir accusé la religion d'être étrangère à 
tout sur la terre, n'avez-vous pas voulu l'en exclure et 
la reléguer dans la région des fables et des hypothèses? 
Faux libéraux de la France, de l'Angleterre, de l'Alle- 
magne, de la Belgique, et vous surtout, agitateurs de l'Ita- 
lie, n'avez-vous pas abusé de ces beaux mots, noble parure 
de la langue des hommes, liberté, progrès, civilisation ? Ne 
sont-ils pas devenus la consigne, le mol de passe de vos 
bandes révolutionnaires, et l'éternel refrain de tous vos 
discours ;les plus agressifs et les plus impies? Regardez à 
la date des allocutions d'où le Saint-Père a extrait vos er- 
reurs pour les condamner de nouveau, en ayant la cha- 
rité de n'y ajouter aucun nom propre, pas même celui de 
Victor-Emmanuel ou de Garibaldi, et vous verrez que cha- 
cune de ses paroles, bien loin d'être une prétention inat- 
tendue, n'est qu'une allusion à vos actes, un obstacle à 
vos entreprises, une réponse à vos témérités. Il n'invente 
pas, il cite. H n'empiète pas, il résiste; il ne s'impose pas, 
il se défend. 

Non, « le Pape ne doit pas se réconcilier et venir à com- 
position avec le progrès , le libéralisme et la civilisation 
moderne, tels qu'il vous plaît de les entendre. » C'est à ces 
choses, au contraire, à se rapprocher de lui en s'accordant 
avec la justice. « L'Église doit être pour la société moderne, 
disait avec son sens si juste et si élevé le prince de Bro- 
glie, ce qu'est la foi pour la raison, non l'ennemi qui la 
combat, mais Vautorité qm la règle. Les principes constitutifs 
de la société moderne doivent trouver dans les vérités de la 
religion, non la contradiction qui les condamne, mais le 
complément qui les achève et le frein qui les contient. » 



— 117 — 

C'est pourquoi le Pape vient de parler. 

Il était d'autant plus facile ici de faire la distinction si 
simple que nous venons d'indiquer, que le Pape lui-môme 
Tavait faite assez clairement dans TActe pontifical auquel le 
Syllabus se réfère. 

Celte condamnation date de 4861, elle est tirée de Tallo- 
cution Jamdudum cernimus. Or, M. de Montalembert, dé- 
fendant à cette môme époque contre M. de Cavour et expli- 
quant sa formule : VEglise libre dans l'Etat libre^ s'armant 
précisément des paroles mômes du Pontife pour poser la 
distinction qui doit faire tomber ici toutes les clameurs : 

« Le Pape vous a répondu d'avance, disait M. de Monta- 
« lembert, dans cette allocution misérablement traduite dans 
« le numéro du Moniteur qui publie votre discours: à cer- 
« tains hommes qui lui demandent de se réconcilier avec le 
« progrès, le libéralisme et la civilisation moderne, il ré- 
« pond : A une pareille civilisation^ hujusmodi civilitutis^ à 
« celle qui a pour système prémédité d'affaiblir et peut- 
« ôtre d'anéantir l'Église, comment veut-on que la Papauté, 
(n mère et nourrice de toute vraie, civilisation, tende la 
« main*? » Le Pape rappelle ensuite les institutions libérales 
« qu'il a accordées : liberiorem administrationem... liber io- 
« res institutiones^ et il ajoute, dans un magnifique langage 
« qu'il ne vous sera jamais donné de tenir : « Comment le 
« Pontife romain, qui tire toute sa force des principes de 
« l'éternelle justice, pourrait-il la trahir? etc. » Belles pa- 
« rôles, et qui rappellent le mot de M. Barthe au Sénat fran- 
« çais : « que le Pape est le principal représentant de la force 
« morale dans le monde. » 

Et savez-vous qui a donné Tordre de traduire en;ita 



— 118 -- 

lien récrit de M. de Montalemberl? Le Saint-Père lui- 
même. 

Mais non, vous voulez imposer au Pi4[>e et & TËglke 
vos formules. Eh bien 1 le Pape vous demande de les définir. 
Tant qu'elles ne sont pas définies, il a le droit, il a le de- 
voir de s'en défier. 

Vous nous parlez de progrès, de libéralisme et de civili- 
sation, comme si nous étions des barbares, et ne savions 
pas un mot de tout cela; mais ces mots sublimes, que vous 
dénaturez, c'est nous qui vous les avons appris, qui vous 
en avons donné le vrai sens, et, mieux encore, la réalité 
sincère. Chacun de ces mots a eu, malgré vous, conserve 
encore, et conservera à jamais, un sens parfaitement chré- 
tien ; et le jour où ce sens périrait, ce jour-là périrait aussi 
tout progrès réel, tout libéralisme sincère, toute civilisation 
véritable. 

Vous croyez que nous rougissons de ces mots, parce que 
nous refusons de les accepter de vous et de les prendre 
dans votre langue : non, le Christianisme s'est fait hon- 
neur de s'appeler le Progrès devant les païens et les bar- 
bares. Il s'est appelé la Liberté, quand il a aboli l'esclavage, 
relevé la femme, les enfants, les vieillards, les pauvres et 
toutes les faiblesses humaines foulés aux pieds par la ty- 
rannie des forts pendant vingt siècles, et lutté depuis con- 
tre tous les defpotismes imaginables, défendu tour à tour 
les peuples contre la tyrannie des* princes, et les princes 
contre l'anarchie des peuples. Il s'est appelé, il s'appelle 
encore, et si Dieu n'a pas maudit l'Europe, il s'appellera 
jusqu'à la fin la Civilisation européenne. 

Sur tout cela , quelle est la vérité irréfutable? C'est que 
la grande loi du progrès, de la liberté et de la civilisation, 



- 119 - 

c*C8t r Évangile; et e*est Notre -Seigneur lui -même qnî 
a p<»è dans le monde l'idéal le pins élevé, le pins pnr, 
le plus vaste de ces trois choses dans tous les plus no- 
bles sens, quand il a mis à la base de toute sa doctrine 
ces paroles : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est 
parfait. » 

Avant que vous ayez refait en vous l'homme et la société 
à l'image divine, vous avez beaucoup à faire. Mais, à 
l'œuvre, ouvriers de l'avenir! l'Église, loin de vous ar- 
rêter dans cet élan , vous crie au contraire : En avant ! 
La loi du progrès, l'Église fait bien plus que l'accepter, 
elle la pose et en proclame les règles , et nous avec elle. 

Mais quant à ces formules périlleuses qui couvrent et 
laissent tout passer dans le monde, le bien, le mal, la vé- 
rité et l'erreur, la lumière ot les ténèbres, le progrès et la 
décadence, nous n'en vouions pas. 

A notre tour, nous ne voulons être les dupes ni les com- 
plices de personne ; et s'il faut enfin parler clair,, et s'il 
m'est permis d'être moins charitable que le Pape et de 
nommer les gens qui d'ailleurs ne se font pas faute de 
nous dire leur nom, n'esl-il pas évident, comme je Fai 
démontré dans mon Avertissement à la jeunesse et aux 
pères de famille^ que pour les principaux écrivains de 
la Revue des Deux dlondes et d'autres feuilles, le progrès» 
le progrès suprême , c'est la négation du surnaturel , la 
négation de Dieu? c'est la foi en Jésus-Christ arrachée au 
peuple? , '^ 

Le progrès! pour tel autre, c'est l'Eglise catholique 
changeant enfin son symbole et sacrifiant ses dogmes, un 
à un , aujourd''hui l'inspiration des Livres saints, demain 
son autorité doctrinale, après-demain la Divinité de son 



— 120 — 

fondateur, à ce qu'on appelle les idées nouvelles et Téman- 
cipation de rintelligence humaine ! Ou TEglise modifiera 
ses dogmes, ou elle périra : voilà leur progrès ! Et vous 
nous demandez ingénuement que ce soit le nôtre ! 

Pour telle autre école, le progrès, c'est tout simplement 
le bien-être sur cette terre et Valtruisme, comme ils par- 
lent, à Texclusion des préoccupations égoïstes du salut éter- 
nel, qui ne font qu'avilir les âmes : le paradis, disent-ils, 
n'est pas derrière nous, il est devant nous. 

Et voilà le progrès, avec lequel vous signifiez aux évo- 
ques et au Pape qu'ils aient à se réconcilier et à compo- 
ser. Eh bien 1 non , notre résolution immuable et notre 
éternel honneur sera de ne nous réconcilier jamais, et de 
ne pactiser jamais avec tout cela. 

Et quant à ceux q.ui, en nous parlant du progrès, du libé- 
ralisme et de la civilisation modernes, entendent ce qu'il 
y a de vraiment bon, utile, acceptable, chrétien, le Pape 
ne veut pas qu'on lui signifie d'avoir à se réconcilier avec 
ces choses : en ce sens, votre proposition est un outrage : 
voilà tout. 

Et s'il faut vous donner de ceci un exemple qui vous 
soit sensible, qu'un de ces journalistes, qui est un foudre 
de guerre contre le Pape, vienne signifier demain au gou- 
vernement impérial qu'il ait à se réconcilier avec la liberté 
ou avec la justice, croit-il que le gouvernement impérial 
ne condamnera pas sa proposition? Il le frappera d'un aver- 
tissement, d'une suspension, peut-être d'une suppression. 
La censure d'un Pape n'a pas dés conséquences maté- 
rielles aussi rigoureuses : c'est peut-être pour cela que 
tant d'hommes qui mesurent leur équité à leur intérêt et à 
leur courage, se permettent tout contre lui ! 



— 121 — 

Quoi qu'il en soit, voilà comment s'évanouit cette fantas- 
magorie misérable, ce puéril épouvantail d'une décla- 
ration d'irréconciliable antagonisme faite par le Pape à la 
société moderne. 



— 122 — 



VI 



LIBERTÉ DES CULTES 



Soit, dites-vous encore : mais au moins la liberté de 
conscience, la liberté des cultes, nierez-vous que TEncy- 
clique la condamne? 

Ici encore, expliquez-vous donc! Car il y a de par la 
France et de par le monde d'étranges manières d'entendre 
ces libertés. 

Faut-il le redire pour la centième fois ? ce que l'Église, ce 
que le Pape condamnent, c'est l'indifférenlisme religieux : 
autrement dit l'indifférence en matière de religion , cette 
absurdité, plus absurde pçut-êlre encore qu'elle n'est im- 
pie , qu'on nous répète aujourd'hui de tous côtés, sur tous 
les tons, savoir que la Religion, Dieu, l'âme, la vérité, la 
verlu, l'Evangile ou l'Alcoran, Boudha ou Jésus-Christ, le 
vrai et le faux, le bien et le mal, tout cela est égal. Et 
pour justifier de telles aberrations, on a été jusqu'à dire 
que c'est lliomme qui fait la vérité de ce qu'il croit et la 
sainteté de ce quHl adore. 

Voilà ce qu'on voudrait que le Pape trouvât bon, et les 
impiétés avec lesquelles on lui demande ainsi qu'à nous de 
se réconcilier, 

• Mais non, éternellement non ': Dieu, l'âme, la verlu, la 
vérité, la vie future, la distinction du bien et du mal, Je- 



— 123 — 

SQS-Ghml et l'Évangile, ne seront jamais pour nous choses 
indifférentes. 

Mais, repousser oei insensé et coupable indifférentisme 
et les conséquences de licence absolue qui en découlent, 
est-ce repousser la tolérance pour les personnes et la li- 
berté civile des cultes? On ne Ta jamais dit, et tous les 
théologiens disent le contraire. 

£n fait, jamais les Papes n'ont entendu condamner les 
gouvernements qui ont cru devoir, selon la nécessité des 
temps, écrire dans leurs constitutions cette tolérance, cette 
liberté. Que dis-je? le Pape lui-même la pratique à Rome. 
« C'est Terreur qui est un mal, et non pas la loi qui, dans 
une bonne intention, tolère Terreur.*» Voilà ce que je lis 
dans un livre imprimé récemment à Rome sous les yeux de 
VIndex. 

£t c'est ce que Pie IX voulait bien me dire lui-même 
Thiver dernier : « Les juifs et les protestants , me disait-il, 
« sont libres et tranquilles chez moi. Les juifs ont leur 
« synagogue dans le ghetto^ et les protestants leur temple 
« à la Porte du peuple. » 

M. Sàuzet a pu dire avec vérité : « Rome fut de tout temps 
« le refuge des juifs, et ils la nommèrent eux-mêmes leur 
« paradis, au moyen âge, alors que les barbaries de Tigno- 
« rance les persécutaient impitoyablement par toute TËu- 
« rope(l). » 

Faut-il rappeler que Pie IX a donné le marbre pour la 
statue de Washington, et envoyé des aumônes aux protes- 
tants inondés des Pays-Bas, aux schismatiques ruinés par le 

<i) « Ce peuple a, dans Rome même, un quartier ob il peut forcer les 
« propriétaires des maisons k le recevoir, et cependant il a la liberté 



— 1-24 — 

iremblement de terre de Gorinthe en même temps qu*aux 
catholiques irlandais? 

« On sait, dit à cette occasion M. Sauzet, que le cœur de 
« Pie IX n'est pas moins paternel pour ses enfants égarés 
« que pour ses enfants fidèles; on peut dire avec vérité 
« qu'il porte ses secours partout où il voit la misère, et 
« son admiration partout où il rencontre la grandeur. » 

Mais tout ceci, c'est la tradition pontificale. Est-ce que 
Pie VII n'a pas reçu en personne le serment prêté par Na- 
poléon au jour de son sacre, et ce serment ne contenait-il 
pas l'engagement formel de respecter et de faire respecter 
la liberté des cultes? 

Ce qui s'est passé alors est mémorable, etiien fait pour 
éclairer sur ce point les hommes sincères. 

Cette formule de serment inquiéta d'abord le vertueux 
pontife. N'impliquait-elle pasl'indifférentismeet la négation 
de l'autorité de l'Ëglise, et des droits imprescriptibles de la 
vérité? Voilà ce que le Pape, avec raison, voulut savoir. 
Le cardinal Consalvi demanda des explications. Le cardinal 
Fesch répondit que ces mots n'impliquaient nullement le 



« d'en sortir pour habiter le reste de la ville. » (M. Saazet, Rome devant 

VEurope.) 

' 11 y a déjà plus d'un siècle, en 1740, le président de Brosses, savant 

spirituel et sans gène avec TËglise, écrivait à ses amis : 

« La liberté de penser, en matière de religion, et quelquefois même 
•I de parler, est aussi grande à. Rome que dans aucune ville que je con- 
« naisse. Je n*ai entendu parler d'aucune aventure de gens mis h Tlnqui- 
• sition ou traités avec rigueur. » 

Tous les voyageurs russes, anglais, protestants, schismatiques, Tont 
éprouvé et réprouvent aujourd'hui encore, comme le président de Brosses, 
et parlcpt le mémo langage. 



— 125 — 

mauvais principe que redoutait le Pape, « mais la simple 
a tolérance civile et la garantie des individus. » Pie VU se 
déclara satisfait, Napoléon prêta ce serment devant le Pape, 
et fut sacré. 

Tant il est vrai que condamner l'indifférence en matière 
de religion, ce n'est pas condamner la liberté politique des 
cultes, et que condamner les doctrines, ce n'est pas frapper 
les personnes. 

Suit-il de laque l'Église doit proclamer l'irresponsabilité 
morale de l'erreur? 

Non ; et si elle le faisait, ce serait la philosophie elle- 
même, ce serait le simple et vulgaire bon sens, qui récla- • 
meraient. 

La distinction du vrai et du faux, et l'obligation morale 
de rechercher le vrai, de s'attacher au vrai, et de s'écarter 
du faux, est précisément ce qui constitue Tesprit et le devoir 
philosophique, aussi bien que l'esprit et le devoir religieux. 
En ce sens, la vraie religion est et doit être exclusive, ab- 
solue, ou bien elle n'est pas une vérité. 

Mais, en assurant ses droits et son rang suprême à la 
vérité, en la mettant, et l'élevant au-dessus de l'erreur, et 
en proclamant, pour tout homme, le devoir certain de la 
rechercher, et, après l'avoir trouvée, le devoir de s'y sou- 
mettre, les théologiens, convaincus que la liberté civile 
d'un culte, d'un culte dissident, n'implique pas l'adhésion 
aux croyances tolérées, et ne contredit point le dogme 
chrétien, redisent quand il le faut les célèbres paroles de 
Fénelon à Jacques II : « Accordez la tolérance civile, non 
en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant 
avec patience tout ce que pieu souffre, et en tâchant de ra- 
mener les hommes par une douce persuasion. » 



— 126 — 

Mais il y a des gens, qui allant bien au delà de ces pria* 
cipes, voudraient faire de la liberté illimitée des cultes 
Yidé^ universel, absolu et obligatoire de tout siècle, de 
toute nation, et voudraient imposer k tous, même au Pape 
et à rÉgUse, TaiMurGlne des intelligences et la multiplication 
des sectes, comme le metUeur état de société, comme le 
véritable optimisme religieux et sodaK 

Eh bien, non! Le Pape ne croit pas qu'un tel kléalsoit 
le meilleur, il y a pour iui et pour TÉglise un autre idéal, 
et il ne faut jamais leur demander de transformer en vérités 
absolues des nécessités relatives ; d'ériger des faits regret- 
. tables, des divisions malheureuses, mais tolérées, en prîn^ 
cipes dogmatiques. 

Non, ridéal du Pape et de l'Église, ce n'est pas Tanarcbie, 
c'est rharmonie des intelligences ; ce n'est pas la division, 
c'est Tunité des âmes. L'idéal de l'Église et du Pape, c'est 
l'admirable parole de Jésus-Christ: c Qu'iu soient un! 
« Unum sint! Un seul troupeau 1 un seul Pasteur. Unum 
« oviLE ! uNus PASTOR. » L'unité des esprits par la vérité, 
et l'unité des cœurs par l'amour, voilà l'idéal du Pape et de 
l'Église. 

Et j'ose ajouter, à l'honneur de beaucoup de mes contem^ 
porains, que ces aspirations de l'Église sont partagées, 
même chez nos frères séparés , par les plus nobles esprits 
et par les plus grandes et meilleures âmes ! On est las de 
la division; on n'en voit sortir que la stérilité et la guerre! 
On est ias de cette anarchie, qui est le plus actif dissolvant 
de toute foi, de toute croyance religieuse, et aussi la cause 
de notre faiblesse et de noU« impuissance, pour ramener à 
la vérité, à la vertu, à la civilisation chrétienne, tant de 
nations encore idolâtres. 



— 127 — 

Ah! si cet indiflferentisme religieux était proclamé en 
pnodpe, toute flamme de charité et de zèle s^èteindrait 
giacée dans les cœurs; yous n'auriez pas un seul mission- 
naire, plus un seul apôtre sur la terre! Ne le sentez- vous 
pas? Mais aussi quelle ne serait pas notre puissance, si 
nous étions tous d'accord pour prêcher à ceux qui Hgno- 
rent la vérité évangélique! La moilié du genre humain 
reste ensevelie dans les ténèbres, parce que nous lui appor- 
tons un Évangile combattu, un Évangile divisé, dédiiré en 
morceaux ! Ah ! si TAngleterre, la France et la Russie 
étaient d'accord dans la vérité, et par suite dans la charité 
et dans le zèle de Tapostolat, TOrient, te monde entier chan- 
geraient de face. L'unité religieuse! vous dites que g'est le 
passé, et moi je vous réponds avec toutes les forces de mon 
âme que c'est Tavenir , parce que c'est le salut et l'honneur 
du monde! 

Voilà ce que je crois fermement, voilà ce que j'espère in- 
vinciblemotit ; et certes je ne m'étonne pas que le représen- 
tant incontestable de cette unité du passé et de cette unité 
de l'avenir continue à souhaiter, à demander à Dieu, au 
milieu des agitations du monde présent, qu'il n'y ait qu'une 
foi, un pasteur, un troupeau: unafides^ unum ovile^ unus 

poster. 
Il y a une parole que j'ai redite souvent à nos frères 

séparés, et à laquelle ils ne m'ont jamais répondu : Jésus- 
Christ est-il venu établir la division ? Non : donc la division 
ne vient pas de lui; et j'ajoute aujourd'hui: Donc le Pape, 
qui est son vicaire, ne peut trouver que la division soit ce 
qu'il y a de meilleur; donc il ne peut ériger en principe 
ce qui certes n'est pas le meilleur. Ce qui est le meilleur, 
ce qu'il désire, et s'il ne^ le désirait pas, vous seriez avec 



— 128 — 

raison sans estime pour lui, c'est que les juifs et les infidè- 
les se fassent chrétiens, c'est que les protestants se fassent 
catholiques. Et si le vœu d'un êvêque peut être exprimé, 
après le sentiment du Pape, je dirai que tous nous formons 
pour vous le vœu que formait autrefois saint Paul, lorsqu'il 
disait : « Je souhaite que vous soyez tous par la foi en 
« Jésus-Christ ce que je suis : opto vos taies esse qualis ego 
« sum. » 

Mais cela veut-il dire que notre foi, nous voulons-vous 
l'imposer par la violence et vous forcer à croire? Pas le 
moins du monde. 

Je réponds d'abord que c'est impossible. « La force peut- 
f ella persuader les hommes? peut-elle leur faire vouloir ce 
« qu'ils ne veulent pas ? » 

«Non, dit Fénelon. Nulle puissance humaine ne peut 
« forcer le retranchement impénétrable de la liberté du 
« cœur. » (Disc, pour le sacre de l'Électeur de Cologne.) 

Aussi telle ne fut pas la doctrine de nos maîtres dans le 
Christianisme, de ceux qui ont l'immortelle gloire d'avoir 
fondé et propagé la foi dans le monde. 

Le mahométisme a pu s'établir parle fer; le Christia- 
nisme s'est établi par la parole. 

Dans mon livre de la Souveraineté pontificale^ auquel 
Pie IX a daigné décerner des éloges tels qu'il ne me con- 
vient point de les redire, j'ai rappelé la tradition catholique 
sur ce point, j'ai cité les paroles des plus grands docteurs, 
des plus grands pontifes. 

.... a Ce n'est pas, dit saint Athanase, avec le glaive» 
« ce n'est pas avec l'aide des soldats et des javelots qu'on 
« proche la vérité, mais par la persuation et le conseil. Le 



-s 1Î9 — 

f p^opre de la religion n'est pas de contraindre, mais, de 
« persuader («).» 

Et Tertullien , ce dur génie : « Ce n'est pas snîvre la 
« religion, écrivait-il, que dMmposcr la religion; onTac- 
« ceple librement, on no la subit pas par violence; c'est à la 
f volonté, c'est au cœur que les victimes sont deman- 
« dêes (S). » 

Et saint Augustin, le grand converti, parlant aux hérè«- 
tiques de son temps : a Qu'ils sévissent contre vxms, disait- 
« il, ceux qui ne savent pas avec quel labeur on trouve la 
« vérité : pour moi qui n'ai pu, qu'après avoir été long- 
« temps et cruellement ballotté par l'erreur, contempler* 
« enfin la vraie lumière , il ne m*est pas possible de sévir 
« contre vous (3). » 

Saint Hilaire de Poitiers, en son nom et au nom de ses 
collègaes dans l'épiscopat, écrivait : « Si l'on voulait em- 
« ployer la violence pour servir la vraie foi, la doctrihe des' 
tf évoques s'y opposerait et tous diraient avec raison : Dieu 
« ne veut pas d'une confession forcée. C'est avec simplicité 
« qu'il faut chercher Dieu ; c'est par la droiture de la vo- 
« lonté qu'il faut s'attacher à lui (4). » 



_<t) Non enim glddiis aut teUs, non militttm manu. Tentas prœdic^tur, 
aed suasione et consilio; religionis proprium est non cogère, sed persua- 
dere. (S. Ath., ad solitarios.) 

(2) Non religionis est cogère religionem, quas spontô sascipî del)et, 
non yï, cum et bosti» ab animo Yolenti expostuUutnr. (Tùta. «it< par 
DuYoisin, Eisai sur la tolérance*) 

(3) nii in Yos sœTÎant qui nesciunt cum quo labore Ycrum inTcniatur... 
Ego autem, qui din multomque jactatus tandem reapieere potuîi Stttire * 
in Tos omnino non possum. (8. Ana., Contra Manich.) 

(4) Si ad fidem Teram istius modi vis adhiberetur, eplscopalia doof^a 

9 



— 130 — 

Cela veut-il dire que TËglise, i qui on dénie tout aujour- 
d'hui, n*a pas, comme toute société, son droit de défense^ sa 
diMcipUne, canonique aon autorité corrective? 

Que TEglise doit être ici bas comme si elle n'avait af- 
faire qu'à des anges? 

Que rÉglise doit demeurer absolument sans force pour 
se défendre elle-même et ses enfants contre les attaques de 
rinpiét^? 

Gela yeutril dire que l'autorité spirituelle n'aura pas 
nj^me lesi droits de l'autorité paternelle^ dont elle a les de- 
voini^ et qu'elle devra laisser corrompre impunément les 
esprits et les cœurs, la foi et la morale de ses enfants? 

Qu'elle n'aura pas ce que le plus humble des pères de 
famille a essentiellement, le droit, le devoir et Us moyens 
de pretéger ceux qu'il aime, contre les ennemis de la fa- 
mÂUe et coatreettXHnêmes, et de les empêcher de faire des 
fgliqsi 4e s'^arer, de se perdre? 

CQ^ veut-il dire que s'il y a eu dans le cours des siècles, 
Ott ^ue s'il y a encore quelques régions du monde, où la loi 
de l'Église est devenue, par suite de l'unité de foi et de l'ac- 
cord des volontés entre les citoyens, la loi civile même,, 
et où l'État s'est fait l'évêque extérieur et le protecteur 
des saints canons, cela veut-il dire que là l'Eglise et l'État 
ont agi sans droit? Car voilà tout le sens de cette proposi- 
tion 77« : ^tate hâc nostrâ non amplius expedit^ etc., si 
étranganent traduit par vous 1 

£st-Ge quetel n'a pas été l'état de grands pays de l'Europe 



olmMk porgeret, àketUq^i Deiu fion requirit coactam coQfessionew^ 
Simplicitote quœreiidas est, Tolaatatis prohitatc reUoendiis. <S, nii»., ad 
GmM., St. I, c. VL>, 



— 131 — 

pendant des siècles, qui ont eu leur gloire et que nous ne 
sommes pas sûrs d'égaler? Les fruits de la division sont-ils 
si doux? Est-ce que Tunité de religion dans un pays n'e^ 
pas un bien tel qu'on ne puisse faire légitimement des effoVts 
pour le conserver? 

L'état social où la loi religieuse avait pénétré dans la loi 
civile fut longtemps Tétat normal et général deVEurope; il 
subsiste encore à un certain degré dans les plus grands et 
les plus libres pays du monde. Est-ce que l'Angleterre n'a 
pas sa loi des dimanches, avec la sanction pénale renou^ 
velée tout récenjment par un vote du Parlement? Est-ce 
qu'elle n'a pas ses grands jours de jeûnes et de prières 
publiques?. Est-ce que les États-Unis ne présentent pas le 
même spectacle? Le président Lincoln, dans tout le cours 
de la guerre qui désole l'Amérique, n'a-t-il pas sans cesse 
ordonné des prières? 

. En Australie, n'avons-nous pas vu, il y a quelques an- 
nées à peine^ le Parlement, d'accord avec le gouvernement,, 
faire des lois contre l'émigration des Chinois, dont les su- 
perstitions et .les mœurs détestables venaient dépraver le 
pays? 

Est-ce qu'en France même la loi professe rindifrérence 
relrgieuse que vous voudriez imposer au Pape? Vous dites: 
que votre loi est athée, e'est faux; nous aonupues meilleure, 
que vous ne le dites , et la loi ne veut pas de votre 
athéisme. Vous êtes juré...^ qvie cela vous plaise ou noh, 
vous ferez serment devant Dieu, et même devant le Christ^ / 
Qft vous payerez IM)0 fr. d'amende. t 

Vious n'avez pas la foi chrétienne, dites-vous; n'importe, 
le dimanche, les tribunaux vaqueront, malgré vos dires, et' 



- 133 - 

on ne tcra pas un protol ce jour-là; et toulc TKuropç 
conlinuera à faire ses iraitôs au nom de la sainte Tri- 

!îiU'\ 

No«, non, nous n'avons pas besoin de cesser d'être clicé-. 
liens pour être de bons citoyens; nous n'avoûs riisu de 
sérieux ^ désavouer dans le passé, rien à craindre dans 
Pavenir : nous serons de notre temps, mais nous ne désa- 
vouerons pas les grands siècles chrétiens. Quoi ! vous voulez 
que le Pape désavoue la Chrétienté, cette admirable suite 
<rcfl"orts in^lés d'énergie et de sagesse, de courage et de 
douceur, qui a élevé par le concert des Papes et des évo- 
ques, des rois et des peuples, le plus beau monument 
social connu parmi les hommes, c'est-à-dire l'Europe chré- 
lionne? Quoi! vous voulez que, dans l'avenir, si une mo- 
nnrcliie asiatique ou une république américaine vient con- 
vier un Pape h faire entrer le Christianisme dans sa 
législation et dans ses mœurs, le Pape se condamne à ré- 
'pondre : « J'en suis bien fâché, mais hier, pour satisfiai're 
'un certain nombre d'ilnïiens et de Frajiçais, j*ai pris des* 
(engagements qui me lient lojs mains; j'ai formulé ou laisse 
formuler en mon nom des principeis qui mMnterdisent de 
m'associer à votre œuvre. J'ai môme déclaré qu'il était 
ntfcessaire que le Christiaiiisme n*entrât plus dans laCaifô- 
titution d'aucun pays chrétiens! Civilisez, moralisez, chriÈ»*' 
Uanisez vos peuples comme vous pourrez, cela n& me 
regarde plus! » ' . • 

Mais cela veutril dire que, les circonstances ayant eliangé,. 
!6 droit public venant à changer aussi, les cathoBques 
manqueraient h l'Église et à Dieu en acceptant sîncèï^fi»eiit^ 
sans arrière-pensée, la constitution de leur pays et la liberté 
civile des cultes qu'elle autorise? ou bien que si nous par-; 



— 133 — 

Ions de la libciné, quand nous sommes faibles, c'esl pour ta 
refuser aux autres quand nous serons forts? 

Do toutes les accusations qu'on a coutume de lancer 
contre nous, celle-lu ufa toujours paru, je Tavotte, la 
plus insupportable, parce qu'elle atteint noire loyauté 
lucnic, et notre honneur. 

Quoi donc ! nous qui défendons riiiviolabililé des ser- 
ments, on ne pourra pas se lier ù noire parole et à nos 
engag<>ments! et parmi les condamnations annexées à 
FEncyclique, la soixante-quatrième venge la sainteté du 
serment des prétextes mensonjjers du salut piîblic ; «H cette 
condamnation vient encore prêter uue nouvelle force, .Vil 
est besoin, aux paroles données par les catlioli(|ue.s. Fus* 
^dis-nous cent fois les plus forts, nous serons fidMes à 
nos promesses, toujours nous tiendrons nos seiTiieuts (I)! 

En dehors môme des engagemenls p;*is, la poinciision 

(1) Et pour que nos adversaires cosscni enlin tl'cicver kU.% «ïouJc» inj»»- 
rieux sur les seiitiuieius des catlioliques k cet endroit, je les pnmai de 
vouloir bien Ure ces paroles imprimécK sous les ycox oiciuo du Pape» 
par une Revue romaine la Civîlta catlolica. 

Dans un écrit intitule : Catéchisme de la liberté^ la Cîoilta se fuit poser, 
par un adversaire incrédule, Tobjct suivante : 

• Si vous acceptez les lois de tolcrance envers le mat par pure rdsi- 
« gnation, vous et votre parti serez pn)is & les abroger dès que les ca- 
« tholiqucs parviendront au pouvoir; c'est pourqnoi LiberliM vous fou 
■ la guen-e. n ' * 

£i le journal romain répond : ■"* 

• Je }c.H plains; car ils ne coutiulsseni pas la loyauté des eaUjolt4|ike< 

• S'ils say aient combieu ces derniers se craicul obligés par les couvQn- 
1 t nns, iU comprendraient qu'une fois la toltvanee accordiîo ctconve la»^^ 
- janvtis les cathuliqurs ne seront le» pieiniors à en rompre rengu}»Cinc:U... 

• Tant que leurs cojteilQyeAs nû détruire; ni pus le pacte Icn ptemicrs, U 



— 134 — 

suffit pour que la liberté des cultes doive être respectéei- 
C'est ce que je lis dans un livre imprimé récemment à Rome 
et assez connu. 

/ Et c'est après tout cela que vous venez nous parler de 
la Saiat-Barthélemy et encore de Tinquisition espagnole, 
dont les Papes se sont eux-mêmes plaint tant de fois! 

. Pour ma part je i?c connais içuère de plus grands dpc- 
teurs d'intolérance, de plus curieux distributeurs d'ana^ 
thùmes que ces messieurs : ils nous accusent d'imposer 
aux consciences notre Credo^ mais remar- quez-vous de 
<2;uel toi^ impérieux ils entendent nous imposer le leur. Qui 
4one ^es^t ici l'inquisiteur, et qui veuiron mener au Mk 
i*er? 

,, ].es inquisiteurs^» ce sont ces précepteurs du monde m^ 
d^rne, si divisés enir;e eux, mais .d'acccord «ur [ce seul 
point, qu'il faut accuser, calomnier, condanu^r toujours 
les catholiques. Je souris, quand j'entends dire que Ter- 
reur est j)ersécutée ici-bas. Je la vois triomphante, tandis 
qu0 la vérité souffre .partout violence. Le Pape se borne 
à des avertissements, et il ne s'adresse qu'à ses fidèles. Ces 

« loyauté catholique persistera, par cette raison qu'il ne faut pas faire 
« le mal pour qu'il en résulte le bien. » 
^ L'adtersaire rgpond : 

„<f Ah t ceistea, s'il «a e&t ainsi, le&^di»Hdent» ne «oot.pM ionééê kêu^ 
« pecterles catholiques etli en discréditer la loyauté. » 

Et la Cmlta : 
'4 £h bien f moins encore à |)ariir de là, pour persécuter au jour dutriom- 
«'phe'lc éatboll^ue «pprîmë» sous prétexte que cehii-ci fera de même au 
«'jour de la rcTàncbe C). • 

^ (7 Civl/ra ^miiM, awio X, série IV, vol. IV, p. «M, «35. 



— Î35 — 

messieurs fulminent des anathëmes et ils prétendent faire 
la loi à tout le genre humain. 

Au nom de leur Credo mal dëûni, ils décrètent, en 
Italie, la révolution ; en Ilaiice , en Belgique, en Autri- 
che et ailleurs, l'exclusion, l'oppression. Ou chrétien, ou 
citoyen, ils exigent que Ton choisisse entre ces deux pre- 
miers biens de l'homme, au lieu de les embrasser tous 
les deux. Ils prétendent nous arracher à nos serments ou 
à nos croyances, et ils ont inventé ce nouveau moyen de 
torturer la conscience des honnêtes gens. 

Àh ! l^glise est toujours la vraie mère qui ne veut pas 
que Ton coupe en deux ses enfants. Inflexible sut lés 
principes , indulgente envers les hommes, elle permet, que 
dis-je ? elle recommande à chaque homme de demeurer 
loyalement soumis à ses obligations de citoyen et aux légi- 
times constitutions de son pays. 



136 - 



▼II 



LA LIBERTÉ POLITIQUE. 



Mais, me dit*on encore, le Pape empiète sur un domaine 
qui lui, est. interdit; il sort de son spirituel; il (ait. d^ la 
politique. Et moi je vous réponds : Politiques & bien courtes 
vues sont ceux qui ne savent pas que ia politique, d^ns 
ses fondements et dans ses sommets^ confine à la morale^et 
que c'est le droit, la mission et Tlionncur du Pape d'ép 
clairer les consciences, de proclamer le devoir à la face d^ 
peuples et des souverains, d'élever la voix dans le monde 
pour la vérité et pour la justice! 

Il fait de la politique : mais est-ce pour ébranler les so- 
ciétés ou pour les affermir sur leurs bases ? 

Il condamne la violence brutale du fait et Tiniquité triom- 
phante. 11 défend Tinviolabilité du droit et de la justice; 
rinviolabilité du serment. Il maintient le respect du pou- 
voir; et ces principes tutélaiies en dehors desquels il n*; a 
point de paix et de sécurité pour aucun pays. 

Il condamne le droit à Témeute, )a souveraineté du but, 
et ces doctrines insensées qui sont vos périls, h vous, so- 
ciétés modernes, et qui font qu'un peuple n'est jamais sûr 
du lendemain. 

A qui ferez-vous donc croire, parce que le Pape con- 
damne la violence brutale du nombre, et ne veut pas qu'on 



réduise tout le droit à un pur fait de majorité quelconque, 
qu'il condamne les constitutions fondées sur le suffrage 
universel? Non. Le Pape, de sa vQix souveraiae, proclame 
et revêt de Tautoritë la plus haute, la grande v6i*ité sociale 
et morale, que des sophistes comme J.-J. Rousseau ont pu 
mcconnatire, mais que les sages de tous les temps ont sa- 
luée : le nombre seul ne fait pas le droit. 

Est-ce que les plus effroyables tyrannies n'ont pas été 
exercées souvent sur la terre au nom des majorités ? Et 
j^iï y. a le despotisme des souverains, n'y a*t-il pas. aussi 
Je.dei^potliime plus tyrannique et pins crael quelquefois 
des assemblées ? 

Est-H^e qu'on ne peut pas fausser des comices comme 
tout le reste, et ne s'est-il jamais vu. dans le monde de 
tristes comédies jouées au nom du suffrage universel? 

IHtais y a-t-il rôeUeuient, je vous le demande, une focmie 
quelconque de gouvernement que rEglisç repoujsse? 

Non, 1 E^jlise est catholique, c'est-à-dire de tous les temps 
et de tous h:s lieux. Et elle ne demande qu'une chose : rem* 
plir sa mission, et vivre en paix avec tous les. gouverne- 
ments du moude. C'est pourquoi, méconnaissant sa pensée 
sur ce point comme sur tant d'auti*es, on nous fait ici de§ 
reprochas si cpntradictoires, et tour à tour on nous accusç 
tantôt d'ôU'e incompatibles avec les gouvernements, et 
tantôt d'être complices do tous les pouvoirs. 

La vérité est (lue l'Bglisp n'est inféodée, par sa naturOi 
à aucune tbruic de gouvernement, et les accepte tops, 
jjoyryu qu'ils t oie ti.l justes; ce qui ne veut pas dire assu- 
rément qu'elle voit avec indifférence les peuples bien ou 
joal gouvernés, et qu'elle interdit à ses enfants le pa- 
triotisme. 



Mars tons les gouvernements ont des formes c^tin- 
géantes : et TEglise ne s'inféode à aucan, parce qu'elle est 
éternelle et universelle. 

Tous les gouvernements sont relatife et imparfaits. H 
y a longtemps qne Ton dispute parmi les bommes sur 
la meilleure forme de gouvernement, et vous pouvez relire 
dans Hérodote déjà de curieuses discussions 6«r les avan^ 
tages et les ineonv^ients re^ectifs des démocraties, des 
oligarchies ou des^monarchies. L'Eglise habite une région 
supérieure à €e$ discussions: républiques, monardiies^, 
empires, elle n'entre pas dans ces questions; toutes ces 
diverses formes politiques sont laissées au libre ehok 
de ses enfants; j'ose dire ^u'il n^'y a pas à cet égard d^s- 
prit plus libéral que le sien. 

£t c'est ce qta rend si admirable cette unité supérieure 
des Ames qu'elle a su créer dans la plus entière liberté, 
par-dessus toutes les divisions et toutes les disputes hv- 
maînes, l'unité toute moraie des croyances. Soyez de 
toutes les formes politiques que vous voudrez, de tous les 
pays et de tous les régimes sociaux que vous voudrez, Tu- 
nitè catholique vous reste ouverte. Il y a depuis dix-huît 
siècles, le spectacle de cette grande unité dans le monde. 
Cest divin. Mais que cette large tolérance de l'Eglise Toblî- 
ge à consacrer les abus, à interdire les progrès véritables 
et les améliorations nécessaires dans ces choses éminem- 
ment perfectibles, c^est une puérilité de le penser. 

Comment donc, avec un esprit aussi libéral, une cons- 
titution aussi large, TEgUse serait-elle Tennemie de la li- 
berté politique? 

Parlez-vous de liberté iHîmîtée? Mais où et quand avez- 
vous rencontré dans l'histoire cette chimère ? 



— 139 — 

Où en ète&*voii6 vDusHnéines en fait de liberté ? Souffrez 
que je vous le demande. 

Pour moi, j'ai liorreur des révolutions Tiolentes, etrètude 
que j'ea ai faite a saisi mon âme jusque dans ses-profon- 
-deurs. £i toutefois, je le dis hautement, je su» de ceux qui 
ont eonfiaaoe dans les libertés civiles et politiqnts, et de 
, ceux qui en espèrent le progrès pacifique dans mon pay|. 
Je suis de oeux qui tentent loyalement cette expérience la>- 
borieuse, péril et gloire du xnc* siècle. Mais soyons modes- 
tes! £st>«e que cette expérience est terminée? Ëst-K^e qu'elle 
a réussi? Je compte dans ma vie dix révolutions, et dans 
mon diocèse au n^oins srx partis opposés. On lit tous les 
leurs dansles journatmc que la moindre liberté est un pè- 
rlL Le plus fort des gouveniements, sur le territoire le plus 
unitaire, ne laisse pas s*assembleâr vingt citoyens, ni se 
concerter trois évéques, ni se fonder sans difficultés une 
école de petits enfants, ni passer entre les lèvres d'un prê- 
tre la bulle d'un Pape. Nous en sommes là, soixante-seize 
ans après 89, et les fameux principes de cette annéB-*Ià sont 
toujours , sous bien des rappoils, à Tétat dldéal encensé, 
mais inapi^qné. 

Vou^mémes, avocats bruyants de la Hbertë, dans quels 
étranges oublis de la liberté tombez*-vous sans cesse, en ce 
qui nous rogarde ? Si quelques Citoyens s^as^eniblent pour 
^'occuper d'opérations électorales, et tombent 'sous le coup 
de la loi qui interdit les i^éunions de plus de Vingt person- 
nes, nous cathotiques, nous gémissens de cette dftfaîllaiice 
de la liberté. Vous, si on nous frappe, si on nous prescrit 
le silence, si on nous condamne en conseil d'État, les bles- 
sures de la liberté en nos'^ersonnesne vous toncbent guère, 
et on surprend quelquefois vos applaudissements. Je pour- 



— 140 — 

l'ajs vou$ dire ici en dàlail toutes ios mesures peu Jibèrales 
que vous avez demandées ou approuvées contre nous.yx)i)À 
OÙ vous en â(es vous-mâmos^ en fait de liliëralismc. 

Puis, vous vous étonnez que le Pape, attaqué, bafoué, 
meuacè chaque jour au nom de la liberté, se retourne con- 
tre ce,mot à double entente. ¥X saint Pierre, son immortel 
.prédécesseur, ne stigmatisait-il pas déjà cette fausse liberté, 
-qo^il appelait velameti malitmi Vous vpus étonner que*, 
voyant remuer la terre sous vos expériences, il ^e défie en- 
:Cpre, et vous vous écriez : « Non, ses principes sont incc»»- 
.patibles. avec les noires, ils sont inapplicables... » Esir-oe 
.qae les vôtres sont appliqués Î.Ëst^ce que vous proclamez 
Autire clM>se qu'un idéal dans les nuages? Est-ce que vous 
n'êtes pas forcés» fiers philosophes, d'accepter ladisllno- 
lion qui vous choque si fort chez les théologiens, la dis- 
tinction entre la thèse et rhypothèse, la théorie et Tappli- 
calionl 

Et aux chrétiens et k tous les hommes jsagcs et non pré^ 
venus, je dirai : 

Phappelcz-vous que Celui qui parle est le vicaine de Dieu 
sur la terre, respectez môme ce qui vous embarrasse, con*- 
sultczlea évoques et non les journaux, eii vous soumettant 
de cœur et avi^c respect à œ que dit le. SaiiU-Père, rappe^ 
Ivz-v^MS aw5 recounaissance ce qu'il ne dit pas. 
, Jll ne dit p9S qu'il a, lui aussi, essaye, le premier, do do»)- 
.ner la liJ>er^ &M peuple qu'il gouverne. > 

ll^i^e dit pas qu'lLa béni les efforts de ses cnCaats, qui^se 

.sont ^v\'n de la tribune et de la prcjssç pour oiHnnir la ii<- 

Jberic religicçise et oiUraiiaT U France ù la déftîiwîe du 8«nth 

Siège. (ait>fsde Pie IX ù M.de FaUonx et à M. de Moiita- 

J0ml?wrt.) , 



- 141 - 

Il ne dit pas qu'il a bimi O'Conncl! , béni le père de Ra- 
\ignaii et le père Lacorâaire« qui ont fait rentrer les ordres 
religieux en France, en invoquant les droits de ïa liberté et 
du citoyen , qu'il a béni Tlrlande, consolé la Pologne. 

U ne dit pais qu'il a ressuscité TÉglise d'Angleterre et 
l'Église de Hollande, et fondé plus de vingt diocèses aux 
Etats-Unis et dans les missions lointaines, établissant lu 
biérarchie catholique au sein et sous la protection des li- 
bertés publiques. 

Il ne dit pas qu'il a toujours considéré parmi ses meil- 
leurs serviteurs les écrivains , les députés, les orateurs de 
la France, de la Belgique, de l'Espagne, de l'Ilalie, de 
l'Allemagne, qui ont loyalement tenu les serments loyale- 
ment prêles aux constitutions de leurs pays : Félix de Mé- 
rode, Charles de Montalembcrl, Alfred de Falloux, François 
de Corcelle, de Carné, Ozanam, CIi. Lenormant, de Vaii- 
mesnii, Cauchy, de Champagny, Donoso Cortés, Daniel 
O'Connell, de Theux, Albert de Broglie, Dechamps, Paul 
Sauzet, de Riancey, Augustin Cochin, Anatole Lemercier, 
Armand de Melun , Keller, et tant d'autres , sans parler 
d'un Berryer, invincible jusqu'à la fln, d'un Brignole défen- 
dant sans relâche l'Église au parlement piémontais, ou d'un 
Talbol, ou d'un Norfolk, sans parler encore de ce coura- 
geux ministre assassiné à ses pieds, Rossi 1 

Il ne dit pas que, toujours généreux, et toujours indul- 
gent autant qu'inflexible, il aime du cœur le plus tendre 
l'Italie, et ne souffre pas qu'on lui parle de se réconcilier 
avec elle parce qu'il sait bien qu'il n'a jamais cessé de 
l'aimer. 

C'en est assez! Puisque vous n'avez pas, chrétiens, la 
libre parole de vos évoques pour vous aidcî* h comprendre 



- 142 — 

la parole pontificale, je vous adjure au moins d'interpréter 
le langage du Saint-Siège, comme il convient, par la con- 
duite même de Pie IX. 

En acceplanl ses paroles, imitez ses actes et dissipes 
ainsi les vains fantômes que des exagérations calculées 
voudraient rassembler et agiter autour de vos âmes. 



CONCLUSION 



CONCLUSION. 



Sursum corda. 



Je ne terminerai jpas sans répondre à la hâte à d*autrcs 
illusions que celles des diplomates et des journalistes. 

J*entends chaque jour des adversaires s'écrier : Quand 
le pouvoir temporel sera tombé, le Catholicisme n'en aura 
pas pour longtemps. 

Et il est des catholiques qui s'écrient au contraire : C'est 
une crise terrible, mais heureuse, et ils se félicitent, disant 
que Dieu saura tirer le bien du mal. 

11 faut convenir que les apparences favorisent la crimi- 
nelle illusion des premiers. 

Deux guerres sont en ce moment déclarées à l'Eglise 
* catholique, et elles ont leur quartier général, l'une en Italie, 
l'autre en France. 

L'une, principalement politique, a pour but d'enlever au 
chef visible de l'Eglise son piédestal terrestre et son indé- 
pendance. 

L'autre, toute doctrinale, a la prétention d'enlever au 



— 146 — 

Chef invisible, au Divin Fondateur de TEglise, sa Divinité, 
et jusqu'à sa réalité historique. 

Ces deux guerres ont à leur service la plus redoutable 
des armes contemporaines, la presse. 

En France, dans les villages que j'évangélise, l'Eglise a 
les femmes et les vieillards, Técole a les enfants qu'elle 
conduit aussi à l'Église; le journal et le cabaret possèdent 
les hommes et les- jeunes gens. On vient à l'église une 
heure ou deux une fois par semaine^ On va à l'école et par 
récole à l'église, de huit à onze ans. Tout le reste de la 
vie est dévoré par les nécessités matérielles, et le pauvre 
petit quart-d'heure, le pauvre petit degré d'attention que 
l'homme peut réserver chaque jour aux intérêts généraux, 
est absorbé par un journaliste, qui écrit de la capitale^ 
centre des lumières, et qui répète à son leeten*, sur tous les 
tons : « Le Pape est on tyran, te prêtre est un fourbe, Jésus 
« est une légende. » 

Et telle est la législation et la direction de la presse dans 
notre pays, que l'attaque contre la relif^ion est permise à 
dix ou quinze journaux et revues des plus rè|nndu9f an- 
ciens ou nouvetlement aatCHnséA (4.)^ ^ne dient jaiati&ce 
que les catholiques font de bien, et n^ottblieAt jamais ce 
que quelques-uns d^entre eirx font de mal ou d'imprudent, 
tandis que la défense de la religioii reste abandonnée k 
deux ou trois journaux rendus ftuapect», et sans qu'aïuain 
défenseur nouveau ait pu par?«nir à se faire autoriser. 

Il semble que plusieurs veuillent faire de ki religion 
comme un rempart exposé, aux coups pour préserver la 

(1) J'indique ici, telle qu*elle se présente k ma mémoire et sauf quel- 
Cjuss erreurs involontaires, la nomenclature des principaux journaux fran- 



— 147 « 

politique. Il semble qu'il ait paru prudent de déchaîner les 
attaques contre le seul maître que Ton ne peut détrôner. 
C'est une grande et périlleuse aberration. 
C On parle beaucoup de léformes dans les écoles, on exa- 
gère l'influence de la chaire, on croil à l'action du gouver- 
nement sur les esprits. Quel ascendant, est comparable à 
celui que j'indique? Faites donc sonner l'ito^itt» dans- ui» 
village, où le cabaret lit le Siècle et ïQpinion naUonaiê^ 



çais, sans parler des journaux anglais, italiens, allemands, presque tous 
si hostiles k l'Église: 

!• Journaux antérieurs à l'Empire : 

Contre l'Église : Débats, Siècle, Presse, Patrie, Constitutionnel, Re^ 

vue des Deux-Mondes. 
Potm : Union , Gazette, Uiriren, Journal des Villes et Campagnes» 

Correspondante 

2"* Journaux autoriiét depuis VEmpire : 

Contre: Opinion nationale. Temps, Nation, Globe, Esprit public. 
Avenir national. Revues de Purîs, Germanique, Française, 
Nationale. 

Pour: La France I 

3* Journaux frappés depuis VEmpire^ à cause des discussions religieuses : 

Contre : Aucun. 
Pour : Tous. 

Notamment, la Gazette de Lyon a été supprimée, l'Ami de la Religion 
a été transformé au moment où paraissait la France ; l'Univers a perdu 
son nom et son chef; l'Utiion de l'Ouest et le Journal de Rennes ont été 
suspendus ; le Journal des Villes et Campagnes , qui paratt qnatte fol»' 
par semaine, n'obtient pas de paraître sept fois, au moment même eii 
l'Avenir national est autorisé. 

Je suis sûr que ces détails cruels sont ignorés de l'Empereur ! 



— 148 

la Vie de Jéêus^ et vous verrez combien de lecteurs se ren- 
dent au sou de la cloche solitaire ! 

Ce n'est pas tout 

Nous n'avons pas seulement contre nous la presse, nous 
avons contre nous la loi. 

Nous souffrons, comme tous les citoyens, et plus qu'enx, 
puisque notre rôle est de réunir les hommes, de propager 
les doctrines, et de fonder des institutions; nous souffrons 
de toutes les entraves mises à la liberté de réunion, d'en- 
seignement, de publication, de transmission, d'association. 

Mais de plus, aucun des anneaux des anciennes chaînes 
forgées contre nous par l'intolérance des rois et celle des 
peuples, n'a été usé par le temps ou brisé par la justice. 
On appelle comme d'abus contre nous, comme au temps 
des tracasseries gallicanes; on suspecte nos habits, comme 
au temps de la proscription, nos maisons, comme au temps 
de la confiscation. 

L'alliance de l'injustice et du préjugé se relâche et 
semble se dissoudre, quand de grandes calamités forcent 
à tendre les bras vers nous. Elle se reforme, se fortifie et se 
venge, quand le vent de l'impiété se lève et quand tourne la 
roue de la fortune ! 

Nous avons contre nous la presse et la loi, nous avons 
contre nous aussi les mœurs. 

La mode est au plaisir, la mode est à l'argent, et je ne 
dis que la vérité, en constatant que dans ce moment, je ne 
veux pas en chercher la cause, les mœurs baissent et la 
vertu souffre. 

Or, dès que le vice triomphe, la foi est attaquée, cela est 
d'expérience. 11 y a comme un secret courroux du mal 



— 149 — 

contre le bien qui s'exhale alors ouvertement, et au fond 
des mouvements désordonnés de Thomme on sent toujours 
qu'il est un esprit, car on retrouve la logique. Avares ! vous 
accusez la religion, parce qu'elle vous accuse. Libertins! 
vous condamnez la foi, parce qu'elle vous condamne! Je ne 
m'y trompe pas. Lorsque je m'arrête à regarder la boutique 
d'un libraire, si je vois s'étaler le scandale éhonté, je suis 
sûr de trouver à côté l'incrédulité haineuse. C'est le crime 
qui maudit la justice, c'est l'immoralité qui, pour mieux se 
satisfaire, cherche à déshonorer la morale. 

Les mauvaises mœurs ne vont jamais sans les mauvaises 
maximes, les travers de la conduite sans les erreurs de la 
raison. Et Terreur (on neseméprendra'pas sur mes paroles) 
est plus dangereuse que le péché. Le péché appelle le re-, 
pentir, l'erreur l'exclut. Celui qui tombe et sait qu'il tombe 
peut se relever ; malheur à celui qui embellit les chutes 
et les justifie en s'écriant: S'enrichir et s'amuser, n'est-ce 
pas la vie ? 

Les richesses et les jouissances, cherchées et servies, ce 
sont les deux degrés d'un abîme , où , je le dis à regret, 
une partie de la société française, européenne même, a 
mis depuis quelques années les deux pieds. Comment 
s'étonner qu'elle n'aime plus Jésus-Christ, puisqu'il était 
humble, puisqu'il était pauvre^ puisqu'il était chaste? 

J'ajouterai que nous avons contre nous la faiblesse de 
notre situation. A peine l'Église de France se relevait de 
l'échafaud et de la proscription, que les orages se sont dé- 
chaînés contre elle. Un clergé pauvre, humilié, dispersé, 
recruté péniblement, se voit en butte à des forces ennemies 
que tout contribue à accroître. Pour nous, pas de justice, 
pas de pitié, si nous venons à trébucher sur ce sentier ter- 



— 150 — 

ible où il nous faut marcher pendant la tempèle et comme 
sous les avalanches. 

Eh bien ! malgré les redoutables agressions de la presse, 
malgré les déplorables entraves de la loi, malgré la 
croissante dépravation des mœurs, malgré nos imperfec- 
tions et notre faiblesse, j'ose affirmer que le christianisme 
n'est pas en périL 

Soldat engagé dans ces deux effroyables guerres âécla- 
rëes. Tune à TËglise, ma mère, Tautre à Jésus-Christ, mon 
Dieu, j'ose dire que ni Tune ni l'autre ne prévaudra contre 
nous, et la saccmde surtout prépare des dédommagements 
à la première. 

U se peut, hélas! que le pouvoir temporel dix fois sécu- 
laire de la Papauté succombe un momeat. Quel pouvoir 
humain aurait si longtemps résisté .à de si formidables 
attaques ! Que se passera-.t-il alors? An croix que tout «ara 
fini: tout commencera. 

L'embarras sera pour les puissances de la terre. Le -Chef 
des chrétiens, moins embarrassé que les témoins indiffé- 
rents ou triomphants de sa chute, proavfira au monde une 
fois de plus que TËglise s'accommode de tous lesïrëgimes, 
même de la persécution. 

Mais pendant ce temps, autour de Jésus direotanent 
attaqué, se réveillent la science, le zèle, la consdenûeu 
Pour arriver jusqu'à son cœur divin , il lajot iravftger les 
terres des philosophes spiritualistes^ ]nier Dieu, Vùmt^ 
nier la Providence, nier la distinction duihlen et du mal 
éteindre les derniers rayons de la lumièse, et reJaire 
nuit. Les vrais philosophes nous reviennent. >0a «fit .tout 
étonné que ce grand nom de Jésus .tienne si .fort auiL en- 
trailles de l'histoire et de l'humanité.l . . ;. ] 



— 151 — 

Les voyageurs, apportant tous les jours de nouveaux 
récits sur létat où les deux tiers de Thumanité gémissent 
et languissent loin du Christ, accumulent comme un nou- 
veau trésor de preuves ;et de comparaisons sans ré^ilique. 

Les politiques aussi nous reviennent, et ceux qui, après 
une longue vie d'eJBpérience, jettent un regard sincère sur 
les flots montants de la démocratie, sentent bien que l'ave- 
nir va voir un mouvement, formidable, s'il n'est pas chré- 
tien ; et nous voyons tous les vieillards illustres qui com- 
posent le sénat de l'esprit humain, recommander, avant de 
mourir, à ce Jésus crucifié, non^seulement leur âme, mais 
leur patrie et leurs enfants. 

Et les artistes aussi je vois ceux qui conservent l'amour 
délicat et sublime d'un idéal de pureté, je les vois nous 
revenir tout meurtris et demander à la pierre de nos 
emples un coin où il leur soit donné de tracer autre chose 
que des rêves grossiers et de sensuelles images. L'indus- 
trie, oui, l'industrie elle-même nous revient, et à mesure 
que dans l'usine l'esprit de ftimille succède à l'esprit de 
spéculation inhumaine, le Crucifix rentre dans les ateliers, 
et au milieu des longs bâtiments symétriques s'élève l'Église 
et la maison des sœurs. Et je ne parle pas encore des âmes 
aimantes et des cœurs purs, des mères inquiètes eft des 
hommes désabusés, des héros généreux eft des orphefKns 
timides, qui se tournent vers nous, nous assaillent, nous 
nvironnent, demandant à l'Église le seul abri qui soit 
encore debout au milieu d'une société si dévastée, contre 
la tempête du doute, de Fabandon, du désespoir, de la 
tentation, de la mort. 

r,; Oui, je le répète, tm attaquant *èsus, «veugtes ennemis, 
vous avez prouvé encore une Ms ce qu'A vatft^et c^ qo.Ml 



— 152 — 

pèse dans les destinées humaines. Le lendemain d'un 
attentat contre le Souverain, la nation se confond et s'em- 
presse autour de lui; un coup de poignard manqué met 
tous les cœurs de son cdtë. Le lendemain d'un attentat 
contre le Souverain Maître du monde, la partie noble du 
genre humain se révolte et bondit en quelque sorte, impa- 
tiente et honteuse. Je suis prêtre, et ce que je vous dis là 
je le vois. 

Oui, je vois, à travers tant de persécutions, des retours 
plus que jamais nombreux, et j'en prévois de plus nom- 
breux encore pour un avenir qui touche au présent. 

L'Evangile nous raconte qu'après la mise au tombeau 
du Seigneur, Pierre dit à ses compagnons : c Je vais pê- 
cher. D C'était la nuit ; peu le suivirent; ils ne prirent rien. 
La fatigue et le découragement les saisit. Mais à peine l'au- 
rore avait-elle rougi les nuées, qu'ils virent sur le rivage, 
venant à eux, Jésus, qui était là, et leur dit : <r Jetez vos 
filets de ce côté, ayez confiance, ne vous lassez pas, » et 
l'un des apôtres s'écria : Dominus esL C'est lui, c'est le Sei- 
gneur ! 

Ne tremblons pas, allons pêcher, traversons la nuit, dé- 
tournons nos yeux de ce jour qui tombe pour les tourner 
vers la nouvelle aurore. Le Maître est là sur la rive, il nous 
attend, et la pêche, demain, sera miraculeuse. 

Ah! j'en demande bien pardon à ceux qui croient, en 
présence des attaques multipliées aujourd'hui contre la 
religion, que l'impiété a fait d'immenses progrès. Mon 
opinion est toute différente. Je me sens aujourd'hui plus 
tranquille, plus sûr du présent et de l'avenir que je ne 
l'étais il y a quarante ans. Je n'oublierai jamais les peines 
qui se pressaient alors dans mon âme : je venais de dire 



— 153 — 

ma première messe, et je sentais la terre trembler sous mes 
pieds. Sauf l'accueil très-bienveillant de quelques anciennes 
familles, je rencontrais partout un Iftche respect humain, 
une indifférence glaciale, je ne sais quel dédain de TEglise, 
de ses lois, de son autorité, je ne sais quelle défiance de 
mon ministère , que dans la jeunesse de mon ân^e et de 
mon sacerdoce, j'avais bien de la peine à comprendre. 

C'était très-dur, et il fallait élever bien haut son cœur 
pour retrouver la sérénité au-dessus d'un horizon chargé 
alors de nuages si épais. C'était en 4827, 4828, 4829. 

Puis vint le coup de foudre de 4830. L'impiété se crut 
un moment maîtresse. Mais Dieu avait d'autres desseins. 
Chose étrangQ, après le premier étonnement, on respira. 
Et depuis ce temps, nous avous toujours marché vers la 
lumière, et aujourd'hui , après quarante années de tris 
tesse, de luttes, et souvent aussi de victoires, bien que les 
temps soient mauvais, et qu'il faille regarder encore de près 
aux abîmes, aujourd'hui, il me paraît plus facile de s'élever 
dans la splendeur vraie du christianisme , d'agir sur les 
âmes dans un horizon libre et pur, dans ces grands espa- 
ces éclairés de Dieu où on est à l'aise avec tout adversaire. 

On sent que les grandes vérités et les grandes vertus 
chrétiennes retrouvent chaque jour leur pouvoir; on sent 
que l'œuvre divine se fait, et qu'on y attire enfin les hom- 
mes, parce qu'on s'y dégage plus facilement soi-même des 
craintes et des joies, des vues et des intentions humaines, 
dans l'incorruptibilité et la modération de Tesprit, dans 
la paix d'une action simple et forte, mesurée, désintéres- 
sée, indifférente au succès personnel, et qui permet d'être 
là pour tous l'homme de cœur dont parlait saint Paul : 
Cordis Homo. 



— 154 — 

Et «i }e ngsrde vvee «oin dans la mêlée, en voyant Par- 
denr et le dévoûment des uns, Texcltation et la farenr des 
autref», je me dis : Oertee il faut que la Religion soit rede- 
¥eniie une bien grande pufssance, pour susciter de telles 
liaîneg et de tels amours. Elle ne jouissait, iiy i^ quarante 
ans, que d^une tranquillité apparente, dont la révolution 
de Juillet montra vite l'illusion. Aujourd*lrai tout ce qui 
intéresse la religion, émeut les âmes. Pie VII, jouet de la 
force et du malheur, inspire à nos souvenirs plus d'admi- 
ration qu'il n'en inspirait aux contemporains de ma jeu- 
nesse; et voici qu'autour de Pie IX, depuis dix-sept an- 
nées, ki force, la ruse, la colore, la haine, la lâcheté la- 
mentent, se coalisent, s'agitent, tournent, approchent, 
s'éloignent, reviennent, sans que la fidélité se lasse et 
sans que l'usurpation ose avancer la main et porter le 
dernier coup ! 

S'il parle, en Angleterre, en France^ en Allemagne, en 
Russie, en Amérique, un frémissement universel répond, 
comme si une grande voix venait d'éclaler à la feis sur 
tous les sommets du monde. 

S'il se tait, on s'inquiète, op s^terroge, et ceux même 
qui ont trouvé tout simple de disposer de lui sans lui, ne 
se contentent pas tranquillement de son silence, et ils se 
demandent : Que pense-t-il donc? et pourquoi ne le dit-il 
pas? 

Ahl c^est que la vérité catholique a retrouvé son écho 
au fond de toutes les consciences : du fond de toutes tes 
âmes de ce temps, il s'élève une ques^on jusqu'à Jésus- 
Christ : on s'incline ou on se débat sous sa main divine. Il 
est] de ceux qu'on hait ou qu'on adore; on l'aime, ou an le 
déteste, mais on ne l'ignore plus ! Son nom est, comme 



-• 155 — 

disait autrefois saint Paul, ^u-dessus de tout nom : Super 
omne nomen^ et son Evangile est le premier besoin des 
âmes. Ennemis de Bieu, vous avez été, sans le vouloir, les 
auxiliaires de ses prédicateurs, et je* rends grâces à vos 
liaines, qui auraient proclamé, s'il avait eu besoin de l'être, 
et fait retentir le nom de mon maître, Jésus, Sauveur 
du monde. • 

Non, non, pauvres ennemis, puissances d'un moment, 
quand vous auriez abattu le trône du Pape, vous n'en au- 
riez pas fini avec l'Eglise, ni avec le Pape 1 

Mais vous, mes amis, fatigués et découragés, qui ouvrez 
les yeux dans la nuit, ne vous laissez niprendre par l'abat- 
tement, ni surprendre par l'illusion. Ne faites pas le mal, 
sous ce prétexte que Dieu en peut tirer le bien ; ne cessez pas 
de ramer, quoique Dieu puisse mener la barque; ne rêvez pas 
deslendemainsglorieuxàdesjournées coupables. L'histoire 
nous prouve que le lendemain des révolutions ne s'appelle 
pas le progrès ; la maison a beau être assurée, ne mettez 
pas le feu et ne justifiez pas les incendiaires. L'espérance 
doit être une vertu virile, non une gageure fataliste, une 
bravade mystique, une hallucination puérile. 

Quelques-uns croient que tout sera pour le mieux, siîle 
, pouvoir temporel se transforme. 

Je leur rappelle que tous les Evêques du monde réunis 
en assemblée l'ont déclara utile à l'Eglise, et que tous 
les politiques du monde ont cherché une autre garantie 
d'indépendance sans la découvrir encore. 

Bans l'état actuel des nalionfi, Quand la liberté de l'EgUse 
est partout liée et niée, imaginez-vous que le Pape soit le 
sujet d'un souverain quelconque, m^e le meilleur, obligé 



— 156 — 

aux relations d'un Evêque avec un Préfet, même le meil- 
leur. 

En tous cas, en face de l'avenir, que savez-vous? Ne dé- 
truisez pas, ne pouvant ni créer, ni défendre, ni prévoir. 

Que sais-je moi-même de ce qui se passera dans deux 
ans? 

Peut-être serai-je mort, «et c'est pourquoi, entre autres 
raisons, j'ai voulu soulager ma conscience en parlant au- 
jourd'hui. 

Je suis vieux et fatigué par de longs combats. Mais le 
saint vieillard du Vatican a bien plus souffert, et bien plus 
combattu ! Avec quelle admirable sérénité, cependant, il 
conserve, il répand l'espérance. 

Le jour même où M. le ministre des cultes écrivait aux 
Ëvêques de France, Pie IX bénissait les officiers el les 
soldats français, conduits par leur chef, fils d'un héros du 
premier Empire. Aimant à rappeler les services qu'il a 
reçus de la France, le Saint-Père s'est écrié : Je prie Dieu 
qu'il inspire à l'Empereur et aux Souverains la justice, im- 
titiam et judicium ! 

Justice ! c'est bien le mot que je veux une fois de plus 
prononcer avec lui et pour lui devant Dieu et devant les 
hommes. 

Il résume tout ce que j'ai voulu dire. 

Si les Evêques ne sont pas libres de publier les paroles 
du Chef de l'Église, déjà défigurées par les journaux, cela 
n'est pas juste. 

Si le Piémont, favorisé dans ses derniers desseins, est 
placé au poste glorieusement occupé par la France, cela 
n'est pas juste. 

Si l'on parle des réformes demandées à Rome, el si l'on 



— 1j7 — 

se tait sur les attentats ordonnés à Turin, cela n'est pas 
juste. 

Si Ton autorise la création de nombreux journaux qui 
attaquent rEglise, et si on refuse d'autoriser ceux qui vou- 
draient la défendre, cela n'est pas juste. 

Si Ton voit dans les dernières paroles du Pape autre chose 
que la légitime proclamation de la vérité immuable, que la 
nécessaire condamnation de la liberté illimitée, cela n'est 
pas juste. 

Si l'on oublie que la Religion de Jésus-Christ est, a été, 
sera, la divine bienfaitrice des hommes, la consolatrice et 
la réformatrice du monde, cela n'est pas juste. 

Vous, mon Dieu, vous êtes juste, et je vous confie mes 
peines; mes efforts et mes inébranlables espérances! 



La polémique suscitée par ma brochure m'a amené à adres- 
ser au rédacteur en chef du Journal des Débats la Lettre sui- 
vante. Je crois utile de la reproduire ici. 

A M. le directeur-gérant du Journal des Débats. 

Paris, le7 février 4865. 
Monsieur, 

Je lis dans votre Numéro d'hier (6 février) un article d'un écri- 
vain qui se cache sous la signature du secrétaire de votre rédac- 
tion. 

Cet écrivain m'appelle un habile politique^ m* entendant à demi- 
mot avec le cardinal AntoneUi. Il ose afirmer que j'ai cru devoir 
atténuer, adoucir et transfigurer l'Enyclique du 8 décembre. 

Ce rédacteur inconnu se cache. Il fait bien. Je m'en rapporte à 
lui, quel qu'il soit, supporterait-il qu'on lui dise en face qu'il est 
un habile et qu'il manque à la sincérité? Ce que cet anonyme ne 
supporterait pas, vous trouverez bon que je ne consente pas à 
l'accepter. 

Je connais, Monsieur, la manière de raisonner commune à quel- 
ques-uns de mes adversaires. Je connais leur polémique, leur 
politique, leur tactique, leur conclusion. 

Leur polémique consiste à ne pas citer mon écrit, à lui refuser 
la publicité, spontanément accordée par le Siècle^ largement to- 
lérée, j'aime à le constater, par le gouvernement, et à extraire 
quelques-unes de mes phrases, en les dénaturant. 

Leur politique consiste à avoir à la bouche les libertés de 4789 
et à la main les entraves de 4682. 



— 160 - 

Lev tactique consiste à diviser les catholiques, à les opposer les 
uns aux autres, à essayer de faire battre les uns par les autres. 

Leur conclusion enfin consiste à dire aux évêques français : 
« Vous trompez le public par des commentaires agréables. Nous, 
les journalistes, nous sommes les orthodoxes, les sincères, les 
nltramontains, les hommes de foi; tous, les évêques, vous êtes 
les habiles, les hommes d'esprit, les politiques. » 

Je ne suis dupe de rien de tout cela, et ne répondrai nen. 
Monsieur, à votre polémique et à votre politique. 

Vous n'obtiendrez pas non plus un mot de moi sur nos divisions. 
Est-ce qu'il en peut être question en effet dans ce moment? 

Quoi ! le Souverain-Pontife parle à TËglise tout entière ! Gardien 
universel de la foi qui est une, il n'attaque ni les lois ni les insti- 
tutions de notre pays, il ne s'occupe pas des opinions libres qui 
peuvent diviser les hommes, il ne descend pas aux petites querelles ; 
gardien de la pure charité, il ne songe qu'à unir, à éclairer ses 
enfants; il n'a voulu nommer ni exalter personne, et nul n'a ici 
de satisfaction personnelle à chercher, mais des avertissements 
solennels et nouveaux dont chacun doit faire son profit. Le Pape 
ne songe qu'au triomphe de la vérité et au bien des âmes. Ah ! 
Monsieur, en présence de ce grand exemple, je prends en com- 
passion ceux qui s'imaginent qu'on pense à eux, qu'on a en vue 
ceux-ci ou ceux-là, et qui se présentent au public avec le sourire 
content de ces bonnes femmes de nos villages qui, pendant le 
sermon, ne sont occupées qu'à en appliquer toutes les sévérités à 
leurs voisines. 

Pour moi, je me suis appliqué dans mon écrit à ne pas pro- 
noncer un mot, un seul, qui pût donner prétexte à ces mesquines 
injustices. Ce mot, vous ne me l'arracherez pas. 

Mais vous dites que j'ai manqué à la sincérité, que;6 m'entends 
à demi-^mot avec le cardinal AntoneUi^ etc. 

Non, Monsieur, j'ai dit la shnple vérité. Presque tous mes col- 
lègues l'ont dite avant moi, chacun dans la forme qui lui aconvenu, 



- 161 -- 

entre les étroites limites qui nous étaimit imposées. Tons n^ont eu 
qu'un but, défendre le Pape, éclairer, rallier et relever les fidèles. 

Nous avons tous défendu TEncyclique contre vous , contre 
les fausses interprétations et votre infidèle traduction. L'épisco- 
pat est uBaïiime, le Saint-Père nous approuve, la France nous 
comprend. 

Nous avons le droit de demander, Monsieur, que vous suppo- 
siez à chacun de nous, avec la foi d'un évêque, la bonne foi d'un 
honnête homme. Et, pour ma part, je demande que votre secré- 
taire me traite comme votre meilleur écrivain traite un auteur 
protestant dans le numéro même où je suis attaqué. 

Dans ce même numéro, M. de Sacy, louant Fauteur d'un 
Voyage au pays de VÉvangile^ s'écrie : « Avant tout, c'est un 
croyant, l'âme de son âme, c'est la foi. » 

En lisant ces mots et ce titre, par un mouvement involontaire 
ma pensée s'est portée vers mon pays, qui vient d'accorder aux 
paroles de ses évoques une attention si remarquable. Savez-vous 
quel est le véritable Pays de VÈvangiley la fille aînée de l'Église ? 
C'est toujours la France. Comme elle tient à l'Ëgllse par le 
fond de ses entrailles ! Comme elle craint de se brouiller avec 
elle ! On veut, dans la patrie de l'honneur et du bon sens, dé- 
figurer l'Église, on couvre ses traits et sa parole d'un masque 
grossier; on la représente haïssable et déraisonnable, surannée. 
On veut nous étouffer, nous diviser, nous diffamer. Cela réussit 
un moment, et parfois la France s'éloigne, comme ce jeune 
homme de l'Évangile dont il est dit qu'il s'éloigna avec tristesse, 
abiit mœrensy mais si l'Église parle elle-même, si elle fait en- 
tendre sa voix ferme, douce ei sensée ; si le masque tombe, si la 
figure et la parole du père commun sont débarrassées par tous 
ses fils respectueux du voile jeté par des mains ennemies, alors 
la France se retourne, respire et s'incline devant la chaire de 
vérité. 

Voilà ce que nous voyons en ce moment. Non, non, ce ne sont 



— 162 — 

pas des phrases qui plaisem et qui triomphent dans notre pays. 
Nous assistons à la rencontre imposante et touchante de la loyauté 
des évoques avec la conscience de la France. 

Ce spectacle/' Monsieur, dédommage le Saint-Père et nous de 
toutes les attaques. Cependant je ne pouvais laisser passer en 
silence celles qui touchaient directement à mon honneur. Je suis 
prêt à laisser tout incriminer dans mes écrits, dans mes actions, 
dans ma personne, presque dans mes intentions, tout, excepté la 
sincérité. 

J'attends de votre loyauté Tinsertion de ma réponse. 

Veuillez agréer, Monsieur, Thommage de ma considération 
distinguée. 

t FÉLIX, Êvêque (TOrlêans, 



P. S. Au moment même où je tous envoie cette lettre, on m'apporte le 
Journal des Débats de ce matin (8 février), qui contient encore six colon- 
nés pour discuter contre moi l'histoire des invasions piémontaises. D'au- 
tres journaux ou revues s'attaquent de même h chaque mot de mon écrit 
rapide. C'est leur droit. Je ne puis répondre à tous, et en vérité cela ne 
me semble pas nécessaire. 

M. Havin, député, qui reçoit une indemnité, s'étonne que je parle li- 
brement, recevant un traitement. Je demande à tous les magistrats de 
mon pays si, en les payant, on les achète? (1). 

M. Yung, copiant M. Forcade, dit que j'accuse à tort le Piémont, car 
le Piémont n'aime pas plus que moi la Convention du 15 septembre, oui, 
il ne l'aime pas, en tant qu'elle mène k Florence, mais il l'aime en tant 
qu'elle conduit à Rome, et c'est ce que j'ai voulu démontrer. 

Coupons court à tout ceci. J'ai voulu protester et je proteste contre 
toutes les spoliations dont le Pape a été victime, sans en excepter aucune, 
comme j'ai voulu défendre et je soutiens sans exception toutes les vérités 
qu'il enseigne. 

(1) Le Journal des Débat* n'a pas reproduit cette phrase. C'était son droitpeut-étre. 
Je ne pense pas toutefois que dans cette phrase il y eût rien qui pût être pénible 
à M. Havin. 



TABLE 



Introduction 7 

première partie. 

La Convention du 45 septembre 13 

I Ce que je pense du Piémont 21 

II Ce que j'espère de la France 45 

III Ce que Ton demande au Pape 67 

IV Résumé et conclusion. — Les responsabilités. . . 76 

SECONDE partie. 

L'ËNCTCLIQUE DU 8 DÉCEMBRE 85 

1 Les contre-sens et les contre bons sens 88 

II L'acte pontifical 97 

III Fausses interprétations et vrais principes 400 

IV La philosophie et la raison 440 

V Le progrès et la civilisation moderne 444 

VI La liberté des cultes 422 

VII La liberté politique 426 

Conclusion. — Sursum corda 443 



PARIS. — IMP. Y. GOUPT ET C% RUE GARANGIÈRE, 5. 



A LA MÊME LIBRAIRIE 



Dlseonrs prononeé an Congrès de Haliites, par Mgr Tévêque 
d'Orléans, le 31 août 4864, sur renseignement populaire. Ia-8. . . 2 fr. 

lia SouTeraineté pontifleale, selon le droit catholique et le droit 
européen, par Mgr Tévéque d'Orléans, de TAcadémie française; 3« édition. 
4 fort vol 3 fr. 

SouTenirs de Borne, offerts par Mgr Tévêque d'Orléans , auclergé^e 
son diocèse. In-8 2 fr. 

lia cliarité elirétieiiiie et ses œuvres, par Mgr Tévêque d'Or- 
léans, de T Académie française, 4 vol. in-8 4 r. 

— Lemôme. 4 vol. in-12 2 fr. 

Instraetion sur l'OBavre des eatéelilsmes, par Mgr l'évêque 
d'Orléans, dé l'Académie française. In-8 2 fr. 50 

Méthode générale de eatéeliisnie, recueillie des ouvrages des 
Pères et des docteurs de l'Eglise et des catéchistes les plus célèbres depuis 
saint Augustin jusqu'à nos jours, par Mgr Tévéque d'Orléans. 3 beaux 
vol. in-i8 6 fr. 

He l'Édaeatlon, par Mgr l'évêque d'Orléans, de l'Académie française. 

V« SÉRIE. 

Tome I*'. — Du respect dam réducation» ., - 
Tome 1I«. — De Vautorité dans Véducation. 
Tome III*. — L^ homme d'éducation. 

Le Tome III®. L'homme d'éducation est le seul volume de cet 

ouvrage qui se vend séparément au prix de. • . . 7 fr. 50 

3 vol. in-8 22 fr. 50 

— Lemôme. 3 vol. in-18 40 fr. 50 

a*' SÉRIE. 
Tome 1V«. Soit Tome I«'. De la haute éducation, i vol. in-8. 7 fr. 50 



^ 



POUR PARAITHE PROCHAINEMENT : 

Les Tomes V« et Vl«. Soit les tomes II« et III«. De la haute éducation 
intellectuelle. 

Itinéraire de Tarin à Rome, par le comte de Falloux de l'Aca- 
démie française. \ vol. in-12 2 fr. 60 

..><[^ PARIS. — IMPR. V. GODPT ET C% RUE 6ARANCIÉRE, 5 




HARVARD LAW LIBRARY 



FROM THE LIBRARY 

OF 

RAMON DE DALMAU Y DE OUVART 
MARQUÉS DE OLIVART 



Received December 31, 191 1